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Handicap et beauté

  • Mise à nue

    De retour à la maison comme tout bon pigeon voyageur digne de ce nom, en espérant être surtout voyageur.

    ire partager l'expérience vécue ce week-end en sera pour moi le prolongement,  me retourner un instant avant de poursuivre ma route, avant d'en vivre la suite, les conséquences.

    Sur bien des blogs qui parlent du handicap revient souvent la question du regard, des regards que l'on reçoit. Ces regards on s'en offusque, on en souffre ou on s'y habitue. Chacun trouve une explication pour les rendre supportables, vivables.

    Personnellement j'ai vite compris qu'ils dépendaient du message que je pouvais envoyer par mon attitude ou mon propre regard et que souvent le regard que l'on reçoit n'est que le retour du boomerang. Mais l'attitude ne fait pas tout et si la gestuelle peut faire voir notre âme, il n'empêche que, de notre vivant, elle est incarnée. Se pose alors la question de cette enveloppe que nous n'avons à priori pas choisie, qui a grandi et évolué avec nous mais sur laquelle nous n'avons finalement que peu de prise. Cette enveloppe est notre image. Nous voyons tous nos corps se transformer, se déformer, se sculpter au fil des ans et pour certains dont je suis plus que pour d'autres quand le destin, la vie, le hasard de la génétique vous donne une image peu commune, dés la naissance ou un beau jour au détour du chemin.  Il arrive alors que l'on perde la représentation mentale de ce que nous sommes, alors comment demander à l'autre d'accepter ce que nous ne nous demandons même pas à nous-mêmes ?

    Je me regarde bien sûr, le reflet du miroir, mon beau miroir, j'inspecte le tomber du vêtement, quelques fils blancs dans mes cheveux, une nouvelle ride, je plonge dans mon regard pour y trouver le courage du jour mais je ne me vois pas. Je ne suis pas pleinement consciente de l'image que vous voyez parce quelle ne correspond pas à ce que je vis de l'intérieur.

    Mais je suis consciente que pour avancer je dois vivre réconcilliée avec ma représentation physique, pour devenir ce que je suis, pour la conscience du message que j'envoie.

    Alors quand Deza a pris contact avec moi en décembre 2006 en réagissant au premier edito que j'avais écrit pour handica.com et qu'elle m'a écrit :"Aujourd'hui, je suis en train de lancer le concept "Handicapée et Belle" qui a pour objectif de montrer la beauté des corps déformés par la maladie. C'est une invitation à s'apprécier tel qu'on est: si on a une piètre opinion de soi-même, c'est ce qu'on renvoie à la société et la société ne peut que nous voir comme tel... Autrement dit, on doit s'approprier notre destin." j'ai compris qu'une graine était semée.

    Puis la graine a germée, patiemment et savamment arrosée par Deza, ni trop, ni trop peu, juste ce qu'il faut de petits pas l'une vers l'autre. Mon idée première était de participer en off, dans l'ombre des coulisses mais de l'ombre à la lumière il n'y avait qu'un pas et ce pas je l'ai franchi ce week-end.

    Au milieu de 6 autres "modèles" Evelyne, Jean-Seb, Marie-Odile, une jeune fille dont le prénom m'échappe (pardon), Deza bien sûr ET .... NIKO, j'ai prêté mon image à trois artistes : Georgik le peintre, Angèle Essamba et Chérif B. les photographes qui ont travaillé sous l'oeil, qu'il aurait voulu invisible, de la caméra de David.

    Naîtront de ces images, une exposition, un documentaire et peut-être des tableaux.

    La journée de vendredi avait été relativement épuisante entre métro et RER alors samedi matin quand je me suis retrouvée seule à la terrasse d'un petit café à quelques mètres de l'atelier je ne vous cache pas que mes interrogations étaient nombreuses, allant du "qu'est-ce que je fais là?" à c'est où le métro le plus proche en passant par "j'aurai qu'à dire que je n'ai pas trouvé l'adresse" au milieu d'autres "je vais le faire, ça va bien se passer" et "ce projet est trés fort et je veux y participer". Comme avant un grand saut dans le vide (prochain projet) un mélange de peur et d'envie.

    Puis Deza est arrivée avec Elsa peintre sur corps de son métier, Georgik nous a ouvert la porte de l'atelier, David déjà en tournage. Découverte derrière une magnifique porte, d'une ruelle pleine de verdure au bout de laquelle se trouve l'atelier. Ambiance art vivant, des toiles partout, la plupart à l'envers, outils et couleurs, de longs rideaux blancs qui diffusent une lumière si douce qu'on en baisse la voix, le charme opère, je sais que je suis prête et j'entre avec délice dans cet autre univers.

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    Je me détache de mes uniformes de maman, de working girl, d'épouse, je ne suis plus que moi Marie, handicapée et alors, face à moi-même et à ce défi que je me suis lancé. Les premiers clichés avec Georgik, première presque nudité, vêtement par vêtement pour les gestes, puis les premières pauses, le corps se cherche, il doit oublier de se cacher, il doit être ce qu'il est, il doit se faire voir, se montrer. Il doit oublier la pudeur mais sans tomber dans la nudité froide de l'univers médical. Le corps mis à nu sous le regard de l'artiste entre alors dans la lumière puis devient lumière, alors peut-être l'âme irradie.

    Fin de la première séance, les remerciements sont sincères et confiants, chacun a donné et reçu. J'ai remercié Georgik en appuyant mes mots d'une légère  révérence mais je n'arrive pas à vous décrire le sentiment de cet instant.

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    Elsa va ensuite peindre sur chacun un motif, une peinture presque de guerre, parfois fine, parfois violente, symbole de notre histoire, de notre mémoire qui s'inscrit dans nos corps, rappelez-vous le titre du dernier message : l'écrit du corps.

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    Puis viendra Angèle, sa voix douce qui donnera du sens à nos mouvements, qui nous enveloppera de tant de douceur et nous guidera vers l'image qu'elle a déjà de nous, ponctuée de quelques "magnifique" qui transcendent, qui libèrent et conduisent inéxorablement vers le don. Le temps égraine ses minutes mais nous sommes ailleurs, nous nous éloignons de la réalité pour mieux en fixer l'image, instant magique, instant unique, comme nous.

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    J'ai fait trés peu de photo, en même temps cette fois ça n'était pas mon rôle ! Mais j'ai quand même saisi le sourire d'Angèle, la photo est un peu floue, un peu comme mes souvenirs de cette journée si particulière mais le coeur y est !

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    Le dimanche sera beaucoup plus studieux, David a souffert hier pour le documentaire de nos incorrigibles bavardages mais comment ne pas échanger nos ressentis, nos impressions, des liens se tissent par l'experience partagée.
    Nous irons tous encore plus loin le dimanche, des gestes viennent, naturels, les dernières retenues finissent par lâcher prise, irions-nous jusqu'à la provocation ? c'est possible mais pour le savoir il vous restera maintenant, comme pour moi d'ailleurs, à attendre les images, entre crainte et impatience.
    Et vous l'auriez-vous fait ?