UA-66561467-1

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

De l’assistance

De l’Assistance.

Assister au double sens. être celle qui assiste ou être assistée.
Par quel étrange phénomène linguistique notre si riche langue française ne s’est dotée que d’un seul vocable pour désigner celui qui aide et celui qui contemple passivement ?
« J’ai assisté à la réussite de l’expérience menée par le professeur que j’assiste. »
Comment peut-on être et avoir été simultanément du même événement ?

« J’ai assisté, impuissante, à l’effondrement du bâtiment pour lequel j’ai assisté le maître d’œuvre durant de longues années. »

Ce long préambule n’est que la partie émergée de l’iceberg de réflexion qui accompagne une nouvelle expérience que je vais mettre en œuvre pas plus tard que demain. Il vient en écho au dernier billet d’humeur de Laetitia Rebord. Le blog de Laetitia mon-accompagnement-sexuel-benefices-rapides-et-points-negatifs-avec-le-recul/

Demain, pour la première fois, je vais rencontrer J., assistant sexuel à ses heures.

Comme Laetita il m’aura fallu presque dix années de la pensée à l’acte. Si acte il y a.
Car mes pensées dansent une gigue du oui au non depuis si longtemps, qu’un ultime revirement n’est pas à exclure. Tel un interminable Brexit avec un ancien moi dont, je le sais, le passage à l’acte entérinera définitivement le renoncement. Mon avis de 2013 
Cet ancien moi naturel qui n’avait pas de besoins spécifiques en terme de relations sexuelles. Cet ancien moi qui savait, pouvait, séduire et se livrer corps et âme.
Maintenant pour moi savoir n’est plus pouvoir.
J’ai franchi le Rubicon du pouvoir à l’impuissance.

Assister ou assister ?

Je sais faire l’amour. Je ne peux pas le faire.
Plus exactement je ne peux plus le faire. Et plus exactement encore, je ne peux plus le faire avec une personne qui ne serait pas totalement consciente de ma fragilité.
Car c’est bien de cela dont il est question.
L’aveu de ma fragile humanité.
Fragilité corporelle bien évidemment, purement physiologique, mécanique qui, poussée à l’extrême, invalide, incapacite, prive. Vous savez, vous ne pouvez plus.
Mais il y a aussi la fragilité psychologique. Celle qui vous amène à croire qui vous n’êtes ni aimable, ni désirable, faisant fi des amours spirituelles, platoniques et épistolaires. Comme si l’impossibilité effective ou imaginaire de passer à l’acte, venait fermer l’âme et le cœur à double tour.
La conscience aiguisée de ce que vous n’êtes pas prêt à supporter, le refus, le rejet et même le dégoût que vous pourriez apercevoir dans le regard ou le recul de l’autre, vous pousse à un à-quoi-bon auto-privatif.

Forte de ces impossibles j’ai valorisé l’abstinence en ascétisme créateur. La raison du pain noir, le contentement satisfait de ce qui fut. Poussant même parfois les vertus de l’abstinence jusqu’à dénigrer que d’aucuns puissent ne sembler exister que par ou pour les plaisirs charnels, ce qui, il faut bien en convenir, ne me concerne pas. Et puis les douleurs des miens, des autres et du monde qui sont tellement plus importantes que l’aridité de mon chemin.

Mais les années passent. Les souvenirs s’estompent. Les plaisirs anciens se diluent dans un océan de solitude affective, puis l’eau des larmes s’évapore, concentrant le sel qui en devient poison. L’esprit se détache du corps de souffrance jusqu’à le négliger. Tentative désespérée d’un oubli salvateur de sa propre incarnation.

Cette séparation, même savamment orchestrée, est un leurre utopique. Une demi-mort. Corporeïgramme plat. Je suis pour le don de conscience. Évadez-moi, greffez-moi dans le corps d’une autre. S’il vous plaît. Valide et gourmande, tant que faire se peut.

Du consentement.
Me voilà consentante au plaisir de la chair sur ordonnance. Comme un service rendu à cet ancien moi qui,entre autres, avait promis de ne jamais être aigri. Je lui dois bien ça, car sage était cette promesse quand remède est caresse.

Quid du thérapeute ? Il semble parfaitement consentant, a répondu à toutes mes questions, patiemment, à l’écoute de mes doutes et de mes craintes. Il m’a rassurée, encouragée. Il a désamorcé quelques pièges à loup que j’avais jadis tendus, levé les boucliers. J’ai amorcé la descente du pont-levis. Il a évoqué l’après qui m’inquiète, l’estime de soi que j’imagine ébréchée de devoir monnayer encore la présence indispensable de l’autre, mais qui pourrait également s’en trouver restaurée.
Je l’ai invité.
Il propose le thé, accompagné d’un nuage de sensualité et d’une assiette de douceurs. Par altruisme, parce que c’est bon et que ça fait du bien. Simplement. Tout simplement.

Pourquoi faudrait-il en faire toute une histoire ?

Pour les autres. Pour les jeunes adultes qui sont privés de cette réflexion. De cette décision. Pour tous ceux qui n’osent pas et qui s’enterrent sous des décennies de questions.
Pour ceux qui accompagnent la dépendance avec leur meilleur ami : le doute.

Pour ceux qui blâment et légifèrent pour interdire.

Parce qu’il suffit peut-être de vivre pleinement, simplement. Tout simplement.

assistance,sexualité,sexuelle,loi,appas

 

PS En relisant quelques notes je relis cet article de Célinextenso et je me demande ce qu’elle en pense aujourd’hui ?

http://celinextenso.free.fr/wordpress/?p=576

Écrire un commentaire

Optionnel