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écrire

  • Au plaisir ...

    Samedi 17h40 et une envie d'écrire comme de croquer dans une pêche mûre à point. Le plaisir à fleur de plume, une émotion pure longeant les cils.

    J'ai fait une pause.

    Dans cette aventure intérieure qu'est la mienne depuis quelques mois, parfois volontaire, parfois forcée, j'ai fait une pause. Je me suis plongée avec délices dans trop de travail pour la maison, trop d'enfantissimes dossiers d'inscriptions, trop de raisons trop importantes pour échapper un instant à la quête, à l'enquête. J'ai laissé une douce brume rendre flous les contours trop saillants, je me suis laissée tentée par l'illusion facile que tout va mieux. Je sais aussi que j'en avais besoin, dans tout voyage il faut savoir faire étape dans un endroit aux allures accueillantes, laissant les loups hurler dans la nuit. Puis la pause s'est faite attente, d'un déclic ? d'un signal de départ imaginaire mettant le feu aux poudres et la poudre d'escampette à mes talons ?

    Le signal, les signaux sont venus, me réveillant peu à peu de cette enivrante somnolence et j'ai refait mon bagage, soupesant un à un mes effets personnels, ceux que je vais emporter avec moi, ceux devenus trop lourds, encombrants ou brillants de leur inutilité révélée, ceux que j'emporte alors que je sais qu'il faudra un jour parvenir à ne pas les remettre dans le sac.

    Juin est passé. Dans mon calendrier personnel je suis dans l'entre-deux,toute marquée encore des rythmes scolaires. A l'école de ma vie je sais que septembre est souvent porteur d'un malaise à ce jour inexpliqué et les deux mois qui le précèdent d'une sourde angoisse qui va s'emplifiant avec le racourcissement des jours. Juin est devenu plus tardivement le mois des épreuves, le mois éprouvant.

    Vers 11h30 aujourd'hui j'ai mis trois de mes petits eux dans un panier en direction de la verte Meuse, la maison passant de six à deux est soudain le thèâtre d'une après-pièce, le décor est en place mais les acteurs sont partis et les playmobils playmobilent tout seuls dans un interminable pique-nique envahi d'une improbable cohabitation de tigres, d'ours polaires et de fourmis aussi géantes que vivantes.

    Les valises sont pleines, les caisses à linge sont vides, les oreillers sont orphelins de leurs doudous, les cahiers de l'année dernière s'empilent sur les bureaux.

    Et mon coeur soudain chargé d'un trop plein de tensions, implose.

    Qu'elle a été dure cette année, je ressens soudain sur mes épaules le poids des mois qui viennent de passer, je laisse le trouble m'envahir, il ne me surprend pas, la dissolution temporaire de "la famille" me laisse seule face à moi-même et me renvoie à l'évidence que je dois reprendre le chemin là où je l'avais laissé.

    Je vais passer avec bonheur une semaine à Lyon, une semaine durant laquelle je vais physiquement Etre au travail, une semaine pour faire le point et pour préparer la rentrée, à tous les points de vue. Une semaine rien qu'à moi, ce soir je fais ma valise et j'emporte avec moi quelques livres pour me nourrir, quelques réflexions à mener et un cahier d'écolier pour écrire.

    Dans le bilan de cette année folle, j'ai découvert le plaisir d'écrire. Hissée au rang de plaisir cette activité en deviendrait presque tabou. C'est un plaisir aussi intime que solitaire mais aussi interdit puisse t'il devenir je ne suis pas prête d'y renoncer, écrire m'a révélé la profondeur insondable de l'être, l'énergie de la lumière qui est en nous. Bien sûr ce plaisir est démultiplié quand je peux avec bonheur vous offrir quelques mots et tant pis si je me dévoile, il n'est de véritable plaisir que dans la simple nudité.

    La pause est terminée, baluchon sur l'épaule je reprends le chemin avec vous comme compagnons et les étoiles comme guide.

    Et c'est avec une soudaine impatience joyeuse de la réponse que me vient cette première question :"Etes-vous sur ce chemin ?"