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beauté

  • La conscience du geste

    Parce que Pascal a fêté son anniversaire ces jours-ci, que Marcus nous a fait saliver avec ses madeleines goût malabars, je vous emmène pour un flash gordon back.

    Pour moi aussi c'est un anniversaire. Il y a 28 ans au mois d'octobre 1979 je suis tombée malade. (bon là tout de suite j'ai failli écrire 18 ans !! m...de, je viens de prendre dix ans ! finalement même malade ça passe vite le temps !)

    Tombée : entendez par là, première poussée de ma maladie, pan flingué en plein vol le petit rat de l'opéra (si ça vole les rats et pas que dans les cuisines !), mise à terre comme par le meilleur des plaquages chabaliens, sonnée par un direct de Tyson là au creux de mon épaule droite (ben oui c'est le genre de détail et de nuit dont on se souvient).

    Jusque là j'étais une gamine ordinaire, belle comme un coeur, première de classe, chouchoute des instits, enfant modèle, fidèle en amourssss, meilleure copine, danseuse au conservatoire, etc etc banale quoi :))

    Si je me sentais vide à l'intérieur, j'étais trés consciente et passionnée par la beauté des gestes, ce qu'on appellerait la grâce pour une danseuse, l'élégance pour une femme, le coup de crayon pour l'artiste, le coup de main pour l'artisan.

     

    Pour danser vous devez prendre conscience de chacun de vos muscles, en avoir une parfaite maîtrise et laisser le mouvement correspondre à chaque note de musique, ce que je pourrais décrire comme une maîtrise spontanée. Forte de cette conscience du geste je me suis mise à observer les gestes qui m'entouraient et surtout les gestes de savoir-faire : la boulangère qui entortille les coins du paquet de croissant, papa qui compte les liasses de billets à toute vitesse (rrrroooooo mais il travaillait au crédit labricole et j'allais le voir), les sculpteurs de l'atelier, papy et ses timbres si soigneusement découpés cran aprés cran, la calligraphie parfaite de la maîtresse, la jeune fille aux cheveux longs qui replace cette mèche souple en un geste de la main délicieusement sensuel, maman quand elle descendait les escaliers du monument de la victoire telle une actrice hollywoodienne, mamie quand elle épluchait les pommes de terre.

    Alors quand la maladie s'est invitée dans ma vie elle m'a d'abord enlevé la possibilité du beau geste, le geste était gêné dans son élan, alourdi, meurtri. Puis elle m'a enlevé certains gestes pour lesquels ne reste plus que le souvenir de les avoir fait un jour. Puis elle m'a appris la frustration de tous les gestes que je ne ferai jamais. J'ai alors quitté le pays du paraître et petit à petit pas, je suis devenue. Je supporte mes gestes maladroits, brusques parfois, j'ai transformé le naturel en conscience, la force par le sens de l'équilibre. Aujourd'hui mes gestes ont été réinventés, ils sont mesurés, prévus, c'est un exercice de chaque instant parfois bien pesant.

    Mais je reste amoureuse des beaux gestes, de vos gestes alors parfois j'écoute le bruit de vos pas et parfois je vous regarde faire.

    Voilà, en fait je voulais vous parler de mes mains mais en fait ce n'est pas sorti, trop douloureux sans doute, plus tard peut-être.

    Et vous êtes-vous conscients de vos gestes de tous les jours ? savez-vous émincer les oignons comme un chef (pour verser une larme avec moi) ? taper avec tous les doigts (pour me décrire votre geste préféré)? faire friser le ruban des cadeaux (parce que c'est mon malanniv) ?

    Nijinski, après-midi d'un faune

    Kontaktadresse [Foto : Rudolf Majer-Finkes]

    Nijinski par Auguste Rodin

    PS1 Je note ce soir dans la liste de mes envies : aller manger un ballet des yeux même si je sais que j'en serai émue aux larmes, toute suggestion à ce sujet est la bienvenue