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Ma vie secrète

  • Pourquoi maintenant ?

    Metooinceste, le hashtag #️⃣ qui invite les victimes d'inceste à témoigner, déverse depuis quelques semaines ses torrents de larmes. J'ai lu beaucoup de ces drames, des récits de vies abîmées qui tiennent en quelques mots qui, normalement, ne sont pas toxiques quand ils cohabitent. Qui énonce son tout petit âge, suivi du rang de l'agresseur familial, familier. Qui dépeint l'envers du décor de son île aux enfants. Le petit théâtre du coin de la rue,  marionnettes empalées, bâillonnées. J'ai écouté les six podcasts «Ou peut-être une nuit » de Charlotte Pudlowski sur Louie Media. Découvert ce mot : La silenciation. Et cette formule "être incesté, les incesteurs. 
    J'ai renoncé, confuse, à un peu de mon ignorance, au fil de leurs maux.
    Et puis je me suis demandé "pourquoi maintenant ?"
    C'est vrai il y a eu Balance ton porc, Metoo. 
    L'inceste est-il encore plus tabou que le viol et le harcèlement sexuel ? Est-il encore plus difficile de dire en avoir été victime ?
    La réponse est oui, mille fois oui. C'est difficile parce que c'est, de fait, la cause d'un drame familial autant que personnel. Alors les victimes se taisent, essayant de porter seules le poison, plus ou moins bien enfermé dans une fiole fragile qui pèse des tonnes. 
    Pourquoi maintenant ? Bien sûr, il y a eu ce livre "La familia grande" qui, comme à chaque parution d'un ouvrage traitant du sujet paraît-il, a soulevé un peu la chape de plomb qui fait office de couverture sur ces nuits enfantines d'horreur. La pression est montée d'un coup et la soupape s'est mise à siffler en tweets stridents. Une fille sur cinq, un gars sur treize sinon plus. Victimes comptez-vous. Tremblez bourreaux et bourrèles, jusque dans vos tombes. Depuis le fond des âges.
    Alors pourquoi maintenant ?
    L'effet introspectif du confinement et son cortège de dépressions et/ou résolutions y sont sans doute propices. L'apologie de la suspicion d'être infecté comme on est incesté, dans et par la cellule familiale qui n'a jamais aussi bien porté son nom qu'en ces prisons de temps longs, embastillés à demeure. À deux meurent. Chercher le R0 des incesteurs, dénoncer les clusters et les pedo-fêtes de Noël des voisins, bien sous tout rapport par ailleurs. 
    Au-delà de cette longue séance de canapé, il m'est venu à l'esprit que silence et soumission étaient le couple parental vicieux dont l'épidémique fléau dessinait le profil. Et que nos présidents, pères des nations tenues entre leurs mains et leurs lois, exigeaient de nous obéissance sans faille et mutisme contraint. Sous peine de sanctions immédiates : privations et mise en danger de toutes nos familles. Si tu parles, je te tue. Ça va tuer ta mère/ ton père. Si tu te plains on te dira fou ou menteur. Manipulateur.
    Alors, peut-être que, tous enfants du monde que nous sommes, sous l'effet de cette excessive pression il a fallu ouvrir le couvercle et que, de façon inattendue, ce n'est pas une rébellion contre un virus ou un gouvernement, dont le temps passera, qui s'exprime, mais enfin, enfin, la dénonciation d'un mal qui sévit au cœur de nos arbres-maisons, racines pourries, branches fragiles et feuilles tachées. 
    L'inceste tu, tue psychologiquement un enfant sur dix. Sept cent millions de personnes actuellement bâillonnées, maltraitées, torturées-violées, chaque jour. 
    Et que fait-on ? Rien. 
    C'en est presque à se demander si ce crime profite à quelqu'un pour être à ce point protégé. 
    Pas de vaccin pour les pedocriminels ?
    Les pilules pour dormir, sourire, survivre ça sera bien non ?
    Qu'est-ce qu'il y a petit t'es pas d'accord ? Tu veux que je t'en colle une ? Et puis arrête de chialer t'es moche quand tu chiales. Je te payerai un truc, qu'est-ce qui te ferait plaisir ? Ça sera notre secret. 
    Chut, remets ton masque ou étouffe-toi dans tes draps sales.

    Aujourd'hui le hashtag à la une est déjà différent et le couvercle va retomber, ils vont pouvoir bourreler tranquillement faisant fi des hurlements silencieux des enfants.

    Alors, il ne tient qu'à nous, les autres, ni agresseurs, ni agressés, de prendre conscience de l'ampleur du crime et de ses conséquences et, sans stigmatiser les victimes, les prendre en compte, les accompagner, les soigner. A ceux qui pensent "ce n'est même pas elle" au sujet de Camille Kouchner ou moi-même, posant ainsi un verrou de légitimité sur le témoignage et du même coup un acte de silenciation imposée, je répondrai qu'il est de la responsabilité voire du devoir de chacun de se sentir concerné, sans déposséder les personnes incestées de leur histoire, et d'agir. En s'informant, en étant vigilant, en regardant la bête droit dans les yeux pour lui couper les élans malveillants. Car non, le remède, à savoir la levée du secret, ce père de l'impunité, n'est pas pire que le mal. Elle est sans aucun doute extrêmement difficile et douloureuse mais le déni et le secret sont toujours pires et leurs conséquences sont délétères et durables.

    Et, par dessus tout, il nous faut prévenir, par l'éducation et la culture du respect de l'autre, par l'apprentissage de la bienveillance et de l'intérêt général.
    Faisons notre part, ne laissons pas retomber le couvercle. 
     

  • Imagine

    auribeau,maxine decker

    Copyright © Maxine Decker

     

    Imagine

    Il y aurait l'absence, tue et je serais, là. 
    Il y a ici le banc, trop petit paraît-il,
    Est le silence, je m'y assois, encore, 
    Si j'ignorais, jusqu'alors, son existence 
    Éternelle fulgurance, de mémoire, subtile 
    L'homme derrière,  moi et le bois mort
    L'arbre à l'ombre douce, berce l'âme
    Seule. La lumière vit. Inonde l'essence,
    Au fond, le coeur des fleurs denses. Immobile,
    Tuer las le mal, d'une mauve souffrance
    Indolence vague au souffle. Visible, là.
    Tu es. Mon amour, infini. Sois encore.

     

  • Eau de là

    J'ai dit au-revoir à mes enfants

    Montré ma voie à mes parents

    Remercié mes bons amis. Puis

    J'ai fermé les yeux et je suis partie,

     

    Tout en douceur arrêter de respirer

    Ici je flotte, je ne suis qu'une

    Vapeur légère, impression sur l'air, enfin

    J'ai fermé les yeux et je suis partie,

     

    La joie de mon coeur pivoine a glissé

    Sur la joue fraîche de vos délicatesses

    Vos âmes frissonnent à la caresse alors

    J'ai fermé les yeux et je suis partie,

     

    Merveilleuse légende, impalpable chimère

    Tout en chair, en pensées, échos bruyants de vie

    Insondable silence égal à nos mépris, frères

    J'ai fermé les yeux et je suis partie,

     

    Chantez plus que pleurer

    Vivez dès à présent, et

    Aimez toujours plus, si cette nuit

    J'ai fermé les yeux. Et je suis partie.

  • Les saisons germinales

    Aux musiques de mes silences il en est de paisibles.

    Suivant les silences pétrifiés des bords de rives rocailleuses, les silences trop chargés des tumultes assourdissants de va-et-vient infertiles, ils sont lumière douce et pénétrante de l’élan renaissant des obscurs, les prémices d’une nouvelle aurore harmonique. Imperceptible frémissement de l’âme subtile, qui se sait être en vie au creux de tous les hivers, le regard mutin et profond comme les gouffres, l’étoile du défi scintillante au flux à nouveau ressenti et aimé. Myriades de possibles composant mille voies, mille joies et autant d’abyssales désespérances qui nous laissent pitoyables et géniaux, musiciens vagabonds ayant pour toit la voûte céleste et au creux de soi la douce vie, chatoyante comme un trésor  sacré et éternel. Passent les corps flottants, le souffle de l’esprit comme une caresse illumine, tour à tour à tour, dans la litanie des renouveaux.

    Aux musiques de mes silences il en est de paisibles. Nourris de vos paroles, écoute attentive du chant de vos blessures aux cris de vos victoires, être n’est pas toujours de paroles. S’avance ma saison germinale, je la goûte comme la promesse d’un fruit sucré à souhait, posant désormais sur ce temps d’être, un regard attendri, bienveillant, abreuvé d’une prévoyante gratitude pour les futurs présents qui dessinent sous les paupières mi-closes les arabesques des jours enchanteurs.

    Aux musiques de mes silences. Il en est de paisibles. 

  • Il neige

    Il neige. Oh rien d'étonnant à celà, c'était prévisible, annoncé, risqué. N'empêche qu'il neige, depuis le milieu de la nuit. Et ça continue de tomber, en rideaux serrés, un manteau de froid est venu recouvrir les quelques fleurs téméraires et impatientes de goûter au printemps, qui s'étaient risquées à pointer leur nez sous les caresses d'un soleil de janvier chaleureux et si bien venu dans cet hiver, certes clément, qui n'en reste pas moins un hiver.

     

    C'est le silence qui interroge, autant que les chants d'oiseaux entendus il y a peu. Et les pensées livrées à elles-mêmes virevoltent comme les flocons. Le temps est suspendu, la Provence soudain immobile, si vite pétrifiée par ces frimas auxquels elle ne s'habituera sans doute jamais.

     

    Ici rien n'est jamais prêt pour faire face au froid. Ici les changements de temps sont douloureux à mon corps avide de bon temps. Alors la maison se calfeutre, fait le dos rond sous l'eau cristalisée, la chaleur viendra de l'intérieur pendant quelques jours, -16 ° annoncés pour dimanche quand même ... espérons que les réserves rechargées ces derniers jours résistent à ce soudain grand froid, en attendant le dégel.

     

    Ici il neige, dehors aussi, en ces temps de vigilance orange. 

    vigilance orange.JPG

  • Comme un parfum d'orange et de magie.

    Je reviens de trois jours avec la chère équipe, trois jours lyonnais comme je les aime, les jours et les Lyonnais.

     

    Le départ avait été difficile, la fatigue présente et à venir, mon absence de la maison à laquelle s'ajoute celle de ma Petite Fantastic pour le week-end, et aussi parce que depuis septembre j'avais oublié.

    J'avais oublié comme c'est bon d'être avec eux, d'entendre vraiment leurs rires sans le filtre parfois saturé de la connexion orange. De sentir leurs folles énergies et de renouer les complicités.

     

    La distance a ses conséquences que la raison seule ne peut contenter, parce qu'il fait bon parfois de respirer le même air et de vibrer au même rythme et que le très intéressant télétravail n'empêche pas le très appréciable télatravail. Qu'il soit télé ou t'es là, il y a eu du travail, de la réflexion, de  la projection, de l'animation à venir, du travail mais pas que. Il y a eu aussi une soirée avec l'équipe presque au grand complet.

     

    Et cette soirée a été toute animée de magie, et quelle magie, de l'époustouflant, du bluffant, des Oh et des Ah voire même des ahahah amusés, yeux écarquillés et autres Put..n, mais on ne dit pas Put..n, on dit Magicien dixit le Magicien lui-même ! On dit même Pierre Manu créateur d'impossibles.  Je n'en dirai pas plus parce qu'il faut le voir ou plutôt être spectateur et ne rien voir pour apprécier pleinement son art et repartir la tête pleine de questions quant aux impossibles rendus possibles le temps d'un battement d'aile de papillon.

     

    En parlant de papillons, vendredi j'ai rencontré Marie Garnier, auteure du Nid des papillons, qui a la gentillesse de m'inviter à une projection d'Intouchables suivie d'un débat dans un lycée professionel de Lyon, ça c'est le déplacement lyonnais du mois de février qui s'annonce. Une jolie rencontre donc avec Marie, ou comment mettre une voix et de la vie sur un visage, connu figé sur Facebook. Une belle rencontre, un good-feeling immédiat ! Je me surprends à être intarrissable au sujet de ce film, il faut dire qu'il m'a touchée à plus d'un titre, du défilé des auxiliaires à la solitude, en passant par les cases dépendance, différence, probables sujets du débat. Il m'a touchée aussi par sa trame de fond au parfum d'orange et de magie et même si là ne sera pas le coeur du débat, ici le coeur bat et c'est bon.

     

    Je terminerai cette note saturnienne par un voeu mais chuuut vous savez bien que les voeux se font en silence, le mien je le confie au mistral qui souffle en diagonale ce soir.

     

    A vos voeux, prêts ? Voulez !