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cirque

  • Que le meilleur rouge l'emporte

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    Mardi, à la mi-journée, au pied de la colline qui arrête mes regards vagabonds quand parfois mes pensées m'entraînent au delà du champ qui borde ma maison, règne une agitation inhabituelle.

     

    Un camion, puis deux puis tout un alignement incongru dans ce paysage bucolique. Il faut dire que la nature en quelques jours s'est drapée d'un magnifique manteau coquelicot, donnant au vieux champ oublié, des allures de théâtre. Et je me demande quelle drôle de pièce se prépare là, serait-ce l'outilleur qui serait venu de sa lointaine Auvergne nous vendre des tuyaux d'arrosage avant que les restrictions d'eau ne ruinent son marché comme les jeudis, la bourse ? Ou serait-ce encore une réunion secrète des plus gros camions jaunes pour une manifestation contre les champs de coquelicots rouges et l'on verrait s'affronter dans un combat de titans champs et tracteurs, coquelicots et cabines, rouge et jaune et que le meilleur rouge l'emporte ?



    Quand soudain les coquelicots emportés par une houle céleste se soulèvent, sortent de terre, et sous mes yeux d'encore enfant parfois, se dresse comme par magie le plus rouge des chapiteaux ! Là sous ma fenêtre, sorti de terre comme un champignon gigantesque, profitant du printemps humide et chaud de cet an 2008.



    Il trône tel un seigneur au milieu de ses coquelivassaux, surplombant une mer rouge dans laquelle il dégouline.



    J'attends avec impatience le retour de mes princesses, imaginer leur surprise est déjà une joie, entendre leur cris joyeux dans l'allée un frisson d'enfance retrouvée. Le cirque maman, le cirque est là !



    Les cartables volent, les goûters grimpent aux arbres pour scruter de plus haut cet étrange vaisseau, il y a même des chameaux ! On entend la musique, la véranda est en fête, que le pestacle commence !



    Le mégaphone de la voiture-parade mégaphone un incroyable grésillement, on entend des "venez-tous" et des "demain venez voir les fauves/poneys" au milieu d'une improbable fanfare synthétique 100 % polymystère. Heureusement que Monsieur Loyal connaît les ficelles ! Des cahiers jaunes surgissent alors comme par magie, normal me direz-vous, des affichettes à bille de clown qu'on pourrait croire sorties d'un bon vieux Stephen King, ne manquerait qu'un rire sardonique pour compléter à merveille le noir et blanc crasseux du vieux photocopieur qui a du crachoter toute la nuit les affichettes magiques.



    Je me retiens de trop hausser le sourcil à la vue du non moins fabuleusement magique tarif écrit dans une grassouillette police qui n'a de comics que le nom ! Je ne savais pas que les chameaux se nourrissaient à la luzerne enrichie aux sels d'or ! Oups ... et pourtant je sais déjà les trois poneys, les deux caniches oui mais qui marchent sur les pattes avant, la danseuse pré-pubère et ses cinquante houla-hop pieds/cou/taille qui un jour va finir par disparaître dans la colonne virevoltante de son outil de travail, les deux frères maudits qui pourraient un jour d'orage faire avaler le trapèze à leur compagnon de jeu. Les deux frères qui sont aussi les deux clowns, Loyal et le dompteur, le grimpeur sur planches et rouleaux et le passeur de planches et rouleaux, ouvreur, pisteur, dresseur et mécano. Je sais mais ne dis pas, laissant à leurs yeux d'enfants le secret de ne voir que la fille trop belle dans son juste-au-corps à paillettes debout sur le cheval, debout sur le cheval !



    Le mercredi s'avance tellement plus lentement qu'elles ne le voudraient, les devoirs repoussés à la frontière chimérique des "un jour je serai trapèziste !"



    C'est enfin l'heure de la représentation, la voiture-parade parade une dernière fois, hélant les villageois aux mines renfrognées des sorties de sieste et les enfants entrent dans son sillon d'un pas pressé, vite il ne faut pas manquer le début.



    Puis c'est déjà fini, ce soir avant la tombée du jour le chapiteau s'est dégonflé comme un soufflé sorti trop tôt du four, emportant avec lui le sourire émail diamant des deux frères et le rimmel-regard de la jeune beauté.



    Demain matin il restera le souvenir enchanteur d'un mercredi pas ordinaire et sur le champs quelques papiers gras et l'invraisemblable rouge des coquelivassaux.

     

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