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Les femmes en disent

  • L'éternelle

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    Photographie Maxine Decker Photographe© - Déesses

     

     Elle a vingt ou mille ans

    Et qu'elle ouvre son âme, ses bras ou bien son coeur,

    Tu sais au fond de toi que brisé tu seras, dans une vie, dans une heure.

    Qu'elle parte ou qu'elle te garde, quand tu la perds tu pleures.

     

    Elle a vingt ou mille ans

    Et tu l'aimes comme un fou, depuis longtemps tu vois.

    Elle attendait de vivre dans tes yeux, dans ton corps et ta foi.

    Avant de la connaitre elle était déjà là.

     

    Elle a vingt ou mille ans

    Et il t'en faut plus alors pour que tu la comprennes, la chérisses et l'honores.

    Dans toutes ses tendresses, des matins les plus purs jusqu'aux soirs pailletés d'or.

    De l'aube des caresses aux longs soupirs encore.

     

    Elle a vingt ou mille ans

    Et elle est Dame Nature, faite femme pour toi, déesse des eaux vives et princesse des bois.

    Merveilleuse éphémère, bienheureux bien-aimé d'un conte où tu es roi.

    Prisonnier volontaire d'un amour courtois.

     

    Elle a vingt ou mille ans

    Et si  elle est alors, muse divine et féconde, de la coupe sacrée l'écrin intemporel

    Elle enfante pour toi, et le monde et le ciel, amante adamantine des amours charnelles,

    Gardienne au creux du corps de la flamme éternelle.

     

  • Comme une vie à la mer

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    La mer a dilué mon passé, elle est mon seul horizon. Monologue incessant de mes pensées repeintes en bleu. Dépendre d’elles, mes pensées et la mer, je les surveille. Epinglé sur la carte de ma vie, instant donné, latitude, longitude. Que savent-ils de moi les autres, ceux qui vivent quelque part ailleurs, les absents et ceux qui sont déjà morts ? Les heures sont rondes, mes divagations s’étirent nonchalantes, alanguies telles des chats dans un rai de soleil. Traversée solitaire. Seul sur la mer.


    J’enfante d’un nouveau moi, j’aiguise ma conscience de la fragilité comme sur une lame impérieuse de précision, d’honnêteté. Ici pas question de tricher sous peine de sentence immédiate, la mer y veille, puissante. Je dois faire corps, avec moi-même, avec l’embarcation qui me prolonge, avec elle, avec eux, qui m’attendent, sur la rive qui n’existe, alors, que dans mes souvenirs, mes rêves, mes espoirs et les cartes. Prendre soin de tous. Traversée solidaire. Seul, en mer.


    Je me découvre, le vent caresse ma peau brûlée par le grand maître des horloges. Que restera-t-il de nous ? Nos statues sont entières de cire, à genou, sous une pluie de feu et d’or. Les voiles comme des ailes offertes au ciel. Déplier le temps, dire l’absence de silence, contempler émerveillé l’insondable infini, relier les terres. Ne plus savoir qui être, anagramme divin, de l’étreinte ou de l’éternité. Traversée sol-air. Seul, ma mer.


    Je suis. Toi qui me lis. Mes cris, de souffrance ou de soie, quelques secondes à peine. Quelques labeurs heureux qui m’enchantent, me déchaînent, me conduisent où tu es, toi qui m’attendais, cet autre moi que je devinais, que je deviens, amusé de m’accueillir, de l’autre côté. Tu m’ouvres les bras. Choisir confiant l’étreinte et, dans une bouffée de joie, penser Terre ! Fin de la traversée. Seul, avec la mer.

     

    Et pour en savoir plus : http://www.manu-autourdumonde.com/

  • Chronos

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    Il y a l’eau, le soir naissant, l’eau, les rides irisées, l’eau, le soleil de jeune nuit, l’eau, le vent caresse et le piano bateau qui semble aussi léger qu’une éphémère. C’est sauvagement beau, farouchement poétique, ça vous saisit le cœur à plein regard.
    Il y a la rive, peuplée d’une cohorte joyeuse, hétéroclite, les maillots de bains chips côtoient le brunch chic du couple tout de blanc vêtu, venu de Lourmarin et « seulement pour le piano », les familles qui repoussent un peu la fin de ce week-end de fête des mères par cet impromptu aqua-musical. C’est surprenant, communiant, rassemblement improbable, ça vous unit l’âme en pleine humanité.
    Puis les premières notes qui répondent à la promesse. Sur la rive le silence conquis, sur l’eau la résonnance cristalline, enchanteresse, sur la rive le même frisson qui nous relie les uns avec les autres, ensemble dans le partage, reconnaissants.
    C’est un moment d’humanité. Un magnifique et doux morceau de temps gravé à jamais sur la courbe de chronos.
    Le violoncelle sur le ponton chante maintenant avec le piano.
    Apparaît un Pégase flottant, portant une autre fée de la musique, qui braille. Un interlude loufoque pourquoi pas, nous sommes bien venus pour un piano sur l’eau alors une sirène palmée chevauchant baudruche aux ailes d’or ne devrait pas nous étonner. Elle prend place au piano, le tulle de sa robe enchevêtré dans les palmes comme des algues. Et, massacrant chant et musique bien que faisant la démonstration d’une belle capacité vocale, déclame quelques vers qui se veulent décalés comiques. Certains le sont comiques, voire déjantés voire complètement barrés voire trop. Presque. Le violoncelle détache ses amarres il ne flotte pas tout à fait et l’instrument prend l’eau. Les regards s’interrogent, espérant que ça ne dure pas mais l’interlude prend de vilains airs de seconde partie, le ton devient vulgaire. Le violoncelle est maintenant couché dans l’eau, le tuba fini noyé dans un couac gargouillant. Le couple tout de blanc vêtu quitte démonstrativement la rive pour regagner la hauteur qui surplombe la scène.
    Après quelques trop longs morceaux la première musicienne est revenue au piano, l’envie inassouvie est toujours là bien que projetée dans un abysse de questions, pourquoi ? Aurions-nous dû nous en douter ? Serions-nous venus ? Est-ce bien ou mal ? Elle joue quelques notes pansements. L’autre fille éponge la queue du piano sur laquelle elle dégouline. Le piano radeau de la méduse dérive.
    En sommes-nous réellement là ? Sommes-nous capables de nous réunir pour assister impuissants au naufrage de l’art et d’instruments si précieux sous les yeux de quelques-uns qui auront sacrifié quelques deniers ou énergies pour offrir aux enfants un moment non-ordinaire ? Ou justement l’Art est venu nous demander si nous allions sombrer avec le navire ?
    Nous sommes comme des réfugiés sur cette rive, survivants d’un monde qui sombre en lui-même, venus chercher un souffle d’espoir en cet ailleurs si proche et qui, finalement, nous aura bousculés éhontément, refoulés dans ce que nous portons de médiocre, vulgaire amas de chair avide de poésie foutraque.
    Je me surprends à penser "on est foutus" avec dans le rôle de "on" l'humanité, une sorte de révérence irrévérencieuse, un crépuscule grandiose et grotesque, un aveu de potentiel gâché consciemment.
    Le piano sur l’eau a tenu sa promesse, un peu, et tout le contraire.
    Ce soir le piano sur l’eau était un homme.
    Comme si nous ne méritions pas la splendeur.

  • Les seins de mère nature

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    Dans ce calme matin un vrombissement aussi puissant que soudain me fait lever les yeux. L'air vibre !

    Premier réflexe : fuir ! Et mettre à l'abri animaux et enfants ! C'est que je n'y connais rien en abeilles, la première image de ma mythologie et celle de nos pauvres héros de dessin animé, poursuivi par un nuage compact d'insectes furieux, contraint de plonger dans la mare et de respirer à l'aide d'une paille !

    Passé ce moment fugace d'un comique bien que légitime protectionnisme, nous voilà à l'affût dans notre grotte, observant fascinées l'envahisseur ailé. Les voisins alertés j'en appelle au vieux sage, l'happy-culteur zélé sous sa cape comme en cage. Il me dit aucun risque, les voilà en voyage, installées que nenni, tout juste une halte, un répit, un ombrage, pour se charger en miel pour mieux gagner le ciel.

    Nous voilà rassurées, voire même piquées, de saine curiosité devant ces réfugiées ne voulant territoire, à peine quelques vivres pour poursuivre migration. Pour un peu nous serions par là même flattées, ayant su préserver, cultiver, lieu propice à l'accueil d'une nature si libre puisque sauvage.

    Ayant par le passé et pas plus tard qu'hier, communié avec le coeur de la grande forêt, tutoyé les géants et dansé dans le vent, comment ne pas y voir un signe ?

    Merveille des abeilles aux destins reliés, elles qui sont des milliers ne formant qu'un seul corps. Social ou solaire, de la même manière, ne voyant dans la reine qu'une mère à aimer, toutes soeurs solidaires en un essaim formées.

    Richesse de la nature que nous sommes si, élèves assidus nous apprenons l'ensemble plutôt qu'individus. A la ruche pas de chef, ni têtu, ni belliqueux, un partage des tâches dont toutes bénéficient, l'intérêt général comme but désarmé, désarmant. Sponte favos oegre spicula, "Volontiers son miel, à regret son dard", en toute simplicité.

    Une fois l'été venu, le nectar divin, fruit des mille fleurs d'un printemps généreux, l'aurons-nous mérité ? Aurons-nous fait notre part de labeur ? Aurons-nous construit de solides alvéoles pour abriter couvain et nourrit chaque soeur pour qu'elle prenne son envol ?

    Savons-nous relier et la terre et le ciel et le corps et l'esprit ? Nous savons-nous essaim ? 

    Si vous ne voulez pas par une paille respirer sous une mare de peur, accueillez réfugiés, ouvrez grand votre coeur !

    Partagez fleurs et savoirs, contemplez la nature, elle prodigue tous les soins et enseignements sains et donne à nos poumons plus grandes alvéoles.

    Au prochain vrombissement de grâce ne fuyez pas ! Faites une courte pause et appel au charnel, rejetez les vieux airs et pleinement inspirez, car essaim au jardin relie coeur et divin !

  • Entre deux levants

    Entre eux deux, le vent

     

    Quand tu es dans la vie, petite sœur
    Je suis le vent chantant bonheur
    Quand tu es dans la joie, petite sœur 
    Je suis le vent taquin, joueur
    Quand tu es dans l’amour, petite sœur
    Je suis le vent des soupirs protecteurs
    Quand tu es la sagesse, petite sœur 
    Je suis le vent des souffles intérieurs
    Quand tu es en labeur, petite sœur
    Je suis le vent portant fraîcheur
    Quand tu es dans la peine, petite sœur
    Je suis le vent qui sèche tes pleurs
    Quand tu es dans la plainte, petite sœur
    Je suis le vent des murmures du coeur
    Quand tu es en douleurs, petite sœur
    Je suis le vent qui caresse tes heures
    Quand tu es dans la peur, petite sœur
    Je suis le vent attisant ta valeur
    Et, quand tu es dans la mort, ma sœur
    Nous sommes le vent venu d’ailleurs.


     J'écris cette note pour ma soeur qui est dans la peine d'avoir perdu une jeune amie de 37 ans terrassée par une leucémie foudroyante, sa petite soeur de coeur, RIP Stéphanie Steiner <3 http://www.estrepublicain.fr/edition-de-bar-le-duc/2017/03/15/deces-de-stephanie-steiner 

  • Vents marins

     Et le violon pleure des larmes d’argent en rivières de sang, glacé. La chair pétrifiée a soudain compris, la privation du bien et du simple désir. Il aura donc suffi d’une goutte de lumière au désert de sa trop longue nuit pour qu’elle comprenne alors, pour qu’elle comprenne enfin, dans quel sol aride elle tentait de fleurir quand la simple survie était déjà de peine. Misérable poupée aux mains du créateur, privée de tout sentir à en aimer les chaînes et les liens trop serrés qui torturent l’esprit aux rêves de hublot. Quand l’horizon entier s’offre à votre regard, sans phare ni jetée pour briser l’infini et que c’est consentant que vous aimiez la geôle, un vertige vous prend à vous voler le souffle et vous ne savez pas par quel heureux mystère vous avez renoncé à toutes vos souffrances. La peine est derrière et s’offre à vous la vie, l’amour et le plaisir. De tout temps respirez l’air des vents marins, sans bagages embarquez laissant loin les rivages, il suffit d’un instant, d’un rayon, d’une note, d’un accent de silence pour qu’éclatent en myriades vos murs les plus puissants. Et l’eau des yeux balaye les barreaux cristallins des croyances apprises et des douleurs choisies, quand le violon du vent chante à vos cœurs confiants l’or des matins libres et des soirs vibrants.

     




  • Jour de vent

    Une petite note écrite voilà quelques jours de mistral, les gens d'ici le savent bien, ce vent vous rend fous, fous mais pas à lier, fous à lever les voiles !

    En ces temps de vents et de brouillards, confusion montre son visage de cendres et de brumes, fardée comme une putain et les langues sont épaisses sur les lèvres desséchées. 

     Aujourd'hui je me libère, ainsi va la plume au gré du papier, du temps et des oiseaux.

    N'entendre, que ce chant, sous les assauts du vent.

    Ils sont devenus fous ! Brasseurs fermentés, gargouillis d'intestins et pensées frelatées.

    Aujourd'hui me libère, j'éteins le plafonnier. Ces minutes sont précieuses et faciles à gâcher. Quitte à les dépenser j'aime autant les écrire. Pas à pas égrener chaque souffle, brouillonne.

    Mon cerveau est confus, bourdonne, tance et condamne ; mais mon âme vagabonde entre feuille et campagne. Ne vous méprenez pas, pas celle des oriflammes, celle des champs humides et des airs profanes.

    Dansez, sifflez, bruyantes vapeurs ! Une bonne fois en finir pour épouser les choeurs !

    Aujourd'hui me libère, offre un rituel, pur jus, pur soufre, trop enfermé serré pour une boîte crânienne.

    ça cogne de plus belle, à soulever le fond, remuez bien la lie,mélangez les humeurs et voilà que ça tourne et les mots sont mêlés, ventrelus, échevés, la bouillie foutreniaise, raison dépitoyable sans latin ni trompettes.

    Mi-chahut, mi-chaman.

    Aujourd'hui me libère, j'irai humer la brume, lumière d'or et de sang, jusqu'au son des trois lunes.

    Voilà que ça s'apaise. C'est fini. C'est passé.

    Et maintenant. Soyez.

    Nul besoin de voter pour ou contre les autres.

    En ces temps de mistral soyez qui vous voulez, pas esclave servile à vous-même loyal.

    Le vent de la croyance, brise à vos embarcations, voile et dévoile vos êtres de chair.

    Voyez ce que vous croyez.

    Mais n'oubliez pas de décroître pour mieux lever les yeux. C'est la terre qui nous forme, le monde qui nous élève, la vie qui nous nourrit. Et l'esprit nous contemple. C'est ainsi que vivent les gens libres.

    Si quoi que je fasse je perds mon temps, j'offre mes mots aux jours de vent.

  • Les chevaliers de l'arche : un peu trop beaucoup calme

    Je me suis évadée. J'ai commencé à me prescrire mon propre traitement : poudre d'escampette, dare-dare, fissa, estime de soi à gogo, liberté en bandoulière. Ma gambette folle et moi on s'est fait la malle !  Le vendredi de cette semaine chez les ortho-furieux, devise si t'as un marteau pas besoin de cerveau. Je suis partie en consultation à Marseille et ... je ne suis pas revenue à l'hôpital.

    En invité-surprise dans cette série B comme Bigre un chevalier ! j'ai nommé l'ambulancier chaleureux qui comme Ulysse me ramena au port de Marseille puis au port de chez moi, après avoir planqué mes affaires sous la couverture du brancard parce que Madame l'infirmière ne voulait pas que je les emmène et que je revienne à 13h pour repartir à 16h on voit bien que ce n'est pas elle que les transferts lit/brancard font défaillir de douleur. Comme c'est aussi lui qui porte, roule, aller-retourne il a eu vite fait de comprendre le scénario et de s'inventer réalisateur en faisant ce qu'il était logique, économique et humain de faire.

    Je suis donc rentrée au bercail. Toute cassée abîmée.

    En guise de ponte à Marseille j'avais vu un neuf : un chirurgien catégorie poussin, tout ébouriffé dépassé, en plus le CH d'Aix avait donné le scan ... d'une autre patiente, ah ah moi je perdais ma patience et eux les dossiers. De toutes façons le chef de clan n'était pas là, il était ... à Grenoble ah ben oui forcément, le congrès, les ligaments, les parts de marché ... j'étais donc repartie sans autre avis que faut opérer, heu oui ça je m'en doutais un peu vois-tu Poussin c'est quand même la troisième luxation sur cette hanche et le scan je l'ai vu moi, faut opérer en janvier parce que nous on ferme pour les vacances ! Alors voilà ça c'était le cadeau de l'ARS pour les vacances, le service des urgences ortho c'est la Timone mais là dans votre état et la complexité n'y allez surtout pas (sic ! amis PACAsiens : accidents interdits pendant les fêtes, tenez-vous le pour dit ! ). Donc restons en contact et revoyons nous ... en janvier ...

    Allongée sur le dos dans ma chambrette, après avoir interroger les amis en chair de la France entière, le temps était venu d'invoquer d'autres chevaliers. Ceux de l'invisible. Et c'est ce que j'ai fait.

    Tout était calme. Un peu trop beaucoup calme ...

  • Les chevaliers de l'arche : l'enjeu

    Ce n'est pas pour nous

    Trop abîmé, trop compliqué, chsépakoifer, ainsi parlait Houset'espas, chirurgien de sa fonction, don particulier : la disparition car c'est sur ces mots élégants que ce monsieur me délégua à d'autres et d'ajouter : lundi après un scan vous serez transférée sur Marseille, avant de disparaître de son service. Selon les bruits de couloir il se faisait opérer du canal carpien dans une clinique privée, selon la presse il passait la semaine en congrès d'orthopédie à Grenoble, porte d'entrée des Alpes et de sortie des entorses du genou et autres déchirures des ligaments croisés, l'humain est terriblement ironique (j'aurais bien ajouté Ta mère mais vraiment je n'ose abîmer cette vision bucolique de centaines de chir ortho attendant en sirotant du genepi que la montagne vomisse les clients de l'année nouvelle, se  partageant peut-être les parts de marché et de gâteaux offerts par les fabricants de prothèses aïe-teck et fournis par le lobbying des produits laitiers qui sont nos amis pour la vie enfin surtout les leurs mais je m'égare vous avez les vidéos du professeur Joyeux pour gai-rire de vos addictions fromagères) 

    La veille au soir j'avais eu le malheur de croiser l'existence de l'aide-soignante qui se croyait un bourreau, Après une manipulation sans aucun ménagement l'idée saugrenue m'était venue de lui demander si elle savait seulement ce que j'avais et pourquoi j'étais dans ce lit et sa réponse m'avait rendue dubitativement extralucide : Pour quoi faire ? - ah mais oui me direz-vous, qu'on soit un sac de patates ou un être humain et qu'on ait une rupture de la coiffe ou une luxation de prothèse ça se manipule de la même façon non ? Mais si vous savez bien : sans ménagement et sans méninge non plus ! ça s'était pour le côté dubitatif, pour le côté extralucide j'ai su immédiatement que les nuits du week-end allaient être trèèèèèès longues.

    ndlr : Bon alors là il me semble que je vous dois une explication, pourquoi l'humour ? Bien. Parce que d'une part cette histoire racontée froidement serait, je pense, parfaitement indigeste, comme c'est l'hiver et qu'il fait déjà assez froid comme ça je ne veux pas mettre en plus ma mayonnaise sur la gastro galopante de janvier. Pour vous. Mais aussi pour moi. Et aussi pour mes filles. Se replonger dans le passé pour en tirer l'essence peut se faire sans trop revivre les émotions du moment, voire même en le relisant sous un autre angle. Et que d'autre part vous êtes intelligents, vous avez vous aussi traversé des moments difficiles et vous saurez sans aucun doute lire entre mes lignes et mes pitreries (je prépare un one-woman show, autrement dit en plus contemporain un stand-up donc un sit-down pour moi ;) )

    Et elles le furent. Longues. Les nuits. Surtout quand elles commencent par une attente instable et douloureuse sur un bassin trop plein de ce pipi retenu depuis l'appel au samu, attente qui va durer ... allez les paris sont ouverts ... 10, 15, 20, 30 ... non! ... 45 fatales minutes, fatales car instabilité et longue attente ne font pas bon ménage et qu'à cet instant vous baignez dans votre urine jusqu'au milieu du dos et que l'aide-soignante qui se prenait pour un bourreau entreprend de changer non pas de métier mais les draps de votre lit APRES avoir essayé de juste remettre une alèse par dessus ça ira bien.

    Nous voilà donc rendus au lundi matin, vous êtes sensés dire adieu à vos projets, votre dignité, votre estime de vous et tutti quanti, non mais dis donc vous êtes à l'hôpital là, pas au club-med, ah mais oui dis donc heureusement qu'elle le dit à qui veut l'entendre l'aide-soignante, j'ai failli confondre ! Le confort, la chaleur humaine, l'exotisme ! C'est surfait en fait le club-med, hop une bonne luxation et tu te payes une semaine de vacances aux frais de la princesse, l'accueil, la prise en compte de vos besoins tout y est ! Bref, lundi matin, 6 heures, 8, 9 10 heures vous n'avez toujours vu personne d'autres que le personnel hôtelier, vous avez dû confondre l'entrée des urgences avec celle de l'ibis budget. Bon vous sonnez. Oui à l'hôpital vous êtes comme un mobile orange :  ça vous met appel en cours mais il n'y a pas de réseau ou alors le bureau des infirmières est sous un tunnel. Quand soudain, alors qu'il est presque midi, une lumière blanche apparaît au bout du tunnel, miracle ... une infirmière ! Vous êtes sauvé ! Ah non faut pas trop en demander, elle n'a rien te concernant aujourd'hui dans son ordinateur, autrement dit tu n'as pas rendez-vous, ni avec elle, ni au scan, ni à Marseille. Le scan est prévu peut-être mercredi quant à Marseille on va envoyer vos radios on verra bien. 

    On verra bien. Voilà, voilà. On verra bien. 

    C'est le temps qu'il m'a fallu pour comprendre que j'étais prisonnière d'un service sans chef de service et qu'en son absence, les consignes étant RV scan et transfert à Marseille sans notion de délai de prise en charge, mon cas n'était considéré ni comme urgent, ni digne d'intérêt, lundi devenait mercredi voir vendredi. Au secours maman. Le monsieur martyrisé du bout du couloir m'avait donné un cours pendant deux jours j'étais au top. Sauf qu'à ce moment-là je suis plus chant des partisans par France Gall que chant du cygne.

    Résiste. 

    Alors oui je sais le manque de personnel, les infrastructures débordées, la liste d'attente du  scanner, bandit-manchot des hôpitaux mais ... je ne suis pas obligée de le subir sagement en silence. Nous sommes alors le 7 décembre, vendredi conduirait au 11, lundi 14, 10 jours avant les fêtes de fin d'année et ça c'est une très très mauvaise période pour être en quête d'un chir ortho.

    Proteste.

    Agite-toi, fais du bruit, autrement dit : existe. Oui il y a des façons beaucoup plus zen d'exister mais zen dans un hôpital équivaut à "sans raison de s'en occuper". Attention je reste parfaitement polie "merci s'il-vous-plaît je comprends" car le soignant à cran, torturé à loisir dans les tenailles féroces patients/administration est parfois "légèrement" sur la défensive. 

    Alors. Ne vous méprenez pas quand je dis "résiste" ou encore "proteste" je ne vous parle pas d'égo (c'est à la mode), ni d'une quelconque supériorité. Je vous parle de stratégie. D'avoir 3 coups d'avance sur l'échiquier. Etre du monde des causes (et des dires) pour ne pas subir les effets ... de la maladire.

    Voilà donc l'enjeu : essayer d'en savoir plus sur mon état (je n'ai toujours pas vu la radio), continuer à surveiller ce que les élèves infirmiers collent dans la perf (deux fois déjà que j'échappe à de la morphine et consoeurs d'office alors que j'y suis allergique : ah oui c'est vrai c'est marqué j'avais pas vu désolée), trouver un chirurgien, fuir cet établissement. Et lire l'énoncé de l'exercice plusieurs fois pour commencer à en saisir toute la profondeur. 

    Arrivera alors une jeune interne. Mes demandes seront les suivantes : voir la radio, avancer le RV du scan, parler avec un psy pour discuter d'une des potentielles solutions : l'amputation totale de ma jambe droite. Dépassée elle fut et restera, me proposant, le jeudi de cette même semaine, de "rentrer chez moi et de me couper la jambe toute seule tant que j'y étais après que je lui ai réclamé les images du scan". 

    La partie s'annonçait complexe. Le remède ? Oser.

    Oser dire ses pensées, oser changer, oser partir. Dans une autre prose, bouger. Immobilisée sur un lit. Il fallait imaginer un mouvement dont je serais le centre, la vague et l'impulsion, telle une particule élémentaire au coeur d'un ... réseau. Tiens donc, oser, réseau ... souvent les mots nous parlent :)

    L'heure était venue d'appeler des alliés. Lever une armée d'amis. Visibles et bien en chair. Dans un premier temps. 

     Et c'est ce que j'ai fait.