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  • Les deux arbres

    A l’entrée du jardin il y avait deux arbres. Deux érables plusieurs fois décadaires. Ils veillaient tous deux sur la grande allée, la saupoudrant de leurs ombres légères, on les voyait de loin dans la rue, explosion de verdure au milieu des sombres cyprès et de la blancheur des pierres sèches.

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    Du printemps à l'automne ils étaient faiseurs d'ombre, cabanes, buts de foot, mâts de navire ou de cocagne pour grimper plus haut et voir plus loin.

    L'un deux avait une particularité, il était fendu. Très tôt il s'était séparé en deux et le tronc qui aurait pu être large et fort était devenu deux demi-troncs. Cela avait certes l'avantage de le rendre accessible aux petits enfants mais cet arbre trop tôt divisé, cet arbre au tronc d'enfant qui avait l'allure d'un grand en tendant ses deux bras vers le ciel, commençait à douter de lui-même.

    L'autre arbre avait poussé un peu penché et était surmonté de quatre belles branches maîtresses, la ramure des deux arbres entremêlée formait un tableau dense et joyeux, l'arbre penché s'écartait un peu pour laisser respirer l'arbre fendu, pour qu'il puisse être beau et symétrique. Et il l'était.

    Mais un jour l'arbre fendu décida qu'il n'était plus un arbre. Il voulait être eau, pierre ou même soleil mais plus arbre et encore moins arbre fendu.
    A l'automne il fit pleurer des tonnes de feuilles, appelant le vent à son aide il arracha toutes les branches qui touchaient l'arbre penché, "je ne suis plus un arbre" disait-il, "séparons-nous et voyons qui nous sommes ainsi."

    L'arbre penché pleura à son tour toutes ses feuilles, laissant les 4 branches maîtresses nues et désemparées. Ces dernières bien que conscientes des printemps à venir se posèrent bien des questions. Comment savoir qui est arbre et qui est autre, faut-il vraiment que la vie change soudain, toujours, arbre ne peut donc être heureux s'il est fendu ?
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    Et ce n'était que le début du bouleversement, les deux arbres désolés furent bientôt mis en question par toute la commune. il faut refaire la route, faire un nouveau chemin plus droit, plus facile, aux normes actuelles. Un des deux arbres doit tomber.

    Quelle bonne aubaine se dit le non-arbre fendu. "Prenez-moi je veux m'en aller, regardez je n'ai plus de feuilles, je suis fendu et mon tronc étouffe d'un côté." L'arbre penché eut beau dire à l'arbre fendu qu'il ne voyait rien que de l'écorce normalement recouverte de mousse en cette saison, pour un arbre de cet âge et ainsi orienté, mais l'arbre fendu persista à dire que ce n'était pas ainsi que les non-arbres doivent être.

    Ainsi fut fait.

    On ne l'abattit pas comme un arbre digne de ce nom. On l'arracha avec une grue comme on aurait enlevé un vulgaire poteau. La grue cassa les deux demi-troncs qui explosèrent dans des cris que seule la matière animée peut inventer. Puis plus rien. Un étrange silence. La grue acheva son travail en dessouchant d'un coup de cuillère ce qui avait été un arbre. Elle déposa l'étrange objet quelques mètres à côté du trou béant hérissé de racines arrachées. Puis des hommes dans un camion vinrent le prendre.

    Aujourd'hui la rue et l'allée sont en travaux de rénovation, pour l'instant ça ne ressemble encore pas à grand chose, l'arbre penché ose à peine jeter un regard dans le vide laissé par le départ de l'arbre fendu. Laissons venir le printemps lui crient les arbres alentours, tu verras nature est changeante mais nature vivante est toujours belle pour celui qui sait la regarder. Laisse aux hommes le temps de faire leur sale boulot et n'oublie pas qu'un jour, ils comprennent.


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  • De celles

    Des petites nouvelles, le froid de janvier au fond du coeur, les fêtes sont passées, Noël réunis en douceur, une piqûre de rappel du manque qui s'installe un peu plus chaque jour. Pour le réveillon du jour de l'an il manquait un convive, nous étions trois couples plus une, et la solitude m'a prise à son bord.

    De nouvelles facettes me heurtent, je suis de celles qu'on quitte, de celles qui n'ont pas su, pas pu, de celles dont on n'attend plus rien, de celles qui n'auraient pas pu changer, de celles que l'on délaisse pour partir le coeur en bandoulière. Je suis de celles-là.

    Je lutte pour ne pas me laisser envahir par cette mélancolie qui m'habite inexorablement, pas durablement je l'espère car ce manteau de tristesse me pique et me pèse. Les larmes trop souvent au bord des cils, compagnes aussi soudaines qu'imprévisibles, une photo, une chanson, un prénom croisés au hasard de ces jours trop longs. Un Rendez-vous chez le notaire, l'avocat et son bureau sordide, et ces paperasses par centaine qui enterrent notre histoire, le mot fin qui se profile, ils eurent beaucoup d'enfants mais ne les élevèrent pas ensemble, le prince charmant s'éloigne laissant derrière lui une femme meurtrie. FIN

    Comment est-ce possible ? Qui a inventé le mariage ? Les contes de fées ? Le divorce ? Le chagrin d'amour ? J'avais oublié comme ça fait mal.
    Je vis, je travaille, je m'occupe des enfants, le poisson est mort, l’auxiliaire de vie est en panne de voiture et ne viendra pas ce matin, le radiateur de ma chambre ne fonctionne plus, tu peux signer mon carnet, faut payer la cantine, pourquoi papa est parti ?

    Tenir. Oui mais combien de temps avec ce bloc de glace au fond de la gorge ?

    Ces derniers jours sont difficiles, je dis "courage" aux enfants. Je dis courage aux miroirs. Courage. Je suis de celles qui ont du courage, heureusement.