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Second degré - Page 2

  • En ordre de marche

     

    C'est cette vibration vive. La pulsation rythmique du coeur accordée au presto de cet estate qui ne cédera sa place à la rousse saison qu'après une chamanique danse.

    C'est la cadence des jours piquants comme les bogues qui explosent en promesses de géants. Alignement des ondes sur les portées de nos vies pour écrire symphonies fantastiques et abyssales folies. Torrents tumultueux et sauvages des métamorphoses.

    Mise à nue de la faiblesse qui ouvre grand les barrages devant les gouffres infinis des possibles. Canaliser la puissance. Et les nuits inondées de lumière brûlent l'ombre la plus dense. Point de recul.

    Étendard charnel dressé aux centres des tourbillons, propulsion communicative pourvu que le coeur tienne. Emboîtements précis des éléments, trinités enchaînées au vertige des âmes en ordre de marche.

    Et puisque nous y sommes, écoute les tambours des révolutions.      

  • La blessure.

    Elle palpite, à peine découverte d'un voile de peau. Rose sur la pâleur. Et c'est comme si la chair s'était débarassée de son habit. Le regard s'y attarde, à la fois ému et prêt à s'en détourner. Mais il revient. Il a d'abord haï le sabre et la plaie, béante sur l'intime, il a ordonné que remonte la garde, le temps, la vie. La chair a pleuré, crachant sang et humeurs, se maudissant de ne pouvoir ressouder les bords. "Trop loin, trop loin", hurlait-elle, déchirée. Sous les regards féroces l'attente suppliante s'est déguisée en exigence. Pointée du doigt, mise à l'index, la rebelle résiste à toutes les chimies anti anti. Anti !

    "Aime-moi hurlait la blessure, aime-moi criait-elle, aime-moi" murmura t'elle dans un souffle. C'est alors qu'au coeur du regard un voile passa, subtil, évanescent. Un clignement à peine ressenti, un tremblement qui aurait pu être fébrile. Mais là, à cet instant, l'être a choisi. "Je t'entends, dit le regard. Je t'entends et tu me changes. Je te comprends et oui, enfin, je te vois."

    La blessure murmura des jours durant, sa peine et sa peur, sa raison d'être, ses secrets, le mal caché et ses maudits avoués. Elle dit aussi sa richesse, ses enseignements, la mue possible et son amie la guérison.

    Le regard troublé baissa les armes, il prit soin de découvrir la blessure sous un jour nouveau, vit le sang dans les veines, écouta toutes ses histoires. L'eau des larmes lava silencieusement les restes de fards. Désarmé, désarmant le regard caressa lentement la blessure, humble, reconnaissant, on pouvait lire dans l'oeil maintenant limpide, un merci, qui éleva la blessure au rang de leveur de brume.

    Elle ne meurt pas. Ne s'efface jamais. Elle vit tant que vit le corps qui la porte et murmure à ceux qui la reconnaissent "J'ai été, je suis et je suis guérie." Elle redessine les courbes de mémoire, sculpte les corps en donnant vie même à la terre, elle fait chanter les mots les plus ordinaires. A ceux qui s'approchent vraiment, faisant fi de leur premier regard et réduisant la distance au point de la frôler, elle offre dans un souffle créateur un "Et vous" qui ne trouve écho qu'en ceux qui le souhaitent. Et vous ...

    Coeur vaillant faisant face. Coeur ouvert fera trace.Celui qui la blessure aimera, qu'elle soit pleinement mienne ou tiers, possédera en son sein la formule du baume et de l'onguent. Nulle vie sans outrage, ne saura le secret, à moins d'avoir longuement le blessé écouté, sa plaie épousé.

    Et que ceux qui passent la tête trop levée pour entendre ou même voir le blessé, passent vite leur chemin car la route sera longue à leurs si fragiles pieds.

     

    Pour l'amie au yeux clairs ...

  • De vagues en vol.



    Vague à l'âme, surfer entre petits pics et faux débats, vraiment ballottée au gré des faits, oscillations lentes entre moi, émoi et d'autres. Aller de l'avant, après le mal au coeur, à pied sur la terre ferme, ouverte pourtant, oublier les bleus, se souvenir de soi toujours. Plus jamais la même, le savoir, ignorer demain, un pied après l'autre, ne pas reculer, oser, lasse, si lasse parfois. Souvent puiser à la source la sève vitale, envie de hurler, ne rien faire, ne plus penser, juste pouvoir s'arrêter. Stop. Coquille. Le jour se lève. Nouveau demain, l'hier n'est plus. Paysages mouvants, visages immobiles qui défilent. Qui ? Priorités certaines, à priori au pilori, l'esprit chavire, va et revient. Vague à l'âme.

    Envol, prendre au vent la hauteur, sécher les yeux, l'âme en cerf-volant, coeur d'Icare en devenir, plus haut, encore plus haut. Souvenir de chaleur, promesse. Chamade, bousculade, garder l'équilibre. Liberté imposée à offrir. Cadeau surprise. Se prendre aux mots en volées, cambriolages et cabrioles, esquiver, faire mouche, touchée, coule la cire des ailes, plumes alertes, griffonnes, brouillons à mon plan de vol. Envol.

    Au vent libre jamais ne recule.
    Mouvance infinie.
    Vie.

  • Les deux arbres

    A l’entrée du jardin il y avait deux arbres. Deux érables plusieurs fois décadaires. Ils veillaient tous deux sur la grande allée, la saupoudrant de leurs ombres légères, on les voyait de loin dans la rue, explosion de verdure au milieu des sombres cyprès et de la blancheur des pierres sèches.

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    Du printemps à l'automne ils étaient faiseurs d'ombre, cabanes, buts de foot, mâts de navire ou de cocagne pour grimper plus haut et voir plus loin.

    L'un deux avait une particularité, il était fendu. Très tôt il s'était séparé en deux et le tronc qui aurait pu être large et fort était devenu deux demi-troncs. Cela avait certes l'avantage de le rendre accessible aux petits enfants mais cet arbre trop tôt divisé, cet arbre au tronc d'enfant qui avait l'allure d'un grand en tendant ses deux bras vers le ciel, commençait à douter de lui-même.

    L'autre arbre avait poussé un peu penché et était surmonté de quatre belles branches maîtresses, la ramure des deux arbres entremêlée formait un tableau dense et joyeux, l'arbre penché s'écartait un peu pour laisser respirer l'arbre fendu, pour qu'il puisse être beau et symétrique. Et il l'était.

    Mais un jour l'arbre fendu décida qu'il n'était plus un arbre. Il voulait être eau, pierre ou même soleil mais plus arbre et encore moins arbre fendu.
    A l'automne il fit pleurer des tonnes de feuilles, appelant le vent à son aide il arracha toutes les branches qui touchaient l'arbre penché, "je ne suis plus un arbre" disait-il, "séparons-nous et voyons qui nous sommes ainsi."

    L'arbre penché pleura à son tour toutes ses feuilles, laissant les 4 branches maîtresses nues et désemparées. Ces dernières bien que conscientes des printemps à venir se posèrent bien des questions. Comment savoir qui est arbre et qui est autre, faut-il vraiment que la vie change soudain, toujours, arbre ne peut donc être heureux s'il est fendu ?
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    Et ce n'était que le début du bouleversement, les deux arbres désolés furent bientôt mis en question par toute la commune. il faut refaire la route, faire un nouveau chemin plus droit, plus facile, aux normes actuelles. Un des deux arbres doit tomber.

    Quelle bonne aubaine se dit le non-arbre fendu. "Prenez-moi je veux m'en aller, regardez je n'ai plus de feuilles, je suis fendu et mon tronc étouffe d'un côté." L'arbre penché eut beau dire à l'arbre fendu qu'il ne voyait rien que de l'écorce normalement recouverte de mousse en cette saison, pour un arbre de cet âge et ainsi orienté, mais l'arbre fendu persista à dire que ce n'était pas ainsi que les non-arbres doivent être.

    Ainsi fut fait.

    On ne l'abattit pas comme un arbre digne de ce nom. On l'arracha avec une grue comme on aurait enlevé un vulgaire poteau. La grue cassa les deux demi-troncs qui explosèrent dans des cris que seule la matière animée peut inventer. Puis plus rien. Un étrange silence. La grue acheva son travail en dessouchant d'un coup de cuillère ce qui avait été un arbre. Elle déposa l'étrange objet quelques mètres à côté du trou béant hérissé de racines arrachées. Puis des hommes dans un camion vinrent le prendre.

    Aujourd'hui la rue et l'allée sont en travaux de rénovation, pour l'instant ça ne ressemble encore pas à grand chose, l'arbre penché ose à peine jeter un regard dans le vide laissé par le départ de l'arbre fendu. Laissons venir le printemps lui crient les arbres alentours, tu verras nature est changeante mais nature vivante est toujours belle pour celui qui sait la regarder. Laisse aux hommes le temps de faire leur sale boulot et n'oublie pas qu'un jour, ils comprennent.


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  • Le coeur dense des poupées russes

    Ils avaient tant joué que les fards s'accumulaient à leurs joues jadis rebondies. Les jeux étaient de société ou de complaisance, de culture ou d'ennui. Tant de rôles endossés, tant de chapitres appris par coeur, bravement répétés. Savaient-ils seulement encore qui ils étaient, l'avaient-ils jamais su ? Étaient-ils ?

    Invisibles sont les larmes de ceux qui ont le coeur pour visage et la vérité silencieuse pour cri.
    Bruyants de vouloir et de peurs s'agitent les oublieux du secret.

    Au creux du sillon creusé dans les masques, brille le coeur dense des poupées russes.


     

     


  • Miroir

    A l'agonie des mensonges illusoires
    Il n'y aura plus de sourire.
    Non qu'il s'agisse d'amertume,
    Ni de besoin, ni d'envie, de cette folle écume.

    Faciès sans fard et sans grimace,
    Le fond du lac à la surface.
    Et le monde se voit à ce calme miroir
    A l'agonie des mensonges illusoires.


    NDLR : Poème zen à qui sait dépasser l'illusion des mots, si si ;)

  • J'ai vu ...

    J'ai vu des personnes prendre deux fois d'une main ce qu'ils avaient donné une fois de l'autre
    J'ai écouté des personnes me mentir en me regardant droit dans les yeux
    J'ai senti des corps mous penser qu'ils étaient les plus forts
    J'ai croisé des esprits faibles et des prisons dorées

    Aujourd'hui, de l'autre bout du monde je vous écris cette lettre, j'ai survécu, je ne vous oublie pas.

    free music



  • Être et accords

    Elle est là cette note si présente qu'elle en parait fausse.

    Si grave. Elle résonne, déraisonne, vibre, perce, lancine.

    Elle fait si mal, glace le sang, contracte tous les sens.

    Dos, mis au rez du sol, si las.

      

    L'homme sage examine l'instrument charnel.

    Du bout des doigts il lit mon étrange partition

    Ecoute avec le coeur.

    Il la cerne et remonte à la source, au creux du corps.

    Là où coeur et âme cachent leurs secrets subtils.

      

    Baigner dans la chaleur d'une bougie éclairée de musique,

    L'arôme boisé de l'huile.

    Il relâche une tension par-ci, redresse un corde par-là,

    Il apaise le souffle, ouvre le coffre. 

    Abandonnée, confiante.

    Tranquillement je m'accorde.

     

    Il se retire si discret

    Sa présence s'évapore, onirique mage.

    Le silence me subjugue, évanescent.

    Ephémère jouissance de cet instant où elle n'est plus.

    Ne pas bouger, même pas en rêve.

    Ne pas sursauter au chant d'oiseau.

    Se nourrir de l'instant, savoir qu'il est.

    Être. Bien. En cet instant.

     

  • Au plaisir ...

    Samedi 17h40 et une envie d'écrire comme de croquer dans une pêche mûre à point. Le plaisir à fleur de plume, une émotion pure longeant les cils.

    J'ai fait une pause.

    Dans cette aventure intérieure qu'est la mienne depuis quelques mois, parfois volontaire, parfois forcée, j'ai fait une pause. Je me suis plongée avec délices dans trop de travail pour la maison, trop d'enfantissimes dossiers d'inscriptions, trop de raisons trop importantes pour échapper un instant à la quête, à l'enquête. J'ai laissé une douce brume rendre flous les contours trop saillants, je me suis laissée tentée par l'illusion facile que tout va mieux. Je sais aussi que j'en avais besoin, dans tout voyage il faut savoir faire étape dans un endroit aux allures accueillantes, laissant les loups hurler dans la nuit. Puis la pause s'est faite attente, d'un déclic ? d'un signal de départ imaginaire mettant le feu aux poudres et la poudre d'escampette à mes talons ?

    Le signal, les signaux sont venus, me réveillant peu à peu de cette enivrante somnolence et j'ai refait mon bagage, soupesant un à un mes effets personnels, ceux que je vais emporter avec moi, ceux devenus trop lourds, encombrants ou brillants de leur inutilité révélée, ceux que j'emporte alors que je sais qu'il faudra un jour parvenir à ne pas les remettre dans le sac.

    Juin est passé. Dans mon calendrier personnel je suis dans l'entre-deux,toute marquée encore des rythmes scolaires. A l'école de ma vie je sais que septembre est souvent porteur d'un malaise à ce jour inexpliqué et les deux mois qui le précèdent d'une sourde angoisse qui va s'emplifiant avec le racourcissement des jours. Juin est devenu plus tardivement le mois des épreuves, le mois éprouvant.

    Vers 11h30 aujourd'hui j'ai mis trois de mes petits eux dans un panier en direction de la verte Meuse, la maison passant de six à deux est soudain le thèâtre d'une après-pièce, le décor est en place mais les acteurs sont partis et les playmobils playmobilent tout seuls dans un interminable pique-nique envahi d'une improbable cohabitation de tigres, d'ours polaires et de fourmis aussi géantes que vivantes.

    Les valises sont pleines, les caisses à linge sont vides, les oreillers sont orphelins de leurs doudous, les cahiers de l'année dernière s'empilent sur les bureaux.

    Et mon coeur soudain chargé d'un trop plein de tensions, implose.

    Qu'elle a été dure cette année, je ressens soudain sur mes épaules le poids des mois qui viennent de passer, je laisse le trouble m'envahir, il ne me surprend pas, la dissolution temporaire de "la famille" me laisse seule face à moi-même et me renvoie à l'évidence que je dois reprendre le chemin là où je l'avais laissé.

    Je vais passer avec bonheur une semaine à Lyon, une semaine durant laquelle je vais physiquement Etre au travail, une semaine pour faire le point et pour préparer la rentrée, à tous les points de vue. Une semaine rien qu'à moi, ce soir je fais ma valise et j'emporte avec moi quelques livres pour me nourrir, quelques réflexions à mener et un cahier d'écolier pour écrire.

    Dans le bilan de cette année folle, j'ai découvert le plaisir d'écrire. Hissée au rang de plaisir cette activité en deviendrait presque tabou. C'est un plaisir aussi intime que solitaire mais aussi interdit puisse t'il devenir je ne suis pas prête d'y renoncer, écrire m'a révélé la profondeur insondable de l'être, l'énergie de la lumière qui est en nous. Bien sûr ce plaisir est démultiplié quand je peux avec bonheur vous offrir quelques mots et tant pis si je me dévoile, il n'est de véritable plaisir que dans la simple nudité.

    La pause est terminée, baluchon sur l'épaule je reprends le chemin avec vous comme compagnons et les étoiles comme guide.

    Et c'est avec une soudaine impatience joyeuse de la réponse que me vient cette première question :"Etes-vous sur ce chemin ?"

  • Tectonique des plaques

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    C'est l'histoire d'une montagne. Enfin au départ c'est l'histoire de deux plaques à la dérive. Elles flottent, errent-elles ? sont-elles mues par un doigt géant poussant au hasard de sa volonté ces deux continents ou bien encore s'attirent-elles comme de la limaille sous l'influence d'un champ plus irrésistible encore que celui des sirènes ?

    Les voilà qui s'approchent l'une de l'autre, toutes enveloppées dans leur fierté de plaques et l'insolence de leur jeunesse terrestre, c'est pas rien quand même la rencontre de deux continents, c'est imprégné de superbe. Le choc rendu inévitable par l'incommensurable inertie, est titanesque, c'est tout le petit monde qui les entoure qui en tremble.

    De front, de roc, chacune y va de sa poussée, tête baissée, ça fonce, ça fronce, l'heure n'est pas à la réflexion ni au recul. Et là, fruit d'une impensable fusion naît alors une montagne, elle s'élève vers le ciel dressée, hérissée d'aiguilles, de pics, elle atteint des sommets, l'air vif, aiguisée, tranchante et abrupte sur le bleu du ciel indifférent à ce sursaut infime d'une terre dont il surplombe les extravagances depuis la nuit des temps.

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    Au fil des saisons tête de glace pleure des torrents. Les rides se creusent, parfois c'est tout un pan de granit qui s'effondre, mettant à nu un coeur d'argile. Alors passent les vents faisant fi de l'adret ou de l'ubac, polissant avec ardeur, érodant un à un les pics les plus hauts, les massifs les plus résistants qui peu à peu se laissent rouler, s'amusent et s'usent en galets polis et doux.

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    A qui sait attendre c'est toute la montagne qui s'arrondit, affranchie de la dureté de la pierre elle s'échappe, amusée et libre. Millénaire évasion. Elle s'envole au gré du vent d'Autan ou du foehn, vogue à l'aile de l'alizé et finit balayée par l'hamattan. Elle se dresse mutine dans une dune pour rappeler qu'un jour elle a été une montagne et s'échappe volatile, un peu ici, un peu là-bas, partout et nulle-part, elle est le tout et le rien, particule de l'infini.

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    Et puis après des années de voyages, un peu ici, un peu là-bas, au coeur des mers et des océans, elle dépose en mille lieux ce qui lui reste de substance, si fine qu'on la croirait poussière. Elle se repose. Se recompose à la chaleur du noyau et elle sait qu'elle remontera pour affronter encore cet autre qui est aussi un peu elle.

    C'est l'histoire d'une montagne qui fait mentir l'adage "seules les montagnes ne se rencontrent jamais" car les montagnes sont faites d'un même sable, librement uni.


    Bien sûr cette note est née des commentaires de la précédente, si vous deviez vous qualifier, vous diriez que vous êtes plutôt montagne jeune, ancienne, dune .... volcan ?