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Les femmes en disent - Page 6

  • Mais où est-il donc passé ?

    Ce curieux mois de septembre ! Voilà bien longtemps que je ne vous ai pas donné de nouvelles et depuis quelques jours elle me démange, me grattouille, la plume !

    Mes amis, mes amis, j'ai survécu à une tempête ! Une de plus me direz-vous, en septembre encore.

    Un résumé ?

    - Un bras cassé pour Eva le 30 août, petit radius en motte de beurre, la médecine ne manque pas de métaphore, de résine aux urgences ah non là c'est trop demander ...

    - Une rentrée en 6° plâtrée faute de mieux, une rentrée en seconde

    - un coup de fil pour grande Fantastic sur liste d'attente pour une licence le jeudi 4 à 15h00 pour une pré-rentrée obligatoire le ...5 à 14h00 .... à LYON yahouuuuuuuuuuuuu ça n'a plus cessé depuis, nous nous sommes toutes engouffrées dans le tambour de la machine à laver.

    En une semaine ma grande a réussi l'exploit de s'inscrire à la fac, se trouver un appart, signer son bail, acheter des meubles sur le bon coin, déménager au milieu de la paperasse, formalités diverses, ouverture du gaz, abonnement transport et contractualisation d'un prêt étudiant parce que l'urgence ça douille !!! Pilotée à distance dans tous les sens du terme par maman qui bénit un peu plus Internet chaque jour !

    - une installation et un envol un peu douloureux pour ma deuxième grande qui va commencer sa prépa-kiné lundi qui vient.

    - Au milieu des rentrées municipales, communautaires et associatives.

    - Perturbée par un accident de travail pour ma chère auxi Véro qui paye l'incompétence d'un formateur sous label, vacances + arrêt pour la seconde auxi, au secours la remplaçante mais là ça mérite une note entière pour un zéro pointé, label Handéo qu'ils disaient ...e 

    - Ponctué d'un merveilleux Festival Rendez-vous oh le bien que ça nous a fait !

    - Hachée par un genou en beurre fondu qui ne cesse de me lâcher en septembre le mois des fuites !

    - Et hier sous la pluie et le plafond qui menace de rompre tant le toit, émoi, prend l'eau.

    Mais où est-il donc passé ?

    Ce curieux moi de septembre ?

    J'ai survécu, mes filles sont merveilleuses !

    Des envies et des projets plein le bureau, un livre à éditer, un autre à écrire et des notes pour tout vous raconter, cet été riche de travail sur moi, des expériences chamaniques incroyablement merveilleuses, un petit livre précieux sur le pardon à partager avec vous.

    Forza Forza Fémina (mais un peu trop dans le dur encore à mon goût)

    Et puis cette France qui va si mal.

  • Shakuntala


     

     

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    Mon tendre bien-aimé,

    Si brûlante soit la morsure de l'absence voilà que je surprends mon âme à frémir de joie à l'idée de vous retrouver un jour prochain. Je comble le vide entre mes mains du travail de la terre, faisant naître de quelques grains de poussière mêlée à l'eau de mes larmes, votre présence aimante.Au combien  il me tarde de caresser du bout de mes doigts usés, votre si douce étreinte. Seule la certitude absolue de vivre encore votre enveloppement me permet de continuer à respirer, instant, après instant. Je sais vos sentiments à mon égard mais il n'est pas un seul millimètre de ma chair qui n'échappe à la vacuité de la vie sans la chaleur de vos mains sur ma peau nue.

    Pardonnez mon impudeur cher ange, l'éloignement a sublimé les réalités froides et crues des marbres de nos rues, c'est à l'intimité d'une chambre toute habillée de voiles baignant dans le soleil de l'été que je pense, à cet instant de pure beauté qui n'appartiendra qu'à nous, notre musique sera de souffles et de retenues éphémères, et je sais, je sais, car elle existe déjà, que viendra cette incroyable seconde, née d'une commune et sublime reconnaissance, je sais que viendra, car je l'appelle de tout mon être, viendra enfin, la délivrance dans l'abandon et qu'ainsi nous inscrirons, ensemble, d'une même plume, d'une même encre et sans un mot, nos vies résumées à cette unique seconde, au grand livre de l'éternité.

    Amour. Comme il me tarde.

     

    Texte librement inspiré par une envie d'écrire magique et cette sculpture de Camille Claudel, elle-même inspirée du poème Shakuntala écrit par Kâlidâsa en sanskrit au 5° siècle.

    Pour tous ceux qui reconnaîtront cette seconde éternelle ...

  • Elephante

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    J'irai trouver les racines du ciel au noir de tes pupilles, puits sans fond épinglés d'étoiles, visiter ton univers intérieur, au coeur du coeur du monde.

    Il est l'histoire d'un petit enfant qui demande à son grand-père pourquoi le grand éléphant n'arrache pas le si petit piquet qui croit le retenir. Et le grand-père de raconter que, petit éléphanteau le majestueux animal aura essayé, essayé, essayé encore de se libérer, jusqu'à épuisement, jusqu'à renoncement. Maintenant devenu grand et fort il oublie d'essayer.

    Parfois, dans la vie, il vaut mieux garder son énergie, attendre patiemment que le bon moment soit venu et un jour de grande joie, se libérer de ses chaînes comme on ouvre un cadeau.

    Ce matin je me suis vue emprisonnée par quelques vieilles chaînes, courbée sous le fouet et les coups de pique, blessée, blessée à mort, et en colère. C'est ce qui arrive quand on attend trop longtemps.

    Alors ce soir, dans la joie, parce qu'il est grand temps,  je briserai quelques liens devenus trop serrés et pourtant si fragiles. Des liens qu'il suffit sans doute de secouer un peu fort pour qu'ils partent en poussière d'étoile.

    Je me remettrai sur mes pattes et sereine je poursuivrai mon chemin, au coeur du coeur du monde.

    Et vous amis, de quel piquet aimeriez-vous vous libérer ?

  • Si lit Marianne

     

    Combien de vies vivons-nous à chaque croisement de temps déplié ?

    Découvrant ce dimanche de printemps qui enroule ses minutes aux accords de Schubert je me surprends à fourmiller d'une attente confiante teintée de malice.

    J'ai pourtant mille choses à faire, lire, rêver. Et j'attends, amusée, je sens bien cette joie imminente qui ne demande qu'à éclore d'un éclat nouveau.

    Je suis un rosier rouge. Vingt demoiselles empourprées ornent déjà mon jupon mais du plus profond de mes racines je sais qu'à la plus haute branche se pare une incroyable. Je la sens frémir d'impatience, rose de plaisir à l'idée de surprendre tout le jardin. Entraperçue lors d'un voyage au pays des secrets codés je ne la connais pas comme on sait mais comme on ressent. Un dernier voile peut-être, une ultime étape d'étape. Touchée du doigt comme dans un songe, heureuse qu'elle soit. Tout simplement. Ce n'est qu'une question de temps, et le temps est une affaire humaine, un battement de cil d'une Vie qui nous traverse, émerveillés de multiples. Infinis, à chaque instant.

    Là, vous livrer ces quelques mots qui auront habillé d'arabesques chantantes et impatientes mon présent attentif aux souffles du violon, aux accords du piano dansés en d'autres lieux, d'autres temps, par quelques virtuoses.

    Avec vous attendre. Et puis faire, lire, oser. Aimer Tout cela. Refermer le carnet, c'est l'heure du goûter, des cerises et du thé.

  • Seule à voix basse

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    Avec ma solitude j'irai par les chemins qui mènent à la Durance, troquer la résistance en langueur nostalgique, l'effriter aux galets qui roulent dans le courant. Enchanter ma peine dans le souffle du vent, les larmes perlées émues du chèvrefeuille, d'un éclat de coeur, d'un rire d'oiseau. Si longue que danse la route, à s'en faire exploser les poumons aux parfums épais d'un printemps solaire.

    Seule, seule, seule, seule, avec ma solitude, au milieu de ce paradis peuplé de petits frères des cimes, sous le regard du rapace tournoyant, majestueux. Il n'est de pierre au chemin des ombres et des oiseaux. Filer grand train, décoller, s'envoler, survoler, rêver de long voyage. Aller jusqu'à l'eau vive, noyer l'ombre née des gouffres, puiser l'essence lumineuse des pensées sans mot. Pardonner. Essayer au moins. Un détail, une écorchure. Essayer au corps. Mesurer les arpents de rochers et de glace, et les printemps, et la cadence soudain joyeuse d'un coeur vivant.

    Au retour libéré, siffler un air ami, inondé de joie et de couchant. Rentrer à la maison. 

     

     

  • Souffles clés !


    Orchestrons-nous, me revoilà dotée des baguettes, chef d'un orchestre symphonique qui fait mon émerveillement, mille accents, milles couleurs, incroyables rythmes, c'est comme plonger en apnée dans un torrent qui cascade en éclats de rochers éclaboussés des scintillances d'une eau de joie pure et incroyablement vivante !

    Rires ! Joyeuse Joie ! Energie !

    Et tant pis pour les jaloux. Toujours, il y en aura toujours pour dénigrer, juger, pâlir, ternir, renâcler, fustiger, peu m'importe !

    Entendez-vous le son de mes talons qui caracolent cette route nouvelle ?

    Voyez-vous cet éclat de malice au coin de mes yeux qui papillonnent d'une saine fatigue ?

    Vous régalerez-vous du sourire qui mange mon visage ?

    Dimanche tout fou d'un mistral qui fait danser le saule et rebondit dans les éclats des rideaux blancs qui cherchent à s'envoler. Hier les rossignols ont chanté emplissant ma nuit de lumière.

    Rossignol, rossignol toi qui est la clé des souffles qui chantent, la musique pure des transcendances, porte mon message par delà la plaine,

    J'aime la Vie, Dieu, ce que tu es belle !

     

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  • Aux morts les monuments.

    Citoyenne, élue de la République. Depuis ce 30 mars. Et ce samedi devant le monument tant de souvenirs.

    Aux Morts.

    Et la sonnerie dans ce bleu matin printanier a déchiré le coeur de la vie. Le drame gravé dans la pierre, les fleurs coupées au pied.

    Et je me souviens le choeur des enfants pétrifiés de froid des novembre meusiens, quand nous allions clamer qu'un sang impur abreuve nos sillons avant de retourner dans nos salles de classe. C'est mon coeur qui prenait coup pour coup, au rythme de la grosse caisse qui faisait vibrer l'air comme au temps des bombes. Petits banlieusards verdunois, petits-enfants des rescapés des deux guerres, nos terrains de jeux étaient de bataille, les champs étaient de croix et aux Morts les monuments.

    Impact.

    Les escaliers étaient de victoire, les rues aux Généraux, Maréchaux, Colonels et quand parfois la rue était du soleil levant on y entrait en sifflant le retour des printemps.

    Pensées à mon grand-père résistant, fière, pour lui.

    Pensées aux familles déchiquetées. C'est moche la guerre. C'est sale, ça sent la chair brûlée et la pourriture et puis les rats et les gueules cassées. Et la Terre a bu le sang des Justes mêlé au métal fondu vomi par les avions. Pleurez les enfants.

    Transmission.

    De cette peur qui suinte des murs de Vauban. Papa il est reformé, la guerre ne le dévorera pas, pas lui. Les autres oui mais pas lui. Pourvu que ça dure.  La der des der, c'est comme ça, petit on s'accroche à des mots comme des étoiles aux déchirures de la noire terre. On n'est que des os. Bien rangés dans l'ossuaire. Les os rangés des héros morts. Leur vie en deux mots gravés en or sur un mur. Immobiles pour toujours.

    Mais la Vie elle se danse ? Vous êtes sûrs ? On a le droit petit à petit pas, rat de l'opéra et les pointes ne sont plus aux casques mais aux pieds, ne plus marcher sur la tête, danser la terre même recouverte des marbres froids et lisses ? Danse, danse, danse, et dans un tourbillon devient celle qui est de chair et si un jour les remords d'avoir dansé sur les tombes te rongent les os, ne soit plus que de coeur.

    Aux Morts les monuments et aux Vivants les arbres en fleurs. 

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  • Incroyable Mars !

    Mais quel mois mes enfants, quel mois !

    Un anniversaire : 45 ans fichtre :) depuis le 19 mars ! Nous fêterons ça dans quelques jours avec la famille qui vient de Lorraine pour les 20 ans (Diantre) de ma Grande Fantastic !!

    Une jolie sortie en pleine nature avec les adhérents de l'association Handi-Provence : Corq'jardin un petit coin de Paradis ! http://www.foyersrurauxpaca.org/-Croq-jardin- 

    Une campagne électorale pour les municipales qui se solde par 17 sièges emportés au deuxième tour !

    Me voilà donc conseillère municipale et communautaire, de beaux projets, des idées à foison, maintenant à mettre en actes !

    Une partie de notre jardin vendue pour financer les études des fifilles en septembre, licence à Lyon pour Maxine, prépa kiné pour Salomé, lycée pour Lola et ...collège pour miss Eva qui pousse qui pousse !

    Quel printemps, quel renouveau !!

    Une belle énergie que je dois au repos à la demande, à la relaxation, méditation.

    Ce week-end une petite vadrouille sur un salon de l'édition, manuscrit sous le bras.

    http://laboucherielitteraire.over-blog.org/ 

    La semaine prochaine rencontre avec un Lama suivie d'une journée entière de méditation, ça va décoller :D

    https://www.facebook.com/lamasamtenenprovenceenluberon

    Un documentaire pour le magazine de la santé sur France 5 dans les tuyaux.

    J'ai comme l'impression que ce printemps est florissant, j'espère que le votre l'est aussi !

    Je vous embrasse bien fort, allez j'y retourne :)

     

  • Chronique d’une guerre ordinaire

    Quelques mois déjà que j’ai le projet de changer de fauteuil et de véhicule. Après essais, j'ai validé le choix d’un fauteuil roulant électrique Permobil avec l’ergothérapeute de la MDPH. Pendant deux semaines j’ai eu ce fauteuil à l’essai, force est de constater à quel point ce fauteuil entièrement réglable électriquement au niveau des repose-pieds, de l’assise et de l’inclinaison du dossier, pouvait m’apporter non pas un confort mais une qualité de vie que j’ai perdue depuis longtemps.

    Une des étapes de ce dossier consiste à solliciter la sécurité sociale pour une prise en charge. Il me faut donc une ordonnance sur laquelle figurera le type de fauteuil roulant, ordonnance établie par un médecin de réadaptation fonctionnelle qui est censé être l’expert qui doit m’accompagner sur ce choix.

    Le directeur du magasin de matériel médical Benoît, qui est mon fournisseur et néanmoins ami, me propose de m’accompagner à ce rendez-vous. Je ne conduis plus depuis quelques mois, je décide de prendre un bus pour me rendre à ce rendez-vous et Benoît me raccompagnera la maison après. Le rendez-vous est à 10 heures, mon périple commence donc par l’expérience bus, montée avec un chauffeur pour qui c’est « la première fois », la descente périlleuse à cheval entre chaussée et trottoir non aménagé, stationnement en double file, derrière le bus un bouchon commence à se former, je suis évidemment observée tout le temps de la manœuvre, dans les petites villes où l’accessibilité est récente nous faisons offices de pionniers.

     J’arrive avec quelques minutes d’avance. Le bureau de ce médecin de réadaptation fonctionnelle est en rez-de-chaussée de l’unité de soins longue durée de l’hôpital de Pertuis, service vétuste  digne d’un mouroir du XIXe siècle. Je pousse une porte battante au pied d’un escalier de pierre qui mène aux étages. Je suis maintenant dans un couloir vide qui dessert quelques bureaux et ce qui semble être un espace de stockage de matériel. Personne. Une feuille A4 en guise de plaque sur la porte m’indique que je suis au bon endroit.

    Entre alors un monsieur d’un certain âge pyjama et fauteuil roulant du siècle dernier, poussé par deux ambulanciers qui ne me diront même pas bonjour. Ils garent le fauteuil, donc l’homme, contre un mur et entrent dans ce qui semble être un bureau d’accueil puis en ressortent en bougonnant « on n’a pas que ça à faire, on ne va quand même pas attendre » puis s’en vont.

    Je vois que l’homme assis dans le fauteuil est en train de glisser, le fauteuil n’est pas pourvu de repose pieds, j’ai d’abord cru qu’il essayait de trouver une position plus confortable mais je comprends qu’il n’a pas la force dans les jambes pour rester en position assise. Il glisse encore un peu plus, j’ai l’impression qu’il va tomber. Je commence à regarder de part et d’autre du couloir espérant une présence. Ah voilà une infirmière passe, je l’interpelle.

    « - alors Monsieur qu’est-ce qui vous arrive ?

    -          Je voudrais aller aux toilettes dit-il.

    -          Ah bah moi je peux rien faire pour vous j’ai mal au dos » répondra l’infirmière qui s’empresse de quitter le couloir".

    Benoît arrive à ce moment-là, aussitôt il propose son aide pour redresser l’homme dans son fauteuil mais une autre infirmière passe.

    « -  qu’est-ce que vous faites Monsieur ? »

     Benoît répond : - cet homme va tomber son fauteuil,

    -           ah mais ça c’est pas mon service et puis j’ai mal au dos » répondra à nouveau cette infirmière.

    Arrive alors l’infirmière responsable de l’accueil des bureaux qui s’adresse directement à l’homme dans le fauteuil roulant « vous êtes qui Monsieur qu’est-ce que vous venez faire ici comment vous appelez-vous. » L’homme très âgé ne peut visiblement pas répondre à ces questions. S’adressant alors à moi elle me demande qui est cet homme !  Je réponds que j’ai vu les ambulanciers arriver, déposer quelque chose dans le bureau puis repartir sans autre précision. Elle s’adresse à nouveau à lui « vous habitez où Monsieur ? » Il répond à Toulon. Fort peu probable qu’une personne de Toulon vienne rencontrer un médecin de réadaptation fonctionnelle à Pertuis. Ce dialogue est entrecoupé de quelques réflexions qui ne s’adressent à personne d’autre qu’à elle-même « ben je suis bien barrée avec une histoire pareille ». Elle finit par retrouver les documents laissés par les ambulanciers dans le bureau cet homme a été amené d’une des maisons de retraite des alentours, il n’aurait bien évidemment pas dû être laissé seul par les ambulanciers : il vient pour la confection d’un corset de maintien pour des raisons d’insuffisance respiratoire liée à une déformation de la colonne vertébrale, il devrait être en transport couché, autrement dit les ambulanciers n’aurait jamais dû l’asseoir dans ce fauteuil roulant emprunté à l’hôpital, absolument pas adapté à sa pathologie.

    Intérieurement je bouillonne, pour des raisons évidentes de rentabilité, les ambulanciers ont fait le choix de ne pas attendre et de laisser cet homme en situation de grande dépendance dans des conditions inappropriées et dangereuses.

    La personne que je dois consulter fait alors sa grande entrée avec déjà une demi-heure de retard par rapport à l’horaire de mon rendez-vous et je constate que l’homme dans le fauteuil roulant à rendez-vous avant moi, elle a donc probablement au moins une heure de retard. Les salles d’attente ne portent jamais si bien leur nom que dans les milieux médicaux, les patients eux patientent.

    Elle entreprend de pousser elle-même le fauteuil sans même réaliser qu’il n’est pas pourvu de repose pieds et les pieds du Monsieur sont entraînés sous les roues ce qui manque bien évidemment de le faire basculer, au-delà de provoquer des douleurs violentes puisque l’homme se cabre et pousse un grognement. "Bah alors Monsieur vous ne m’aidez pas beaucoup" lui dira-t-elle, avant de s’enfermer avec lui dans son bureau. Personne ne s’est soucié de la seule requête qu’il aura pu faire, à savoir aller aux toilettes. Après quelques minutes on entend un bruit sourd, l’infirmière de l’accueil se dirige vers le bureau, on entend la voix étouffée de la médecin de réadaptation fonctionnelle dire «  ah ben voilà il est tombé, il est derrière la porte je ne peux pas le relever." On appelle des brancardiers qui poussent la porte donc l’homme pour pouvoir entrer. Ils le relèvent, l’assoient dans un fauteuil plus adapté, l’homme semble légèrement choqué je dois dire que moi aussi.

    Le médecin de réadaptation fonctionnelle décide alors qu’elle ne peut rien faire pour lui et l’homme est envoyé aux urgences, "de toutes façons il est en insuffisance respiratoire".

    Se tournant alors vers moi elle me dit «c’est à nous ».

    J’entre dans un bureau exigu, encombré de deux chaises, pas la place pour un fauteuil devant le bureau.

    Je n’ai jamais rencontré cette personne auparavant elle commence donc à remplir un dossier, nom prénom, puis une question « vous vivez en foyer ? » puis une affirmation : « vous vivez seule bien sûr »...  Je réponds "non je vis avec mes quatre filles", (j’avoue que dans ces situations pouvoir répondre je vis avec mon mari et nos enfants me procurait une satisfaction supplémentaire » … « ah elles s’occupent de vous alors , je réponds "ça leur arrive mais c’est surtout moi qui m’occupe d’elles." Puis elle me demande où j’ai été opérée. A Nancy. Vous êtes de Lorraine ? J’y ai fait mes études, vous étiez à Flavigny alors (foyer pour jeunes adultes handicapés). Non j’étais à la fac de sciences. »

     En termes de préjugés j’ai l’impression que ce médecin pourrait obtenir la palme d’or.

    Le ton est donné, je comprends qu’obtenir une ordonnance correspondant au fauteuil que j’ai choisi ne va pas être une mince affaire.

    Je lui dis que je viens pour un renouvellement d’ordonnance avec changement de type de fauteuil elle me répond "je veux bien vous croire qui est-ce qui vous a prescrit ce fauteuil il n’est absolument pas adapté à votre morphologie". Pour la première fois je suis bien d’accord avec elle, mon fauteuil n’est effectivement plus adapté à ma morphologie c’est bien pour cela que je souhaite en changer ! Je ne chercherai pas à expliquer pourquoi il a été totalement adapté à ma situation lors des deux derniers renouvellements je ne chercherai pas à expliquer que ce choix avait été fait en fonction de ma motricité, des contraintes que j’avais pour la plate-forme de mon véhicule adapté, du fait que ce fauteuil soit pliant et puisse être mis dans le coffre d’une voiture, je la laisse critiquer le travail de son confrère d’Avignon, je la laisse se sentir supérieure et plus intelligente que les autres, j’ai une seule idée en tête obtenir la bonne ordonnance, quitte à la manipuler un peu. Je vais devoir user de stratégie.

    « Vous êtes toute tordue » me dit-elle, elle manipule mes jambes et mes bras comme si j’étais une poupée de chiffon, soulève mon T-shirt, tente de me redresser dans ce qui est pour elle la seule et unique bonne position. Elle dit « Pour vous il vous faut une coque moulée. » Pour ceux qui ne savent pas ce que c’est, une coque moulée est réalisée sur-mesure et vous maintient dans une seule et unique position ne laissant libre que les bras. Cette préconisation est aux antipodes de ce que je souhaite, elle ajoute « il suffira de fixer la coque au châssis de votre ancien fauteuil ça ira bien ».

    Je fais tout pour garder mon calme. Elle enchaîne je vois bien que ce choix n'a pas l’air de vous plaire, je lui confirme que ce choix ne me convient pas, j’ai déjà des difficultés de mobilité que je compense par des mouvements du buste entier par exemple, être attaché dans une coque me condamnerait à une immobilité quasi complète, à la formation d’escarre et surtout à subir une augmentation forte de mes douleurs chroniques que seul un changement régulier de position peut limiter. Elle ricane un peu, « non mais regardez-vous, continuez à vous déformer de la sorte et bientôt vous serez en insuffisance respiratoire. Vous n’avez pas l’air de vous en rendre compte ajoute-t-elle, il faut bien que je vous explique les choses. » Avisant alors mes chaussures elle décrète c’est de la décoration alors que mes chaussures ont été réalisées sur-mesure. Je lui explique qu’effectivement j’ai des problèmes depuis plusieurs mois pour me chausser que je souffre d’un mal perforant plantaire et que les douleurs dans mon pied sont telles que je ne supporte plus aucune contrainte, elle conclut alors « une bonne paire de chaussons en laine devrait faire l’affaire. »

     Je suis atterrée mais ne cherche pas à la contredire ce médecin est en train de me sortir le florilège des petites phrases assassines.

    Nous en revenons au choix du fauteuil, j’argumente, j’ai besoin d’un fauteuil muni de suspensions très efficaces ce qui n’est pas le cas de mon fauteuil actuel qui de toute façon est en fin de vie, j’ai donc besoin d’un fauteuil prévu pour aller à l’extérieur je négocie le choix d’un fauteuil dont l’assise et le dossier soient entièrement réglables, muni de cale tronc pouvant me garantir une posture sans toutefois m’imposer une contrainte permanente.

    Elle sort alors son ordonnancier et commence à rédiger sa préconisation : achat d’un fauteuil roulant électrique de type AA2 avec dossier et assise inclinables dossier modulaire appui-tête repose-pieds électriques, accoudoirs sur mesure et adaptés à la taille, cales latéraux de maintien. Raison justifiant le changement de type de fauteuil « aggravation de l’état du tonus et de la scoliose » signée docteur Atlani, Pertuis. (Une coque n’aurait fait qu’augmenter la perte de tonus musculaire).

    Je suis soulagée, l’ordonnance peut correspondre au fauteuil que je souhaitais acheter.

    Je n’ai qu’une hâte, quitter ce bureau. Même si c’est une victoire elle a un goût amer, le goût de cette guerre ordinaire que nous, personnes handicapées, devons mener pour faire nos propres choix et pour obtenir le matériel qui nous permet de conserver une qualité de vie acceptable, en dépit des préjugés et des incompétences de médecins qui sont persuadés de savoir ce qui nous convient le mieux, sans avoir cherché à comprendre qui nous étions et quelle vie nous souhaitions mener.

    Quelle vie aurait été la mienne si j’avais dû entrer dans leurs moules, écouter tous les freins, toutes les peurs et tous les mauvais conseils de soi-disant experts ? Cette vie -là ne serait pas la mienne, elle serait celle que la société pense devoir être la mienne.

    Aujourd’hui notre gouvernement nous impose un nouveau report de la pleine accessibilité de la cité France, alors notre gouvernement est comme le docteur Atlani qui préconise une coque moulée quand je peux bénéficier des dernières avancées technologiques en matière de fauteuil roulant électrique.

    Notre gouvernement fait le choix de ligoter des milliers de personnes, quitte à proposer une prise en charge de misère, des milliers de personnes qui pourraient bénéficier d’une prise en compte de la part de celles qui ont le pouvoir de prescription et de valoriser de façon optimale leur pleine inclusion, seule garante d’une vie digne d’un 21° siècle qui peine à vivre son humanité.

    Je m’élève contre les prescripteurs incompétents, je m’élève contre le report de la pleine accessibilité de notre pays, je m’élève contre les prises en charge de seconde zone et les économies à court terme.

    Je milite pour une prise en compte de tous, parce que vous le savez bien, ça n’arrive pas qu’aux autres. Pensez-y avant de faire partie de nos rangs, c’est plus facile pour faire les travaux.

     

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  • Campagne

    Un hiver en campagne, une équipe qui se forme, des idées, des projets, une face à découvrir, Marie se présente aux élections municipales. C'était maintenant ou jamais !

     

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    http://ensemblevillelaure.blogspot.fr/