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Les femmes en disent

  • Rossignol émoi

     

    C’est dans le souffle du violon que j’entends le rossignol et que, si je ne sais voler, j’aime à les écouter, les accents plaintifs et mélodieux de leurs chants, épousant la douloureuse harmonie de mon âme émerveillée par la mélancolique splendeur. Naître à l’aube du déclin, mourir le jour des renaissances, porter en soi le Tout et les néants, être le parfum du chèvrefeuille plus que ses branches, survivance subtile n’existant que par la terre, le soleil et le vent, imperceptible à ceux qui ne savent faire silence, là, entre deux. Méritons-nous les merveilles et la cruauté de nos destins, faut-il essayer d’être des mouches pour enfin ressentir l’éternité ? Enantiodromie dantesque de l’être s’il ne conjugue le rien avec le toujours, la douleur et la musique, les larmes des fleurs et les aurores du printemps. Simplement grandiose.

    Ne plus avoir aucun avis, mourir à tous les choix, s’offrir à toutes les fins, grandir à chaque perte, s’attacher au vide et, dans un rire, s’élancer dans la diable danse.

    Diantre, terrible vie, vois comme je t’aime !

  • A nos printemps

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    J'attends la floraison d'un certain chèvrefeuille. Il explose de toutes parts, gorgé d'eau, de soleil et nourri par l'humus d'une haie de lauriers. Il habille le vieux mur que nous avons remonté, il y a quelques années il était effondré. Escaladant la grille et cachant fer et rouille, il drape de verdure ce coin de ma nature. Aujourd'hui il s'élance plus haut que raisonnable, laissant voir aux passants un bien étrange voisin, ébouriffé chevelu et bientôt odorant.

    J'attends sa floraison, associée en mon âme, au balancement doux d'un amour bien ancien, subtilement déclaré tout en ayant jamais, franchi l'ordre du coeur, aussi immatériel que le parfum des fleurs.

    Tu es mon chèvrefeuille et je suis ton jardin, soyons encore printemps en ces jolis matins. Nul ne sait à part nous que l'un ne va sans l'autre et qu'ensemble cet amour nous l'offrons à nos hôtes. Je t'aime depuis tant que je ne saurais compter, sans attente et sans preuve, autre que quelques mots sur mon coeur tatoués.

     

  • Baroud

    Deux mois sans écrire une ligne.

    De la rudesse. Toute relative au regard de l’hiver 2010 ou de l’hiver 2015. Mais les années s’enchaînent, la solitude se compte en milliers de jours. La petite santé. Ma cinquantième année. Tu vas te marier l’année prochaine. Notre fille aînée fera de si jolies photographies. Rien n’arrête le temps ni la méchanceté. Défendre sans succès ma chère bibliothèque. Accueillir une famille en péril, combattre la bêtise crasse de quelques vieux villageois au cœur sec comme la terre d’ici, à la vision bornée par la peur ou la médisance. Entrevoir un avenir bien trop sombre pour mes amis humains et animaux, mon pays, ma planète. Bouché, boucher. Comme une envie de tout foutre en l’air. De faire la preuve par neuf qu’il nous faut changer tellement de systèmes dans lesquels nous sommes englués comme des oiseaux marins les jours de marées noires.  Jusqu’à étouffer. Entourée de vivants déjà morts, aveugles et cupides. La politique de basse France, les stratégies comiques, les dégâts désolants.

    Bien sûr il y a mes elles, toujours aussi fantastiques, lumineuses, amoureuses, pleine de vie, d’envies, curieuses, créatives, les rêves en actions, travailleuses, des valeurs plein les poches, des cœurs généreux, les justes révoltes, la conscience éveillée. Il y a ma sœur la bien aimée, son énergie sans limite, sa voix, ses voies guides et aussi les amies mères veilleuses, celles qui savent lire entre mes sourires, avec leurs failles et leurs abysses, leurs belles âmes et leurs projets fous. Il y a les amis des îles qui nous ouvrent la longue route et le monde en si grand. Et puis, cette si belle famille, malmenée par une société exclusive, accueillie  dans nos cœurs et notre maison depuis quelques semaines, révélatrice de l’ampleur des dégâts normatifs d’un monde où tu es dans les clous sinon rien. Et nous, nous savons bien que dans les clous nous n’y sommes plus depuis si longtemps qu’un courant d’air pourrait nous faire sortir de cette route que les bien-pensants tracent à l’aveuglette, au petit malheur la malchance.

    Et il y a Carl Gustav Jung avec bonheur, le grand réconciliateur devant mon éternel, son livre rouge sans compromission qui me conjugue âme et raison. Et quelques grands projets profondément altruistes, des ouvertures vers des personnes nouvelles, des chemins possibles.

    Baroud d’honneur ou sortie d’un trop long tunnel, je ne sais pas.

    Qui vivra verra.

    Je vous espère heureux, mes amis.

  • L'âme de fond

    Il y aura l’eau, le départ, le feu au ventre, un brasier de peur et d’envie, le souffle coupé, l’eau, le miroir tendu inexorablement. L’aventure commencera.

    Vaporeuse est la brume qui m’entoure, je suis couché au fond d’une barque, recroquevillé. Le clapotis oscille de la menace à la rassurance et mon âme est prompte à basculer de l’une à l’autre.

    Je me souviens de vieux brouillards en des jeunes temps, ils n’étaient alors que brumes de lait assorties de quelques voiles de coton et de soie, enfance mal dégrossie piégée entre le temps des autres et quelques anciens silences. Il y avait eu aussi les champs de tempêtes quand les noirs nuages des colères rentrées avaient crevé le ciel peint en force bleu. Puis les eaux rage et les eaux de cœur en nappes de pique, niqués les décors, bafoués les serments, sales errements aux yeux crevés, il n’y a pas plus aveugle que les corps amoureux-fous des dits-eux. Triple sot. Ôte donc le foulard qui te bande tous les orifices, piétiné le frêle esquif par des troupeaux de moutons ou de porcs, regarde donc où te mènent tes yeux qui ne savent ou ne veulent voir. Les éclaircies, ces éclairs-là.  Châteaux de brumes inférieures  en laisses et en pagnes, primitives survivances, lucidité amère, océans acides. Survivante des camps partisans et des batailles passées à la chaux vive des souvenirs tenaces. Bien sûr, il y avait le soleil en tenailles entre deux guerres, les affrontements de bonheurs volés, tout  enrobés de paille et d’allumettes, les embrasements calcinant  les jeux de mains, la foudre au cœur, les hier chantants renversant les lendemains qui pleurent, conchier sa propre peine et les repos forcés et puis la rage. La rage.

    La rage de vivre vissée dedans, profond, transpercée entre-deux bords, c’est par là que sourde la lumière, tu le sais bien. Tu l’as déjà vue dans tes enterrements de face, quand tu avais creusé si profondément pensant enfouir tes douleurs de vivre en fuyant les incendies dans les voiles, six pieds sous ta mer, perdus  plus bas que les abysses méandreux d’un cerveau construit en bûcher, ils auraient dû te prénommer Jeanne. Et tu regardes médusée cette lueur falote, fanal primordial  au reflet céladon, pourvu qu’elle soit d’un phare bâti sur un rivage espéré malgré tout.

    D’où naissent les remous ? Des espérances dures en lames de front, heurtant les plages marmoréennes des certitudes gravées trop tôt, Etretat suicidaire de tendre enfance. Il faudrait trouver le sable en soi, le grain minuscule, le transpercer, elle serait là. Elle est là.

    Tu flottes. Migrant sans ailleurs. Tu as incendié tous les soleils couchants faisant lever la brume ultime, l’essence du conflit qui te déchire l’âme en copeaux, remplissant ton embarcation schizophrène de larmes sèches, râpe tes derniers bords aux parapets.

    Vivre-mourir.

    Et s’il y avait un pont ?

    Une fosse commune pour y couler les fondations de ton arche.

    Radeau planétaire lève ton encre des trous noirs, écolier naufragé libre d’écrire, sous ta plume qui tremble, toutes les fins.    

  • Eau vive

    Marie et Renée verdun juillet 2017.JPGConnaissez-vous la différence entre avoir un amour et être en amour ?

     

     

     

    Dire j'ai un amour c'est comme vouloir attraper de l'eau avec ses mains.

     

    L'eau vous pouvez la recueillir, l'accueillir mais vous ne la tenez pas, elle n'appartient qu'à elle-même et si jamais vous l'enfermez elle meurt car sa force de vie c'est l'union avec toutes les eaux qui courent le vaste monde. Alors quand vous vous savez eau, baigné dans un océan, vous épousez l'univers. Et ceci est vrai, du sable, de l'air, de la lumière, du temps et de l'amour.

    Retenez votre souffle, juste un instant, vous dites votre souffle et déjà vous le rendez avant d'en accueillir un nouveau, puis un nouveau et ainsi jusqu'à un dernier, vous ne pensez pas que l'air vous ait appartenu un seul instant. Cet air vous le partagez sans distinction de genre, d'âge, de pigmentation dans le flux et les effluves, pour le meilleur et pour le pire, élément vital s'il en est que quelques minutes de privation suffisent pour vous faire passer de vie à trépas. Et pourtant nous vivons comme des nantis, persuadés de posséder, terre, air, eau et lume et que toujours la chair qui transforme fera son oeuvre. Seul le temps nous est palpable creusant inexorablement ses sillons de sable sur nos monts déjà fanés, voûtant nos dos sous le poids de l'air, fermant peu à peu nos corolles, les eaux étant parties ailleurs, ployés puis couchés et enfin dispersés par un souffle qui pourtant aura animé nos êtres instant après instant. Guère doués de photosynthèse en quoi aurons-nous transformé la lumière ? Le subtil ? En cris exigeants ? En caprices gloutons, panse remplie et coeur gras ? Aurons-nous seulement émis une seule idée nouvelle ? Aurons-nous eu quelques bons mots, quelques notes jolies ?

    Voici que je m'agenouille, pensive, corps de douleurs entre trop et manque. Ne plus aller nulle part. Être en quête secrète en mes forts et mes faiblesses, s'il n'est pas de sens que cessent les pourquoi, s'il n'est qu'un seul but ainsi sont les comment. 

    Être en air

    Être en eau

    Être en temps, main-tenant

    Être en lumière

    Être en amour 

    Et puis un jour dés-être en corps,  se délier d'amour en soi, redevenir quelques milliards de milliards, de milliards d'atomes qui ne nous appartenaient pas et qui n'étaient pas nous, être ce qu'il y avait entre eux et qui les maintenait collets serrés, juste un peu étendu.

    Qu'importe la distance pourvu qu'on ait un jour vécu.

     

    Pour ma Tante Renée, partie en et entre poussière d'étoiles le 21 février de l'an 2018

    Verdun juin 2017.jpg

  • A for et à raison

    Abandon n’est pas temps de ma conjugaison

    Mes opinions sans jugement visent  les horizons

    Milles autres vents, sans Panthéon jasé dans les salons

    Juste une histoire de Pan, de direction

    De légendes, de sang et de vision

    Des taire d’avant savoir dissolution

    Douter sûrement à chaque décision

    Peser le chant des manifestations

    D’éther devant est la transformation

    De rien, d’enfants, de Tout et de Patron

    Si humble étant, que victoire est pardon

    Des rêvées terres levant consécration

     


  • Lettre à l'enfant

    Mon tout petit, mon eau vive, mon amour,

    Je ne te possède pas, pas plus qu’au premier jour

    Et pourtant je dis mon, c’est moi qui t’appartiens,

    Comme on est d’un pays, d’un ciel, d’un océan.

    Mes mains soudées enserrent l’insensé des néants,

    Les yeux noyés de larmes et mes pas sans chemin.

    Qu’on me donne une lame pour me fendre le cœur,

    Je sais que tu y es, encordé au bonheur.

    Quel est donc ce monde, ils disent que tu n’es plus,

    Quand ma peau à ma guise m’écrit qu’elle te sent,

    Partout où elle se pose, dans tous les frôlements,

    Présence inaltérable de l’âme des enfants,

    Avoir été charnel te donne l’éternité,

    Mon petit, mon amour, mon trésor ainsi fait,

    Je reste encore un peu, ici le temps n’est rien,

    Je goûterai les aurores, pour nourrir les matins,

    J’honorerai les soirs en sachant te revoir,

    Pour te dire ma joie d’être à jamais ta mère,

    L’incroyable fierté d’être de celles, qui

    Depuis la nuit des temps ont relevé le défi

    Acceptant, sans faillir, le risque de vous perdre,

    Pour mieux lâcher vos mains, partager vos destins,

    Sois, mon enfant perdu, que je te berce encore,

    Et que des ventres creux monte un cri silencieux

    De toutes maternités un hymne puissant et fort

    Ecoute les femmes chanter, c’est pour toi et pour eux,

    Elles choisissent d’être mère au grand risque d’aimer,

    Que de moi tu sois fier,  je n’ai pas échoué.

    Sois plus haut, sois brillant mon enfant pour toujours.

    Sois plus fort, sois plus grand, pour l’enfant, mon amour.

  • L'éternelle

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    Photographie Maxine Decker Photographe© - Déesses

     

     Elle a vingt ou mille ans

    Et qu'elle ouvre son âme, ses bras ou bien son coeur,

    Tu sais au fond de toi que brisé tu seras, dans une vie, dans une heure.

    Qu'elle parte ou qu'elle te garde, quand tu la perds tu pleures.

     

    Elle a vingt ou mille ans

    Et tu l'aimes comme un fou, depuis longtemps tu vois.

    Elle attendait de vivre dans tes yeux, dans ton corps et ta foi.

    Avant de la connaitre elle était déjà là.

     

    Elle a vingt ou mille ans

    Et il t'en faut plus alors pour que tu la comprennes, la chérisses et l'honores.

    Dans toutes ses tendresses, des matins les plus purs jusqu'aux soirs pailletés d'or.

    De l'aube des caresses aux longs soupirs encore.

     

    Elle a vingt ou mille ans

    Et elle est Dame Nature, faite femme pour toi, déesse des eaux vives et princesse des bois.

    Merveilleuse éphémère, bienheureux bien-aimé d'un conte où tu es roi.

    Prisonnier volontaire d'un amour courtois.

     

    Elle a vingt ou mille ans

    Et si  elle est alors, muse divine et féconde, de la coupe sacrée l'écrin intemporel

    Elle enfante pour toi, et le monde et le ciel, amante adamantine des amours charnelles,

    Gardienne au creux du corps de la flamme éternelle.

     

  • Comme une vie à la mer

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    La mer a dilué mon passé, elle est mon seul horizon. Monologue incessant de mes pensées repeintes en bleu. Dépendre d’elles, mes pensées et la mer, je les surveille. Epinglé sur la carte de ma vie, instant donné, latitude, longitude. Que savent-ils de moi les autres, ceux qui vivent quelque part ailleurs, les absents et ceux qui sont déjà morts ? Les heures sont rondes, mes divagations s’étirent nonchalantes, alanguies telles des chats dans un rai de soleil. Traversée solitaire. Seul sur la mer.


    J’enfante d’un nouveau moi, j’aiguise ma conscience de la fragilité comme sur une lame impérieuse de précision, d’honnêteté. Ici pas question de tricher sous peine de sentence immédiate, la mer y veille, puissante. Je dois faire corps, avec moi-même, avec l’embarcation qui me prolonge, avec elle, avec eux, qui m’attendent, sur la rive qui n’existe, alors, que dans mes souvenirs, mes rêves, mes espoirs et les cartes. Prendre soin de tous. Traversée solidaire. Seul, en mer.


    Je me découvre, le vent caresse ma peau brûlée par le grand maître des horloges. Que restera-t-il de nous ? Nos statues sont entières de cire, à genou, sous une pluie de feu et d’or. Les voiles comme des ailes offertes au ciel. Déplier le temps, dire l’absence de silence, contempler émerveillé l’insondable infini, relier les terres. Ne plus savoir qui être, anagramme divin, de l’étreinte ou de l’éternité. Traversée sol-air. Seul, ma mer.


    Je suis. Toi qui me lis. Mes cris, de souffrance ou de soie, quelques secondes à peine. Quelques labeurs heureux qui m’enchantent, me déchaînent, me conduisent où tu es, toi qui m’attendais, cet autre moi que je devinais, que je deviens, amusé de m’accueillir, de l’autre côté. Tu m’ouvres les bras. Choisir confiant l’étreinte et, dans une bouffée de joie, penser Terre ! Fin de la traversée. Seul, avec la mer.

     

    Et pour en savoir plus : http://www.manu-autourdumonde.com/