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Ni pauvres, ni soumis

Aujourd'hui c'est le 19 mars.

Aujourd'hui je suis de tout coeur avec le collectif "Ni pauvres, Ni soumis" qui une fois encore a lancé un appel à manifester pour l'obtention d'un revenu minimum d'existence. Un appel pour le respect des personnes. Toutes les personnes.



Je suis rentrée de Lyon hier, nous avons participé à une journée de débats et d'informations sur le "bien vieillir" organisé par l'ANFE et Cyltech, c'était très intéressant et l'assemblée nombreuse et attentive est un encouragement à poursuivre les actions. Je remarque quand même que, trop souvent, la question du financement a été éludée ben oui la volonté est là, les idées, le matériel mais .... qui paye ?? Bien vieillir est un sujet qui ne s'adresse qu'à ceux qui en ont les moyens.

J'avais un petit quart d'heure de parole alors j'ai parlé de dépendance et de dignité : de bien vieillir quoi ...

Allez je vous livre ci-dessous le texte écrit et corrigé collégialement avec l'équipe d'handicap.fr : ensuite il a fallu en donner les sens et l'essence, sans prompteur et sous vos applaudissements :)) (l'humilité Marie, l'humilité ... oui boss :) )

Handicap & Vieillissement : miroirs tendus à nos choix, nos préjugés, nos ambitions.

Je reviens d’un court séjour en Belgique et j’ai pu, ressentir une différence de comportement vis-à-vis du handicap qui me parait importante, une notion de prise en compte plus que de prise en charge. En France quand une personne sort de la norme, les « normés « dégainent « la prise en charge ».

Pour donner une image si la route est parsemée de rochers chaque « valide » se doit de prendre sur son dos ceux qui ne peuvent surmonter les obstacles et c’est ce que chacun fait, comme il le peut, à l’échelle de sa famille, de son environnement proche et pour d’autres à titre professionnel. Mais la prise en charge a déjà montré ses limites, un enfant sous chaque bras, un ancien, voire deux sur le dos, que ceux qui ne peuvent marcher s’accrochent si ils peuvent et tant pis pour les autres.

La prise en compte, elle, consiste à débarrasser la route de ses rochers ou de choisir une autre route. Il est plus que temps de débarrasser la route de ses rochers, il est plus que temps de passer à la prise en compte, des besoins et des choix de chacun. Pour cela il faut connaître les besoins, vouloir respecter les choix et quand la personne ne peut exprimer ses choix, avoir à cœur de respecter son humanité.
Mais par quelle sorte d’ironie absurde devrions-nous poursuivre cette journée de réflexion en parlant d’eux : les anciens, les seniors, les personnes âgées qui à l’heure actuelle représente des personnes de 43 à 110 ans soit 3 générations ou handicapées qui représente, elles 10% de la population, comme d’une entité clairement définie, étiquetée et surtout désolidarisée de ceux qui s’en occupent : les soi-niant ? NOUS sommes la future vague grise qui ne va pas manquer de déferler sur la France comme ailleurs. Nous sommes aujourd’hui les metteurs en scène d’une pièce dont nous serons les figurants demain.

Alors être réuni pour parler du bien vieillir c’est plutôt rassurant.

Quels sont les enjeux du bien vieillir ?

Quand on parle du handicap ou de l’âge on évoque assez rapidement la dépendance, celle qui va de la perte d’autonomie à la grande dépendance. On parle de privation de liberté et c’est ce qui fait sans doute le plus peur. Avoir des horaires imposés d’hygiène, d’alimentation, de repos et d’activité. Etre privé de liberté de déplacement, de réunion, de choix alimentaires, vestimentaires et parfois de parole et devoir, malgré cela, rester une personne. Dans quelle mesure estimons-nous aujourd’hui qu’il est possible de bien vieillir, quelle place pour les personnes âgées dans notre société de performance et de pouvoir d’achat ? En d’autres mots pouvons-nous envisager aujourd’hui de bien vieillir demain, saurons-nous accepter les conditions de vie qui nous serons alors imposées par 1 l’environnement, 2 nos capacités et le traitement de ces deux paramètres par des tiers ?

Alors bien sûr on peut faire le choix d’entrer dans la grande illusion, celle qui consiste à croire qu’on vieillit tous comme les seniors rayonnants de toutes leurs dents au club à l’autre bout du monde parce que nous le valons bien dans les médias ! Et puis on peut faire le choix de voir une autre réalité, celle des personnes qui vieillissent plus longtemps mais qui vieillissent quand même, avec au cours de l’avancée en âge et dans le désordre : troubles du comportement, cancers, perte du conjoint, maladies osseuses, cardio-vasculaires, obésité, insuffisance respiratoire, perte de mobilité, de la vue, de l’ouïe, libre à nous à ce moment là de penser que le bien vivre est possible et n’est pas une inaccessible étoile ! Question de vocabulaire, en France on a choisi de voir dans la dépendance un 5° risque !
Peut-on bien vivre sans marcher ? Oui
Sans voir ? Oui.
Sans entendre ? Oui.
Mais à une seule condition : que la route soit encombrée du moins de rochers possible car on ne peut bien vieillir dans l’épreuve permanente, l’isolement ou le rejet.

Le chantier est bien entamé, à tel point qu’il est passé au rang suprême de « marché » ! Le marché des seniors, celui de la dépendance ; et c’est tant mieux, tout le monde va bénéficier des avancées technologiques à la rencontre de la rentabilité mais notre société juge et partie entre deux business se doit de trouver l’équilibre entre prise en charge et prise en compte, intérêts privés et publics, rentabilité à court ou à long terme. Si aujourd’hui le secteur privé des aides à la personne, celui des établissements aux noms de jardin d’Eden, est florissant en sera-t-il de même demain ? Les familles sauront-elles assumer des frais toujours plus élevés pour assurer le bien-être de leurs anciens ? Une chose est sûre, proportionnellement la population active ne pourra pas prendre « en charge » et dignement l’ensemble des personnes dépendantes, c’est pour cela que les enjeux de l’accessibilité à la cité, aux soins sont des enjeux fondamentaux.

Ce marché a vu fleurir les gérontechnologies. Il est nécessaire à mon sens de nous interroger sur le bon usage de ces technologies car une aide technique ou technologique n’est pas que technique : quand on parle de WC douche on parle d’hygiène mais on parle aussi de dignité ! Quand on parle de portes automatiques ou de bracelets de sécurité on parle de liberté ! Il est important que ces aides reçoivent quand cela est possible le consentement des personnes et soient utilisées dans des conditions personnalisées d’usage : prenons l’exemple des robots déjà utilisés comme aide à la personne : Jérôme Pellissier fait très justement remarquer qu’un robot certes n’apportent pas de chaleur humaine mais ne manquera par exemple jamais de respect aux personnes servies.

Il est indispensable que le législateur se penche rapidement sur le berceau des géron-technnologies afin que leur usage soit raisonné, justifié même si parfois il faudra choisir entre deux « maux »(détecteur de chute = pas de barrière) webcam outil d’inclusion sociale ou surveillance à l’insu de la personne ?

Nous devons regarder le « vieillir » bien en face, lever le voile sur les tabous comme la maltraitance, le suicide, la sexualité pour inventer aujourd’hui les solutions de demain, passer de cette volonté du bien vieillir au bien vivre, au vivre ensemble.

C’est juste une question de volonté car, à terme, tout le monde y gagne.


et j'ajouterai : d'en avoir les moyens, les moyens d'être ni pauvres, ni soumis.

Tous dans la rue car NOUS sommes tous concernés.

Vous sentez-vous concernés, pensez-vous que vous allez vieillir ? bien vieillir ? pensez-vous qu'une personne âgée peut être heureuse ? et une personne handicapée ? et si on parlait de bien vivre ?

Et oui, en ce qui me concerne, aujourd'hui plus que d'autres jours, je sais que nous vieillissons à partir de notre 1er jour de vie :)

Commentaires

  • si Marie, j'ai lu et relu, j 'ai beaucoup appris, mais je viens de perdre mon petit frère et suis
    mal, mais je ne veux pas te laisser sur une impression que tu n 'interesses pas, je t 'embrasse naik

  • L'homme, l'homme seul me fait penser que vieillir c'est un peu comme ces plages de mon enfance, aujourd'hui elles sont désertes, la vieillesse est un chagrin, elle est comme le sable qui compose les plages, c'est friable à cause des marées successives, mais ou sont donc les plages de mon enfance ? Si la jeunesse ne se dégénère pas en une exaspérante vieillesse et si je ne dispose d'aucun pouvoir pour la neutraliser, c'est pourquoi il faut m'investir dans la raison, la pensée de s'imaginer, mais le chemin pour y accéder est toujours celui de la contestation, de la rébellion, des probabilités, l'homme, l'homme seul, handicapé n'est pas dire réformer, la vieillesse est-elle pathologique ma chère insoumise ? l'enfance et la jeunesse ne sont-elles qu'un substitut de la vieillesse ? quel âge avons nous réellement !

    Je t'embrase ma chère Insoumise de 40 ans déjà !

    Pat ♫♫♫♥♥♥

  • En relisant quelques sondages, j'avais moi-même fait mes propres enquêtes déjà à l'époque.

    On constate que chez les gens, le handicap n'est pas une priorité.

    On n'a pas encore osé demander dans les sondages, c'est quoi pour eux la priorité (élus, habitants, etc ?).

    Et pourtant, on peut se rendre compte que les sociétés qui ont pris en compte d'abord la fragilité sans l'exclure aucune et sans la mettre à part, faisait remonter les niveaux de tous, et servait aussi à tous.

    Dommage, décidément, on entend encore, moi, ce n'est pas mon problème, c'est parce que vous êtes concernés et directement touchés.

    C'est pourquoi, il ne faut jamais lâcher nos combats... C'est par le peuple quand il sera vraiment sensibilisé d'abord et qu'il aura la volonté, le reste suivra sans problème....

  • Chère Marie,

    Le sujet ne nous laisse indifférent, mais que dire de plus ? C'est vrai que le handicap n'est vraiment pas la priorité. Un an après notre grande manifestation, on ne constate pas de grands changements. Et nous sommes tous, dans le quotidien. C'est vrai que la note est peut-être un peu longue. Pour autant , sur mon blog j'écris en général des notes plus courtes et je n'ai pas la chance d'avoir toujours des commentaires, alors ?

    Bonne journée,

    À bientô

  • Après un tel appel, je me lance : merci pour ton blog que je suis assiduement. J'apprends beaucoup et ce billet m'a particulièrement fait réfléchir.

    Gwendoline

  • Bonjour Gwendoline, j'ai visité ton blog, je suis remontée dans les notes de 2008 à l'arrivée de ton bout de chou, l'adoption est une aventure qui m'émeut toujours beaucoup, je reviendrai prendre de vos nouvelles et ça m'amuse toujours beaucoup de découvrir les personnes qui me lisent car en fait on oublie parfois qu'il y a des lecteurs masqués :))

    Je t'embrasse et toi embrasse tes petits pour moi !

  • Oups ! Moi j'étais là, dans la salle à écouter Marie et je n'ai retenu que " il ne faut pas prendre en charge mais prendre en compte" et cette phrase, je l'ai adoptée. Si,si.

  • Anne-Marie : c'est parce que je n'ai pas réussi à tout dire :)) c'est un art de parler ainsi en public ! de toute façon cette phrase est essentielle et elle ne demande qu'à être adoptée !

    Bisous !

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