UA-66561467-1

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Mon universalité est un tableau de Chagall



1275280201.jpg










Pour aborder tranquillement un tableau de mon universalité il me faut avant tout replacer cette pensée dans son contexte.
Je chemine depuis quelques années pour plus de conscience, de présence. Motivée dans un premier temps par un besoin devenu essentiel de comprendre mon passé et celui de mes ancêtres, cette quête, ayant abouti à certaines réponses, s’est transformée en bilan puis désir d’une construction personnelle consciente pour plus de sérénité dans les rapports à l’autre, à moi-même et au monde.


Parce qu’il aura fallu partir

A l’échelle familiale un des bouleversements importants de nos vies dans ces dernières années fut notre départ de Lorraine et l’arrivée en Provence.
L’arrivée de notre 3° enfant trois ans auparavant, avait forgé en moi cette impression que nous formions réellement une famille ou plus exactement un foyer, j’avais atteint une certaine satisfaction en temps que mère et un sentiment de plénitude en temps que femme. L’arrivée en Provence nous a amenés à être encore plus soudés et seuls au pays de nulle part.
Est venu alors le temps de l’individuelle solitude, mari et enfants ayant naturellement repris leurs rôles de travailleurs et d’écoliers. La rencontre de deux femmes « éveillées » m’amenèrent alors à l’évidence qu’il me fallait comprendre mon passé pour l’accepter et qu’il existait pour cela d’autres moyens que la simple analyse de mes souvenirs blanchis à force d’être ressassés. L’éloignement physique m’a alors permis de prendre du recul par rapport à mon passé, mon enfance, devenue spectatrice, la critique en fut facilitée. Rencontre avec Khalil Gibran : nos enfants ne nous appartiennent pas, ils nous sont confiés afin que nous devenions l’arc qui leur permettra de s’élever. Les liens qui unissent deux êtres qui s’aiment ne souffrent en aucun cas de l’éloignement physique car nous faisons partie d’un même univers et nous sommes reliés à chaque instant par l’eau, l’air, la terre et tout ce qui nous entoure. Nous changeons à chaque instant.

De mère angoissée et femme inquiète voire jalouse je suis passée à femme consciente de ces liens indéfectibles, dénués de toute notion d’appartenance, indépendants de la distance physique et femme curieuse de mieux faire connaissance avec son individualité.

Mère je suis, mère je serai encore, l’arrivée de notre quatrième fille allait faire ressurgir tout un pan de l’histoire familiale, enfin la lumière fut, avec violence et dans la douleur. Forte des révélations de ma grand-mère au seuil de sa mort, j’entamais une croisade que je pensais libératrice pour tous avant de comprendre très rapidement que cette lumière ne devait être que ma lumière, ma vérité, ma source sur le chemin.


Ayant eu par le passé une vie socialement active bien que bénévole je ne pouvais me satisfaire d’une vie de femme « au foyer » (quelques promesses à moi-même jalonnent mon existence celle de ne jamais être femme au foyer en fait partie), Libérée d’un certain poids mon énergie m’amena à la création très contemporaine d’un produit, d’une entreprise, d’une marque. Laboratoire propice à l’étude des relations humaines, je m’y suis plongée corps et âme, résultat quasi inévitable d’un manque accumulé et de l’affirmation affichée : moi aussi j’existe, je travaille donc je suis, je remplis mon devoir, j’entends que l’on respecte mes droits.

C’est l’enchaînement des rencontres qui fait grandir projets et individus, chacun apporte son offrande à qui sait la recevoir. Le nombre et la richesse des rencontres et expériences que j’ai pu vivre durant ces 3 années en font toute la saveur, il faut se dire qu’alors j’étais probablement prête à les vivre et à en tirer la substance.

Rentrée 2005 c’est au moment où il aurait fallu être sur le pied de guerre pour l’entreprise que mon corps choisi de se dérober à mes projets, manquant de passer de vie à trépas. Commence alors un long travail sur la dépendance physique, les relations entre nos pensées et nos actes, la frustration, la liberté, la souffrance, la mort. Associé à la rencontre d’autres, d’ailleurs et d’autrement, l’impératif besoin d’une auto-détermination se fait conviction intime. Qui suis-je ou plutôt qui vais-je décider d’être à partir de maintenant.

Ces pensées quand elles sont intimes, convaincues et fondamentalement égoïstes conduisent de fait à des changements de comportements et dans la jeunesse de ma raison j’ai oublié que ce travail intime n’était pas visible à l’œil de l’autre et ce qui était enrichissement pour moi n’était pas perçu comme tel pour des cœurs que la peur fait parler. Le travail s’est fait conflit et douleur, tiraillements et déchirure. La lecture de certains livres et la survenue d’événements forts en émotions m’ont amenée à me poser certaines questions auxquelles il me paraît fondamental d’avoir des réponses aujourd’hui.


Le sens de notre vie ou la théorie de Viktor Frankl que tout individu peut accepter n’importe quelles conditions de vie s’il a un objectif clair et conscient à atteindre, s’il connaît le sens de sa vie. L’affirmation que nous avons toujours le choix, sous l’oppresseur le choix étant celui de notre comportement. Au delà du questionnement au sujet du sens de ma vie, Frankl me confronte alors à une théorie à laquelle il m’est difficile au moment de la lecture d’adhérer : une seule attitude face à la douleur inévitable : la dignité, allant même jusqu’à affirmer que nous pouvons la transcender, en faire quelque chose. Je lis ce livre dans une période de grande souffrance physique des suites d’une luxation et ne peux me résoudre à penser que cette souffrance puisse m’apporter quoi que ce soit. Partagée entre la culpabilité d’accepter de souffrir et la culpabilité de renoncer à combattre cette souffrance ! Partagée entre deux culpabilités Frankl m’offrait pourtant là une alternative positive.


Quand la tourmente a atteint le foyer j’ai su que ce livre était arrivé entre mes mains au bon moment. Du séisme familial sont ressortis l’évidence que je suis et je resterai une mère, que l’amour que je porte à mes enfants donne du sens à ma vie, puis aidée entre autres par la lecture de deux autres livres et quelques guides bienveillants, simplement admettre que le conflit peut-être porteur de sens et qu’il est nécessaire de savoir écouter nos peurs instinctives ou acquises afin de faire consciemment le choix de nos comportements et que nous pouvons choisir de tout aimer.


A cet instant vous pourriez me demander le lien avec l’universalité qui est le propos de cette note.


Où il est question d’énergie.
Si on s’attache à la dimension scientifique des êtres, nous savons que chaque être est composé d’éléments maintenus entre eux par des forces qui s’équilibrent, à l’image du noyau et de ses électrons au cœur même de l’atome. Et si certains systèmes peuvent nous paraître stables il ne s’agit que d’une stabilité toute relative et dépendant d’un certain espace-temps, les lois de l’entropie étant là pour nous rappeler que la nature trouve son équilibre dans le désordre maximum.
Comme tout système organisé nous recherchons l’équilibre, nous recevons, nous donnons.

Nous recevons tous au moment de l’incroyable fusion de deux êtres un héritage inscrit au cœur même de nos cellules et ce bagage appartient à la mémoire de l’univers, il est une partie de l’univers. Puis nous recevons à chaque instant de l’énergie dans notre nourriture qu’elle soit matérielle ou spirituelle. Cette énergie est portée, au moment où nous la recevons par un objet, un geste, un mot. Ce qui créé le lien, l’échange, est l’attirance que nous avons l’un pour l’autre. C’est parce que nous attirons à nous ce dont nous avons besoin que nous avons quelque chose à prendre de tout ce qui nous arrive. Le but ultime, à échelle universelle étant de conserver l’équilibre global.
Nous pouvons donc raisonnablement imaginer que nos échanges peuvent tous être traduits par un bilan énergétique qui, associé au principe du rien ne se perd, rien ne se créer, tout se transforme nous conduit à la question suivante : nous, êtres humains comment et en quoi transformons-nous l’énergie que nous recevons ?


Où il est question d’amour
Comment naît le lien, ce qui permet la connexion : le canal entre les cellules, le don de soi et l’ouverture à l’autre. A l’échelle humaine nos émotions sont le reflet physique et spirituel d’un état, d’une vibration, ne dit-on pas être sur la même longueur d’onde ? Quand les vibrations s’accordent alors se créé le canal qui permet l’échange. De nos jours nous avons perdu en partie cette faculté de ressentir ces vibrations, nous n’écoutons plus ce que nos sens nous disent, nos autres sens, pas nos yeux ou nos oreilles mais notre peau, notre nez, nos poumons, notre ventre.
Qui a rencontré un autre et pense le connaître depuis toujours, qui ressent dans son enfant, son parent, sa sœur la reconnaissance profonde des êtres fait l’expérience de l’universalité. Qui a connu l’amour ardent connaît l’attraction des corps dans chacune de ses cellules et sait que la chaleur de la cuisse fait fondre la paume de la main qui la caresse.



Où il est question de pouvoir
L’homme, cette formidable machine à penser a donc à chaque instant le pouvoir d’imprégner de son essence l’énergie qu’il rend au monde. C’est un pouvoir immense et une responsabilité qui a de quoi faire peur et il sera plus facile pour certains de continuer à penser qu’ils subissent plutôt que de chercher à positiver l’expérience.
Le pouvoir d’imprégner l’énergie active de nos jours et le pouvoir d’imprégner une énergie plus profonde que nous rendons au monde à notre dernier souffle. Car cette énergie là ne disparaît pas.


La part de l’ombre
Comme il serait illusoire de penser qu’il soit possible de n’avoir que des pensées positives. Comme tout système il est probable que les énergies répondent aux lois de l’équilibre et qu’à chaque énergie positive corresponde une énergie négative. Il nous faut alors admettre que si nous nous efforçons à rendre autour de nous de l’énergie positive alors quelque part sera libérée une énergie contraire. Nous pouvons laisser à d’autres cette responsabilité et nous pouvons aussi assumer la part d’ombre qui est en nous. Nous, infimes parties de l’univers devons apprendre à nous reconnaître dans ce que nous considérons comme le mal et qui n’est que l’expression visible de l’équilibre qui nous gouverne.


Mon universalité
Puisqu’il faut un jour apprendre à se détacher par la fusion, des notions du bien et du mal, de soi et de l’autre, de la normalité et de la différence, au nom d’un sens commun, je veux penser que seul un amour inconditionnel pour tout ce qui nous entoure peut nous permettre de vibrer avec l’univers et réconcilier l’être, le milieu dans lequel il vit et l’expérience qui naît de cet instant unique et éternel. Je veux penser qu’on peut choisir de tout aimer, nous avons notre temps de vie pour devenir un individu conscient de ce qu’il est, composé d’une myriade d’éclats d’univers, l’amour pour recevoir et pour donner et l’éternité pour nier le soi et retrouver le tout.

Comment résumer 39 ans de chemin ? Sinueux, escarpé parfois jalonné de rencontres magiques, de redécouvertes ancestrales et nouvelles, il n'est que mon chemin et il se ressent plus qu'il ne se met en mot. Aujourd'hui plus clair qu'autrefois.

Faites qu'au zénith de chaque ephémère instant vous puissiez dire dans un souffle, fut-ce t'il le dernier : J'ai aimé.

559216482.jpg

Commentaires

  • Ce don d’humanité qui gigote en moi, en toi ma belle insoumise, t’accorde comme unique richesse l’amour en partage, bien que nous soyons encore dans l’obscurité, ne pas avoir empire sur nos semblables. Nous sommes filles et fils de l’obscurité, notre nuit est un rayon de ténèbre. J’avais évoqué Elisa, le fait de connaître sa profondeur, sa fécondité : Qui est donc cette jeune femme, cette Elisa qui crie son immense amour du fond de son fauteuil électrique. Qui est tu Elisa, si riche de ta foi en Dieu, si riche de ton espérance et si riche de ton immense amour. Une femme certes, croyante, mais tellement belle, et cependant si fragile. Tout comme Zachée, trop petit pour apercevoir le Christ qui traverse la ville de Jéricho, Elisa grimpe sur son sycomore, et voici le mystère de la lumière qui ébloui. Elisa ! Hâte toi de descendre lui dit le Maître, car il faut que je loge chez toi aujourd'hui même. Hâte toi de descendre se demande Elisa, mais jusqu'où ? Au plus profond d'elle même, après s'être quittée elle même, séparée d'elle même, dépouillée d'elle même, sans elle même. Elisa comprend que ce n'est pas dans une maison faite de la main de l'homme que le Christ veut loger aujourd'hui, mais dans son corps à elle, aujourd'hui, maintenant, tout de suite, dans son corps cabossé.
    Heureux ceux qui ont une visibilité parfaite, elle vient souvent par la peur, ainsi moi je suis capable de lire une page de journal tout en conversant avec une personne, je suis capable de photographier instantanément l’article, ne croyez pas qu’il s’agit d’un don, non certes ! Simplement une habitude quand mes bourreaux m’enfermait au placard ou me frappait, j’anticipais leur arrivée avec ma mémoire devenue procédurale. J’ai saisi très tôt l’importance du bien et du mal et leur intrinsécisme. Le bien que j’ai en moi, je l’ai reçu du mal que l’on m’a infligé, si bien que je puis dire le mal fut mon bien en ce monde fait de douleur, et de béquilles. Rien ne m’aura été épargné car mon corps est une semence dans le jardin du maître. Ma chère insoumise gagner son universalité pour s’universaliser enfin, resplendir et devenir si éblouissant comme un rayon de ténèbre tel est le secret de la vie de l’homme. L'universalité pour moi, c'est naviguer dans l'océan du firmament de la divinté, de la divine immutabilité, sans entrave, ni obstacle, épouser l'amour sans effraction, exiger de l'autre la même propriété d'amour, d'égaler celle ou celui qui aime à celle ou celui qui est aimé, ce n'est qu'à cette seule dignité que nous seront véritablement humain. Pourtant nous sommes encore toutes et tous des Zachée sur son sycomore …

    Un peu long le Pat, mais le sujet est captivant …

    Bise …..

    Pat …***

  • Marie,

    J'aime beaucoup ton universalité...

    EQUILIBRE... ELEMENTS (Air, terre, Eau, Feu)...

    Air, le souffle, la mélodie, les idées
    Terre, le bas, l'apparence de la réalité, le palier
    Eau, la mer, la transparence, la portée, l'aimant
    Feu, la chaleur, l'énergie

    Reste à trouver le juste milieu avec tous ces éléments, équilibre à rechercher et trouver quelque soit les circonstances, c'est primordial... En fait, on est tous les jours à la remise en question de l'équilibre pour réajuster et s'interroger, comment, etc ?

    Bises.

  • marie,
    Pat,
    je suis comme un petit enfant qui
    écoute,
    un petit enfant qui a du mal a suivre
    mais qui est emporté dans votre
    universalité.
    je ne sais pas ou je vais en vous suivant...
    suis encore trop fragile...
    c 'est sans doute un signe du Père qui
    me demande d 'avancer
    a petits pas à petits pas

    un chose est sure, ma FOI
    me porte

    vous êtes devant moi pour me montrer
    le chemin de lumière et d 'amour

    je vous embrasse naik

  • Naik, dans cette fragilité tu puiseras la force de ton universalité, l'âme humaine aspire à voir l'arbre qui est en elle, et celui là il t'est permis de manger du fruit, c'est le tien tu es ton arbre, nos grands parents mangèrent du fruit défendu car ce n'était pas leur arbre. J'ai écris, ce sont les enfants qui font les parents, se croire petit enfant pour conjurer sa faiblesse est déjà un grand pas ...

    Bise Naik ...

    Pat ....***

  • Alors un peu d’espoir lu dans un livre pourtant réputé auster, je n’étais qu’un enfant ce jour là, et je fus saisi par ma lecture …

    Tout n’est pas perdu, quoique souvent vous soyez dans le trouble et tenté violement. Vous êtes un homme, et non pas un Dieu, vous êtes de chair et non pas un ange. Comment pourriez vous maintenir dans un égal degré de vertu, lorsque cette persévérance a manqué à l’ange dans le ciel, et au premier homme dans le Paradis. C’est moi qui soutien et qui délivre ; et j’élève jusqu’à moi ceux qu reconnaissent leur infirmité.

    Bise …..

    Pat …***

  • "c'est moi qui soutient,'c'est moi qui delivre
    et j 'elève jusqu'a moi ceux qui reconnaissent
    leur infirmité"
    voilà cher Pat une pensée à méditer
    aujourd"hui
    bonne journée à vous deux

    bises Marie et Pat

    naik

  • Naik, pour ceux qui ne croient pas ou n'ont pas la foi du charbonnier, ni religieuse, ni sociétale, l'universalité se peut resplendir qu'au sein même de notre authenticité dans notre relationnel à l’autre, pas d’authenticité pas d’universalité …

  • "C’est parce que nous attirons à nous ce dont nous avons besoin que nous avons quelque chose à prendre de tout ce qui nous arrive...."
    "nous, êtres humains comment et en quoi transformons-nous l’énergie que nous recevons ?"
    "De nos jours nous avons perdu en partie cette faculté de ressentir ces vibrations, nous n’écoutons plus ce que nos sens nous disent"
    "L’homme, cette formidable machine à penser a donc à chaque instant le pouvoir d’imprégner de son essence l’énergie qu’il rend au monde"
    "Nous pouvons laisser à d’autres cette responsabilité et nous pouvons aussi assumer la part d’ombre qui est en nous."
    "Faites qu'au zénith de chaque ephémère instant vous puissiez dire dans un souffle, fut-ce t'il le dernier : J'ai aimé."

    Ce sont les "accroches" de ma lecture et relecture de ce billet portant à réfléchir !

    à la dernière phrase, j'ai envie d'ajouter :
    " et j'ai été aimé "...
    Par ce que le véritable accomplissement passe OBLIGATOIREMENT par les 2 :
    Aimer,
    être aimé !

    Merci Marie pour cette "mise à plat" de ta réflexion : c'est une preuve de très grande confiance en nous !
    Et c'est sans aucun doute un pas de géant vers ta propre universalité !

  • Bonsoir,

    « Le visage de son ami Siddharta disparut à ses yeux ; mais à sa place il vit d’autres visages, une multitude de visages, des centaines, des milliers ; ils passaient comme les ondes d’un fleuve, s’évanouissaient, réapparaissaient tous en même temps, se modifiaient, se renouvelaient sans cesse et tous ces visages étaient pourtant Siddharta. Il vit celui d’un poisson, d’une carpe, dont la bouche ouverte exprimait l’infinie douleur d’un poisson mourant, dont les yeux s’étaignaient… Il vit le visage rouge et ridé d’un nouveau-né, sur le point de pleurer… Il vit celui d’un meurtrier ; il vit comme il plongeait un couteau dans le corps d’un homme... Il vit, au même instant, ce meurtrier s’agenouiller avec ses entraves et le bourreau lui trancher la tête d’un seul coup de son glaive… Il vit des corps d’hommes et de femmes nus dans des positions et les luttes de l’amour le plus effréné… Il vit des têtes d’animaux, de sangliers, de crocodiles, d’éléphants, de taureaux, d’oiseaux… Il vit des dieux : Krischna, Agni… Il vit toutes ces figures et tous ces corps unis de mille façons les uns aux autres, chacun d’eux venant en aide à l’autre, l’aimant, le haïssant, le détruisant, procréant de nouveau ; dans chacun se manifestaient la volonté de mourir, l’aveu passionnément douloureux de sa fragilité, renaissait toujours, prenaient toujours un nouvel aspect sans que pourtant entre la première et la seconde forme se pût mettre un espace de temps… Et toutes ces formes, tous ces visages reposaient, s’écoulaient, procréaient, flottaient, se fondaient ensemble ; au-dessus d’eux planait quelque chose de mince, d’irréel, semblable à une feuille de verre ou de glace, sorte de peau transparente, valve, moule ou masque liquide, et ce masque souriait, ce masque c’était la figure souriante de Siddharta, que lui Govinda, venait juste à ce moment de toucher de ses lèvres. Et c’est ainsi que Govinda vit ce sourire du masque, ce sourire de l’Unité du flot des figures, ce sourire de la simultanéité, au-dessus des milliers de naissance et de décès. Le sourire de Siddhartha ressemblait exactement au sourire calme, délicat, impénétrable, peut-être un peu débonnaire et un peu moqueur, de Gotama ; c’était le sourire des milliers de petites rides de Bouddha, tel que lui-même l’avait si souvent contemplé avec respect. C’était bien ainsi, Govinda le savait, que souriaient les Etres parfaits.
    Ayant perdu toute notion du temps, ne sachant plus si cette vision avait duré une seconde ou un siècle, ne sachant plus s’il y avait au monde un Siddhatha et un Govinda, si le Moi et le Toi existaient ; le cœur comme transpercé d’une flèche divine et saignant d’une douce blessure, l’âme fondue dans un charme indicible, Govinda demeura encore un instant penché sur le visage impassible de Siddhartha, qu’il venait de baiser et qui avait été le théâtre de toutes ces transformations, de tout le Devenir, de tout l’Etre . Ce visage n’avait point changé après que les mille petits sillons creusés par les rides se furent refermés. Il avait repris son sourire immuable, discret et doux, peut-être très débonnaire, peut-être railleur ; exactement semblable à celui de l'Etre parfait. »

    Ce magnifique texte d’ Herman Hesse tiré de « Siddharta » dans lequel le héros vieillissant découvre une vérité fondamentale : il n’existe pas de voie unique vers l’épanouissement personnel, aucune formule sacrée selon laquelle vivre sa vie. Que signifie mener une vie spirituelle , rechercher et atteindre un développement personnel valable à travers une adhésion aveugle à une religion, à une philosophie, voire même n’importe qu’elle croyance ? nous demande Hesse. Nous devrions plutôt chercher à saisir la réalité de chaque moment, toujours neuf, vivant, et à jamais changeant. L’auteur utilise le symbole puissant qu’est la rivière pour transmettre ce sentiment de vigueur et de changement continuel.

    Mais ceci n’est qu’un roman et ne peut clairement être une règle de vie, car l’être humain n’est pas un Etre parfait. Ceci ne peut exister que dans l’absolu. Et considérer ce livre de Hesse comme une règle de vie va à l’encontre des idées de l’auteur, car on tomberais vite dans une religion, une philosophie, voire même n’importe qu’elle croyance.

    L’homme est un animal social comme l’écrivait Aristote. Dès sa naissance, l'individu voit son existence régie par les règles d'une collectivité, il est en inter action avec les autres. La civilisation judéo-chrétienne à laquelle nous appartenons nous impose des règles qui nous maintiennent dans un carcan moralisateur, qui asservit l’homme ( tu gagneras ton pain à la sueur de ton front, tu enfanteras dans la douleur et autres joyeusetés).
    Mais il n’est pas qu’un animal social. C’est aussi un homme révolté comme le dit Camus
    L'homme n'existe que par sa révolte, qui peut prendre mille formes: philosophique, historique, politique, poétique... Mais, entre l'esclavage consenti et la violence révolutionnaire, la création est la vraie liberté, le plus humble et le plus fier effort humain. Qu'importe si les questions ne trouvent pas de réponses? L'humanisme peut s'accomplir dans l'inquiétude, fixer sur elle sa conscience, sa mesure et ses limites. La générosité et la vertu ont-elles besoin d'espérance? Faute de sainteté, d'héroïsme et de sagesse, il convient avant tout d'être un juste.

    Cordialement

    Myrtille

  • parlez nous de la connaissance
    et il répondit diant:
    vos coeurs connaissent en silence les secrets
    des jours et des nuits
    Mais vos oreilles espèrent entendre l 'écho
    de la connaissance de votre coeur
    vous voudriez connaitre en paroles ce que
    vous avez toujours connu en pensée.
    vous voudriez toucher de vos doigts le corps
    nu de vos songes.

    et c 'est bien ce que vous vouliez.
    la source secrère de votre âme doit jaillir
    et courir en murmurant vers la mer.
    et le trésor de vos profondeurs infinies veut
    être revelé à vos yeux.
    mais qu'il n 'y ait pas de balance pour peser
    votre trésor inconnu;
    et ne recherchez pas les profondeurs de votre
    connaissance avec perche ou onde.
    car le moi est une mer sans limite et sans
    mesures.

    ne dites pas " j 'ai trouvé la vérité" mais
    plutôt " j 'ai trouvé une vérité"
    Ne dites pas "j 'ai trouvé le sentier de lâme"
    dites plutôt" j 'ai trouvé l 'âme cheminant sur mon sentier"
    Car l 'âme chemine sur tous les sentiers.
    l 'âme ne chemine pas sur une ligne, ni ne
    croit comme un roseau.
    l 'âme se déplie comme un lotus aux pétales
    innombrables.

    le prophète de Khalil Gibran

    bies naik

  • Merci à tous pour vos commentaires.

    Myrtille : ça me fait plaisir de te savoir ici, la richesse de ton commentaire va me pousser à en redemander !

    Merci d'avoir pris le temps de nous citer ces passages de livre, je n'ai volontairement pas cité tous les livres qui ont jalonné mes dernières années car je sais que leur lecture a été éclairée par la lumière de mes jours et que sous d'autres yeux en d'autres temps ils n'auraient pas forcément et même forcément pas le même effet.

    Etre juste, être authentique, à ses propres yeux, avec un peu d'indulgence ça doit être possible, j'ai encore un peu de travail avant d'arriver au coeur du lotus, tant mieux car une question me trotte : quand les leçons sont reçues est-ce que la classe est terminée ?

  • Bonjour,

    Non ton point de vue est tout à fait respectable, et je le respecte. Je pense que l'on peut avoir une autre vision des choses.
    Si l'on veut parler d'Universalité on doit en arriver à l'Etre humain en général et non pas à la personne en particulier.
    Contrairement à la pensée catholique ou Dieu est tout puissant et sa justice arbitraire (il faut avoir la foi pour être sauvé), les droits de l'homme eux sont Universels, et il est juste de les défendre.

    Quant à moi toutes les leçons sont bonnes à prendre et la classe n'est jamais terminée.

    Cordialement

    Myrtille

  • Chère Myrtille (j’adore les myrtilles c'est bon et ça tache aussi),

    Chère Myrtille vous avez sans doute un souci avec l'église catholique, mais permettez de recadrer votre commentaire, il n'y a pas de pensée dans le catholicisme mais uniquement la religion, et la toute puissance de Dieu est apparue bien avant le catholicisme évidement. Il est vrai que le dogmatisme est difficilement acceptable, mais on le découvre dans toutes les sphères de la société humaine et animale, c’est ainsi l’homme étant cannibale par nature. Je n’ai jamais adhéré aux droits de l’homme, mais aux droits humains, les droits de l’homme garantissent l’égalité tandis que les droits humains garantissent la liberté individuelle. Je discutais il y a peu avec un ami qui se sentait mieux avec le bouddhisme, sauf à lui rappeler qu’il était de bon ton de se réfugier dans cet ensemble à la seule condition de le vivre sur un terrain de liberté, faudrait demander l’avis à un handicapé de l’Inde ou du Pakistan et autres endroits où règne cette religion philosophique, étant donner le caractère dogmatique et scandaleux du karma. L’authenticité me semble la meilleure approche pour s’universaliser.

    Merci chère Myrtille …

    Damned je viens de prendre 49 piges ce matin, pas grave les gamins m’en donne 35 (ça fait plaisir)

    Bises …

    Pat …***

  • La liberté n'est pas compatible avec l'égalité, je suis un homme singulier, libre, par conséquent je hais l'égalité qui est contraire à la liberté...

    Pat ...

  • Est-ce bien clair !!!

    Pat ...***

  • Le Pat est en forme pour son anniversaire ! Du fond du coeur mon pat je te souhaite une très belle journée ! pour un peu je me mettrais à chanter toute seule !

  • Tu as bien raison d'aimer les myrtilles, tu vas voir Pat cette Myrtille là ne s'en laisse pas raconter :)

    Myrtille l'a bien compris je crois : je me sens assez proche du boudhisme, j'aimerais bien Pat que tu nous parles de ce "scandale du karma" !

    Et oui je pense qu'avant d'en arriver à l'Etre humain en général il est indispensable de bien connaître son individualité (qui n'existe que par le groupe) je ne citerai pas l'incontournable "connais-toi toi-même et tu connaîtras l'univers ... si ! Cette phras a été pour moi enfant une véritable énigme. Je touche du doigt ce ressenti aujourd'hui, Pat tu m'y as beaucoup aidé ainsi que mon ami francis Van qui m'a appris la contemplation.

  • Merci ma chère insoumise si j'ai pu t'aider, vois tu une amie journaliste qui libérale de son état d’esprit me parlait à vive voix (c’est qu’il en a une tripotée d’amies le pat) d’universalité, force non de convaincre mais de poser la liberté, l’égalité de chaque être humains sur le terrain de la communication, communication voilà encore un mot galvauder, l’être humain se distingue de l’animal par sa vocation au dialogue, la communication étant le lien fondamental du dialogue par nature. Le karma dans le bouddhisme, l’indouisme est une création individuelle du corps ou de l’esprit, création bonne ou mauvaise, ainsi une personne naît avec une jambe en moins c’est à cause de son mauvais karma, c’est que cette personne a fauté dans une autre vie, si une personne est riche de sa santé ou de son fric c'est qu'elle s'est bien comportée dans une autre vie. Nos bons occidentaux qui se gargarisent et se masturbent l’esprit avec ce concept philosophique des religions du karma devraient visiter l’inde profonde ou le Pakistan et autres contrées où survivent tant bien que mal tous ses exclus. Du dialogue, la communication permet de rectifier les littéralités, voir de les bannir, sans oublier qu’elles sont le ciment à la croyance, de notre liberté individuelle, par la vocation de chacun à se croire élu.
    C’est au nom de cette même liberté que Dieu laisse faire les humains, il me semble que le premier homme et la première femme dans le Paradis ont voulu l’égalité avec Dieu, ce qui leur a été refusé, mais la liberté est dure à acquérir. Khalil Gibran était chrétien maronite.

  • Le processus « d’Universalisation » ne tend pas à la diffusion d’un modèle unique, à partir d’un point unique, mais plutôt à l’émergence en divers points d’une même volonté de reconnaître des droits communs à tous les êtres humains. Elle repose sur la lutte contre toute discrimination, et sur l’idée d’un « universel non exclusif ». Si les femmes ont des droits en France, il n’en est pas de même dans tous les pays.
    Plutôt que l’unification, elle suggère l’harmonisation.

    Vous parlez de droits humains garantissant la liberté individuelle. Vous devez donc actuellement combattre toutes les atteintes à nos libertés individuelles (mise en surveillance des rues par caméras, mises en place de fichiers de police – Edwige, Christiana – réduction de l’accès à Internet et tant d’autres encore). Ou simplement votre liberté de faire ce que vous voulez quand vous voulez sans vous préoccuper des autres. Ce n’est pas de liberté mais d’Individualisme dont on parle dans ce cas.

    Vous déclarez qu’il n’y a pas de pensée dans le catholicisme alors que tous les préceptes de cette religion sont fait pour maintenir l’être humain dans l’acceptation de son sort comme dans toutes les autres religions d’ailleurs.

    Le devoir de fraternité, inscrit dans la devise républicaine française, est placé en tête de la Déclaration universelle : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité ». La liberté des uns s’arrête où commence celle des autres.

    Vous l’avez bien compris je suis Athée, Républicaine et Humaniste. Pour moi la devise « Liberté, Egalité Fraternité » a un sens. Le chacun pour soi et Dieu pour tous n’est pas ma tasse de thé.

    C’est Clair ! ! ! !

    Bon anniversaire,

    Cordialement,

    Myrtille

  • Damned ! ouiii c'est bien clair, sauf que moi républicain convaincu j'ai un peu de mal avec Liberté, Egalité Fraternité , l'égalité n'étant pas la liberté mais son contraire ( antinonisme), il n'existe pas d'individualité dans l'égalité, mais il faut rappeler qu'il s'agit des Droits de l'Homme et non pas des Droits Humains. Oui Mrytille je suis ulcéré par l'atteinte portée à la Liberté averc les caméras et autres inventions qui tentent à la banalisation.

    Vous l'avez bien compris je suis Chrétien, Républicain, et Humaniste. Pour moi la Fraternité n'a de réelle valeur que lorsqu 'elle s'inscrit dans la Liberté, fusse t'elle même individuelle.
    Le chacun pôur soi m'est intolérable, le libéralisme qui est une déviance de la liberté le démontre chaque jour ...

    Merci pour mon anniversaire !

    Amicalement ...

    Pat ...***

  • J'aime quand les choses sont claires. Ce qui fait notre richesse ce sont nos différences.
    Malgré tout nous nous rapprochons sur beaucoup de points.

    Passez une très bonne journée.

    Amicalement,

    Myrtille

    PS: tu vois Marie, pour moi, les leçons ne finissent jamais car l'école c'est la vie.

  • Chère Myrtille, se fut une agréable discution entre humanistes, votre athéisme n'étant qu'un point de détail, cela s'appelle communiquer !

    Je vous embrasse Myrtille et comme chacun le sait la bise de Patlesarthois !

    Pat ...***

  • Oui Myrtille l'école c'est la vie, c'était bien le sens de ma question, quand nous avons donné et reçu est-ce que la cloche sonne ?
    Je sais c'est un peu "bizarre" comme question mais elle est née de la lecture d'un livre de Elisabeth Kübler- Ross "Leçons de vie" à plusieurs reprise elle dit : " si je ne suis pas morte à ce moment là c'est qu'il me restait des leçons à recevoir" d'où ma question ...

    PS : Myrtille autant te le dire, la bise de pat le Sarthois ça vaut son pesant de cacahuète !

  • Bonsoir Marie,

    Je ne crois pas que les Parques dont la première file la laine (et étire le fil de la destinée), la deuxième enroule la laine (et mesure ainsi la durée de la vie), la troisième coupe la laine (et provoque ainsi la mort), soient maîtresses de ma destinée. Je ne crois pas au déterminisme.
    Je ne crois pas que je sois sur terre pour accomplir une quelconque tâche et que lorsque cette tâche est accomplie, la "cloche sonne".
    Pour moi les vrais termes sont "je prendrais des leçons jusqu'à ma mort" et non pas "j'ai encore des leçons à apprendre c'est pourquoi je ne suis pas mort".

    Rien n'est écrit. Je suis maître de mon destin et mes choix infléchissent ma vie même si je ne maîtrise pas tous les facteurs, tout mon environnement.
    Il m'est arrivé de dire "pourquoi encore moi", mais je sais que cette question est absurde.
    Car le problème n'est pas que le monde est absurde mais le sens que l'homme y cherche, sans le trouver.

    Sur ce monde aveugle et privé de signification se fonde un divorce. Nous sommes condamnés à pousser sans fin un rocher devant nous.
    La vie vaut-elle alors d'être vécue? Oui, car l'homme, dans son inutile effort, est plus grand que son destin puisqu'il peut se révolter contre lui. C'est lui qui choisi.
    Telle est ma liberté.

    Amicalement,

    Myrtille

  • Myrtille,

    La liberté, ma liberté me mène là où il n'y a plus ni mots, ni phrases, ni lois, dans un endroit dont même ma poésie ne peut dévoiler totalement ses secrets, pour ceux qui croient, l'homme est capable de Dieu. Je suis sur terre pour qu'une tache s'accomplisse, la tache de moi, je suis un être de révolte, animé d'espérance, cette petite lumière qui nous fait avancer ...

    Gros orage en perspective sur ma commune, donc que fait t'on?
    on débranche pardi !

    Bises démultipliées ...

    Pat ...***

  • Je crois que le vrai bonheur est de ne pas convoiter ce qui ne nous appartient pas, nous connaissons ce qui est bien et mal en nous, nous serons vraiment libre que dans l’authenticité de notre amour, si, la peur est notre maître, alors nous sommes esclaves en égalité, j’ai appris cela enfant alors qu’il me fallait conduire seul mon existence. Le libéralisme économique qui est une déviance du libre arbitre est contraire à la justice de la liberté puisqu’il consiste à détrousser le faible pour le fort, il existe encore tant de chose que je dois comprendre …

    Bise chère insoumise …

    Pat ..***

  • Je découvre ton blog avec un très grand plaisir...et je suis heureuse de voir que tu aime Khalil Gibran...Je repasserais te lire ;)

Les commentaires sont fermés.