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Pleine solitude

Une envie d'écrire comme on déciderait soudain d'enlever la vieille souche au milieu de la pelouse.

Pelouse qui n'en a plus que le nom, la sécheresse a eu raison d'elle, la terre aride craquelle sous le chiendent et les épines du grand pin.
Le jardin est pétrifié, poussiéreux d'été, feuilles mortes en charpie rousse, roses séchées en bouton.

Et la terre pourrait boire un fleuve.
Elle attend, espère, aspire, voulant voir promesse de pluie dans le moindre nuage, cherchant le bon sens au vent et aux alouettes.

Puis comme une évidence que l'eau ne viendra pas du ciel.
Dedans, dessous, là, puiser la source aux racines, rentrer les plantes, tirer les rideaux, quelques vieilles branches pour une flambée. L'été est passé, la soif est restée.

Alors, mesurer les réserves et décider d'attendre, le père Noël ou la Saint Glinglin, les hirondelles qui ne font plus le printemps et que les chiens cessent d'aboyer ma lourde caravane.

Seule.

Boire cette étrange liqueur. Jusqu'à en être saoule. Occuper tout l'espace. Endosser tour, à tour, tous les rôles. Crier, chanter, pleurer, dormir et rire, ivre de trop de rien, être partout et à personne. Seule.

La solitude comme une essence. Rare, précieuse, puissante et belle.
Du bout des lèvres la chuchoter, l'écrire du bout des doigts. Et se laisser bercer dans son étrange silence, chercher la sève sous l'écorce, à s'en arracher les ongles pour ne pas oublier d'être vivant. Se tarir le coeur pour qu'il se taise enfin, puis, le baigner dans ce baume brûlant pour qu'il ne soit plus qu'un. Ça vous lave les yeux M'sieurs Dames, ça vous décape la cervelle pour pas cher, sans danger sur toute surface, c'est à l'intérieur que ça décrasse. Hoqueter les restes de vieux poisons, passer les circuits à l'acide clair des envies nouvelles, seule.
Pleinement seule.
Ecrire.

Commentaires

  • Ecrire. Pour tellement bien dire.
    Ces mots si beaux, je n'y toucherai pas. Même pas du bout des doigts.

    Je t'embrasse Marie.

  • La solitude comme une essence. Rare, précieuse, puissante et belle.
    Du bout des lèvres la chuchoter, l'écrire du bout des doigts.

    tout au fond de ton coeur, elle fait fleurir la douceur.
    je t'embrasse

  • Ta solitude est magnifique Marie...chaque mot fait écho en moi, chaque mot que j'ai lu, relu, pour finalement les intégrer tant et si bien que je les ai fait miens.

    La solitude nous pousse effroyablement à nous regarder, à nous apprendre, à nous comprendre, à nous laver du superflu pour enfin nous amener, un beau matin, doucement, à déchiffrer le monde qui nous entoure, à voir l’imperceptible et à accepter l’insaisissable…

  • merci pour ta franchise pour ton coeur à nu marie-sylvie

  • Très ému par tes quelques mots, Marie ... Davantage que d'habitude.

  • Très beau ce message Marie. Rien à ajouter si ce n'est que ça y est, ton jardin doit être arrosé...

  • c'est beau comme d’habitude car tu as un don pour l’écriture mais surtout ce que tu ressens me fait peur pour toi ma belle malgré tout la solitude je l'aime mais personne aimerait accepter la tienne malgré que tu sois entourée de tes fantastics bisous et j'ai oublie le beau chine qui ne me veut plus aaron

  • Marie, mes doigts sur le clavier ne sont pas aussi doués que ton écriture, et tes mots, comme chaque fois, sont si forts, si émouvants, ... que j'en reste muette d'admiration ! je t'embrasse Marie

  • plusieurs heures passées à vous, un peu le tournis à force d'étonnement, d'émotion, d'intérêt, de vidéo, d'image trop vrai pour une novice. Tentée de m'en vouloir de mes chagrins à deux sous, et puis finalement non: refus de la comparaison. J'ai puisé ici une envie de vivre. Reste à chercher un complément de sens.
    Merci.

  • plusieurs heures passées à vous lire... j'oublie souvent un mot sur deux.

  • Bonjour Frouche, je vous ai lu également, des résonances, des "raisonnances" aussi. Nous cheminons, nous arpentons nos temps de vie et l'écriture nous permet de poser les larmes et les rires aussi, apprentis humains que nous sommes. Courage et force Frouche, et aussi ... lâcher, accepter, faire confiance même si toi comme moi savons qu'elle est longue cette étape car chaque jour remise sur le métier !
    à bientôt peut-être Frouche

  • Oui, Marie écrire ! Ecrire est certainement une thérapie.
    Mais quel beau texte ! Je n'ajouterai rien de peur de le voir dénaturer le sentiment qu'il m'a laissé. La beauté des mots naît souvent de la douleur.
    Je t'embrasse

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