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enfance

  • Mon amie la rose

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    On est si peu de choses et mon amie la rose est morte ce matin.

    Je ne voudrais pas que l'écrit d'hier puisse être le dernier. Il a des accents rageurs alors qu'en fait je ne suis plus dans ces reproches depuis longtemps.

    Ce qui a changé ces derniers temps c'est ma capacité à regarder les situations en face sans émotions perturbatrices et cela me permet de me poser de nouvelles questions pour aller plus loin.

    Bien sûr si un dialogue ouvert avec les protagonistes était possible cela faciliterait la compréhension des événements mais depuis toujours le dialogue vrai est impossible.

    Il ne reste que les traces et l'imaginaire du pire.

    Car oui je pense que souvent ce que l'on imagine est pire que la réalité.

    C'est qu'il en faut peu pour traumatiser un enfant.

    Quelques mots. Un geste.

    Puis le travail de mémoire vient creuser les sillons. L'esprit est comme pris au piège dans le labyrinthe et le Minotaure caché dans le plus obscur repli nous terrifie. Nous arpentons encore et encore les couloirs sombres de nos traumatismes à en user le pavé et la semelle de nos godillots. Si le traumatisme primal nous est inconnu ou inaccessible, nous nous heurtons aux murs à chaque changement de direction et le Minotaure reste un monstre chimérique. C'est peut-être que ce n'est pas la direction qu'il faille changer mais notre état d'esprit.

    Alors vient le temps des stratégies.

    Nous allons négocier avec le traumatisme.

    La plus simple des stratégies est le déni mais c'est aussi la plus dangereuse car vous allez nourrir le Minotaure avec l'énergie surpuissante de l'inconscient. Choisir le déni c'est marcher à reculons, les yeux bandés et prendre le risque de tomber dans un puits sombre et profond, peuplé de créatures démoniaques. Auriez-vous un jour le courage d'y descendre volontairement ? J'en doute. Mais un traumatisme nouveau même minime peut à tout moment en ouvrir la trappe sous vos pieds.

    Si votre déni vous a doté d'ailes de cire et de plumes vous pourriez être tentés, tels des Icare de télé-réalité de chanter « je vais bien tout va bien » vous condamnant ainsi à battre des ailes et brasser du vent sans cesse car c'est alors tout le sol du labyrinthe qui serait l'entrée du puits vous interdisant le repos ; et monter plus haut assurerait la chute.

    Avancer vaille que vaille sans jamais se retourner c'est ignorer qu'un élastique de longueur variable vous relie au Minotaure et que plus vous allez avancer et plus cet élastique va se tendre et pour amoindrir votre effort vous allez prendre des virages de plus en plus souvent, croyant faire face a des vents contraires. Mais, comme tout système dynamique, cette avancée à marche forcée aura des limites, vous condamnant au mieux à un surplace laborieux chahuté de vents changeants et au pire à un renvoi brutal aux origines de votre traumatisme écrabouillé, vous éclaboussé d'une bouillie sanglante de Minotaure devenu incompréhensible.

    Après le déni vient la stratégie de la conscience passive, la tétanie prudente. Je sais qu'un monstre est là quelque part. Je le sais je vois son ombre au mur de ma caverne refuge qui n'est en fait qu'un carrefour saisissant. Cette ombre se mêle à la vôtre à chaque mouvement. Mais que va-t-il se passer au déclin du jour ? L'ombre projetée va grandir, grandir jusqu'à vous engloutir, tout entier.

    Alors quoi ?

    La guérison est un plan complexe qui se déroule par étape.

    L'urgence consiste à se mettre à distance de sécurité du trauma ; pas trop loin afin d'en avoir une image précise ; assez loin afin qu'il ne puisse pas aggraver la blessure.

    Ensuite faire péter le plafond du labyrinthe, laisser l'alternance des jours et des nuits nous donner la cadence.

    Chaque jour œuvrer, contempler, observer chaque encoignure, les inscrire en conscience.

    Sentir les pierres solides sous les pieds, prendre conscience de ses capacités actuelles faire un état des lieux et commencer à imaginer quelle sorte de lame pourrait vous être utile, qu'elle sorte de l'âme.

    Vous nourrir de connaissances et de travail bien réalisé. Vous préparer à affronter le monstre.

    Durant les nuits, se souvenir des jours chauds et lumineux. Palper vos armes nouvelles, cultiver votre réassurance. Bercer l'enfant de souffrance pour apaiser ses douleurs et ses craintes. Lui dire qu'à chaque nouvelle acquisition vous devenez plus habile, plus fort.

    Un matin se mettre debout. Être grand. Décider qu'il est temps.

    Alors ce jour vous saurez que vous êtes à l'exacte bonne distance du Minotaure.

    Trois choix vous seront alors offerts. 

    Si le traumatisme est ancien, devenu énorme, nourri de déni, lourd de conséquences douloureuses, alors de votre lame la plus puissante vous devrez « lui faire la peau ». Avec amour. Amour pour vous. Et au soir tombant, informer l'enfant de la mise à mort ou de la condamnation à vie, officielle et juste de son bourreau. Toucher le Minotaure de la pointe acérée du glaive de la justice c'est rendre possible sa transformation en un pilier de marbre et de pouvoir s'élever dessus.

    Mais peut-être que le traumatisme est secondaire ou de moindre envergure, pas si effrayant que ça finalement et que vous voudrez juste vous en libérer.

    Alors, parce que l'élastique aura la tension idéale, vous couperez une à une chaque fibre qui vous relie à lui et à la dernière section chaque demi-brin tombera mollement au sol, sans vous blesser, sans réveiller le Minotaure endormi. Vous lui direz au revoir et merci et vous poursuivrez votre quête d'un plus loin, l'enfant soulagé perché sur vos épaules.

    Si l'enfant pense que le trauma compte pour lui alors, en gardant arme au côté et idéale  distance, vous emmènerez avec vous le Minotaure domestiqué. Avec vous, comme en laisse, ce choix vous demandant une vigilance de chaque instant.

    Et si malgré vous l'affrontement a lieu lors d'une nuit froide et sombre, souvenez-vous des jours lumineux et soyez la lumière car vous n'êtes pas vos traumatismes. Tenez-le à distance vaillamment avec vos armes anciennes. Ce n'est pas le moment d'allumer la forge aux flammes dansantes, mères de géants agités. 

    Rassurer l'enfant effrayé et rappelez-vous que l'autre nom du Minotaure est Astérion « petite étoile » et promettez lui qu'un jour, vous apprendrez auprès des anciens comment faire la bonne lame et que vous en ferez une.

    Au matin suivant, faites-le.

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  • Pour un Noël tout doux



    Les vacances avancent à petits pas, nous avons habillé la maison de son habit de fête, débauche de lumières et de paillettes, cette année sans aucune modération, pour mettre de la magie à leurs enfances.

    La table, repeinte, les chaises enfin changées, je poursuis la métamorphose de la maison, de mon intérieur, pour que ce qui se passe dedans se reflète à l'extérieur ! C'est donc douceur et sourire malicieux qui se transforme en "j'ai osé repeindre la table de mamie" et peut-être même "j'ai inversé le salon et la salle à manger" mais là j'hésite un peu ça fait quand même déplacer de gros meubles, faudrait pas que ça ne soit qu'une lubie passagère ... peut-être qu'avec une baguette magique ? Mon Dieu les filles ont regardé Peau d'âne !! Catherine Deneuve devait avoir tout juste 18 ans !! Truffes au chocolat. Aujourd'hui nous découperons des flocons pour les grandes baies de la véranda. Et demain un bowling.

    Hier il y avait raclette avec 5 amies de ma grande Fantastic, une tablée de 11 filles avec mes plus jeunes Fantastics, avec un grand débat quant au choix du film qu'elles allaient regarder, longue nuit qui s'effiloche pour s'endormir à quatre heures du mat après avoir refait le monde, ce matin les petits yeux à la table du petit déj avant, pour certaines, d'aller passer "le code" le passeport pour leur liberté qui approche, elle, à grands pas, la fin de la terminale dans quelques mois, les écouter évoquer leurs études à venir, Lyon, Paris, Bordeaux ... et mon coeur de maman à la fois fier et ... fier ...

    Pour le repas de noël nous ferons des crêpes et nous nous déguiserons, un noël toutes les cinq, peut-être un noël blanc, qui sait, nous avons eu quelques flocons en début de semaine !

    Quelques jours pailletés, pour manger des noisettes et du chocolat, je voulais partager ces quelques éclats de joie avec vous, vous qui êtes là à tous les moments, ceux-là et les autres aussi, et puis aussi vous dire, merci !

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    Un marche de Noël en Provence : http://belle-epine-photographie.over-blog.com/article-cirk-mosphere-91507131.html

  • Un jour j'ai prié.


    Découvrez Samuel Barber!


    La note qui va suivre est une partie intime de moi, un secret, qui a été trop lourd, que les années ont usé. Aujourd'hui suffisament léger pour tenir dans quelques mots, un résumé dramatique d'une vie qui bascule, entraînant avec elle les seaux de béton attachés par erreur à ses pieds, le poids des racines. Cette racine du mal j'ai décidé de m'en débarasser une bonne fois pour toute et la meilleure façon de faire disparaître un secret c'est de l'exposer à la lumière du jour, alors oui je sais la crise financière, oui je sais une partie des malheurs du monde éloigné ou proche et pourtant une fois de plus je vous parlerai de moi, partagée entre crainte et aboutissement normal de ce blog, un blog pour parler de moi ? quelle drôle d'idée, je n'ai rien à dire ... sauf peut-être un lourd secret ... 1° note 24 janvier 2007 à ce jour, 21 mois.


    Un jour j'ai prié.

    C'est le temps des cordes à sauter, des images et des bon-points. C'est le temps de l'amitié, du loup autour des platanes de la cour de récré. C'est le temps des premiers baisers échangés prés des lilas en fleurs. C'est le temps de la maison neuve qui sent si bon le plâtre et la peinture fraîche.
    C'est le temps des demi-pointes et du catéchisme du mercredi. C'est le temps de la messe du dimanche et des premières communions, je vous salue Marie, le seigneur est mon berger.
    C'est le temps où j'ai prié.
    Chaque soir.
    Chaque matin.
    Pendant des mois.
    Pour être malade.


    Notre père qui êtes aux cieux, protégez papa, protégez maman et ma soeur, moi je voudrais juste être malade.


    Ainsi commencent trente ans de mon histoire. J'ai dix ans et Dieu m'a exaucée.


    Ne me demandez pas pourquoi, à dix ans, quand on aime sa famille et qu'on croque la vie comme une pomme joyeuse.
    Ne me demandez pas si je regrette.
    Ne me demandez pas ô combien coupable j'ai pu être.

    Aux lendemains de ma folle victoire ont suivi trente années de ces pourquoi et impossibles pardons.
    Pardon papa, pardon maman, pardon chère grande soeur qui a été longtemps la gardienne de ce lourd secret.
    Comment oserais-je me plaindre d'avoir ainsi obtenu ? Non, non pas de psychiatres, ces gens là pourraient tout comprendre, voir la folie, m'enfermer. Au secours j'ai dix ans et ne crois plus en Dieu, comment oublier ces nuits à conjurer le sort que je me suis moi-même jeté? Mais le mental n'a pas la puissance des prières naïves de l'enfance.

    Elle ne croit plus en Dieu, quelle ironie, cette petite ne manque pas de culot, la voilà qui rechigne, autant vendre son âme au diable, elle ne sait pas ce qu'elle veut !
    A moi les chiens et les loups, mordez douleurs, que s'imprègne dans sa chair le fer rouge de la honte.
    Regarde ce que tu as fait, petite bécasse insolente, regarde le désastre, le monde s'écroule autour de toi et c'est de ta faute.
    Tu pleures ? Laisse-moi ricaner petite danseuse désossée et sans cervelle !

    Je crois que j'ai été pour moi-même, la pire marâtre qu'un enfant puisse avoir. Je me suis torturée pendant des années, croulant sous le poids de toutes les culpabilités que j'ai bien voulues endosser pour expier la faute d'avoir voulu, un jour, être malade et d'avoir réussi.

    A tous les enfants, à tous les parents, à tous ceux qui prient : apprendre à prier ne suffit pas, il faut apprendre à prier juste, car Dieu ne distingue pas le bien du mal, Dieu accède à nos désirs, tous nos désirs.


    Aujourd'hui je ne demande plus pardon, je me suis pardonnée. Parfois j'entends encore pleurer la petite fille prisonnière de ses corsets et ses sanglots résonnent encore de pourquoi, alors je la prends dans mes bras et je lui dis tout bas "qu'importe les pourquoi, la vie est belle et pleine de victoires, un jour tu comprendras"

    A ceux qui ont jugé, jugent et jugeront je n'ai rien à dire, est-on libre de penser à dix ans ?

  • Que le meilleur rouge l'emporte

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    Mardi, à la mi-journée, au pied de la colline qui arrête mes regards vagabonds quand parfois mes pensées m'entraînent au delà du champ qui borde ma maison, règne une agitation inhabituelle.

     

    Un camion, puis deux puis tout un alignement incongru dans ce paysage bucolique. Il faut dire que la nature en quelques jours s'est drapée d'un magnifique manteau coquelicot, donnant au vieux champ oublié, des allures de théâtre. Et je me demande quelle drôle de pièce se prépare là, serait-ce l'outilleur qui serait venu de sa lointaine Auvergne nous vendre des tuyaux d'arrosage avant que les restrictions d'eau ne ruinent son marché comme les jeudis, la bourse ? Ou serait-ce encore une réunion secrète des plus gros camions jaunes pour une manifestation contre les champs de coquelicots rouges et l'on verrait s'affronter dans un combat de titans champs et tracteurs, coquelicots et cabines, rouge et jaune et que le meilleur rouge l'emporte ?



    Quand soudain les coquelicots emportés par une houle céleste se soulèvent, sortent de terre, et sous mes yeux d'encore enfant parfois, se dresse comme par magie le plus rouge des chapiteaux ! Là sous ma fenêtre, sorti de terre comme un champignon gigantesque, profitant du printemps humide et chaud de cet an 2008.



    Il trône tel un seigneur au milieu de ses coquelivassaux, surplombant une mer rouge dans laquelle il dégouline.



    J'attends avec impatience le retour de mes princesses, imaginer leur surprise est déjà une joie, entendre leur cris joyeux dans l'allée un frisson d'enfance retrouvée. Le cirque maman, le cirque est là !



    Les cartables volent, les goûters grimpent aux arbres pour scruter de plus haut cet étrange vaisseau, il y a même des chameaux ! On entend la musique, la véranda est en fête, que le pestacle commence !



    Le mégaphone de la voiture-parade mégaphone un incroyable grésillement, on entend des "venez-tous" et des "demain venez voir les fauves/poneys" au milieu d'une improbable fanfare synthétique 100 % polymystère. Heureusement que Monsieur Loyal connaît les ficelles ! Des cahiers jaunes surgissent alors comme par magie, normal me direz-vous, des affichettes à bille de clown qu'on pourrait croire sorties d'un bon vieux Stephen King, ne manquerait qu'un rire sardonique pour compléter à merveille le noir et blanc crasseux du vieux photocopieur qui a du crachoter toute la nuit les affichettes magiques.



    Je me retiens de trop hausser le sourcil à la vue du non moins fabuleusement magique tarif écrit dans une grassouillette police qui n'a de comics que le nom ! Je ne savais pas que les chameaux se nourrissaient à la luzerne enrichie aux sels d'or ! Oups ... et pourtant je sais déjà les trois poneys, les deux caniches oui mais qui marchent sur les pattes avant, la danseuse pré-pubère et ses cinquante houla-hop pieds/cou/taille qui un jour va finir par disparaître dans la colonne virevoltante de son outil de travail, les deux frères maudits qui pourraient un jour d'orage faire avaler le trapèze à leur compagnon de jeu. Les deux frères qui sont aussi les deux clowns, Loyal et le dompteur, le grimpeur sur planches et rouleaux et le passeur de planches et rouleaux, ouvreur, pisteur, dresseur et mécano. Je sais mais ne dis pas, laissant à leurs yeux d'enfants le secret de ne voir que la fille trop belle dans son juste-au-corps à paillettes debout sur le cheval, debout sur le cheval !



    Le mercredi s'avance tellement plus lentement qu'elles ne le voudraient, les devoirs repoussés à la frontière chimérique des "un jour je serai trapèziste !"



    C'est enfin l'heure de la représentation, la voiture-parade parade une dernière fois, hélant les villageois aux mines renfrognées des sorties de sieste et les enfants entrent dans son sillon d'un pas pressé, vite il ne faut pas manquer le début.



    Puis c'est déjà fini, ce soir avant la tombée du jour le chapiteau s'est dégonflé comme un soufflé sorti trop tôt du four, emportant avec lui le sourire émail diamant des deux frères et le rimmel-regard de la jeune beauté.



    Demain matin il restera le souvenir enchanteur d'un mercredi pas ordinaire et sur le champs quelques papiers gras et l'invraisemblable rouge des coquelivassaux.

     

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  • Tag et tarte aux pommes

    Vacances obligent la vie a envahi la maison toute entière ! Le matin c'est Lola qui est la première sur le pont, levée, habillée, coiffée comme un jour d'école parce que le rythme vacances n'est pas encore là, ici on fait la semaine des 4 jours les petites ne sont donc en vacances que depuis mercredi soir. Puis c'est le doux clapoti des petits pieds nus d'Eva sur le carrelage qui annonce le réveil de la petite moitié de la tribu. Eva c'est plutôt je sors du lit les cheveux en bataille mi-épis de blé mi-anglaises qui lui donnent un air d'enfant sauvage qu'on aurait essayé de civiliser, sauf qu'elle a viré le pyjama et s'est enroulée la couette comme une toge alors elle baille et réclame pisderman ! Pas d'ennui possible avec une Eva à la maison !! Puis la belle Salomé arrive et le soleil se lève en même temps qu'elle. La grande arrivera quand nous aurons déjà quelques heures de boulot derrière nous ! Je me souviens de ces grasses matinées sans heures, la déléctation du lit chaud et moelleux du matin, les plis du drap incrustés sur la joue, un bon livre comme compagnon et le chat qui ronronne d'aise.

    La journée en va et vient de mes puces qui se baladent entre le parc du château, la ferme auberge, la boulangerie ... ça c'est ce qui est bon dans cette vie de village et je surveille tout ce petit monde d'un oeil amusé de les voir organiser leur journée : alors d'abord on va à la poste pour le courrier de maman (la pile hors département dans la poche droite, le reste dans la poche gauche, et la "sans timbre" c'est pour la mairie (et non je n'ai pas manqué l'inscription cantine du mois de mars ouf ... quoi déjà mars !!) ensuite on ira au parc et en redescendant on prendra le pain ...

    Et puis cet après-midi on fera de la tarte aux pommes ....

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    Bon et ben Maxine m'avait taguée : je devais dire 7 manies, je crois que je vous ai dit quelques "trucs" que j'aime non pas faire mais voir :

    mes filles quand elles se lèvent

    le bruit des pieds nus de bébé sur le carrelage

    la tribu à la maison

    mes enfants qui grandissent

    le souvenir des grasses matinées de mon adolescence

    leur complicité de soeurs car je sais que c'est un cadeau de la vie

    et bien sûr .... la tarte aux pommes, surtout quand je ne fais que la manger !

     

    J'ai la flemme de vous taguer ... z'êtes grands, faites le vous-même !

     

  • La lettre

    Janvier 1980

     

    Au soir de la Saint Sylvestre qui allait nous faire entrer dans les années 80 une deuxième crise me foudroie, cette fois c'est le poignet droit. La première crise du mois d'octobre, celle qui avait touché l'épaule, avait été classée sans suite, une pommade, quelques massages, en avant soldat. Mais là, petit soldat ne peut pas rester de plomb, ça fait si mal.

     

    C'est tellement mal venu, comme ça en plein réveillon, ça ne pourrait pas attendre demain, l'année prochaine, une autre vie ?

     

    Non ça n'attend pas, c'est là maman, ça ne part pas comme ça et j'ai si mal. Tu devrais dormir un peu.

     

    Je suis couchée sur le lit de la chambre d'amis qui fait aussi office de bureau. Par dessus la table, entre le pot à crayon et la lampe éteinte, un éclair de lune brille d'un éclat verdâtre sur le sous-main. Dehors l'air est brillant de froid, plus loin dans la maison la fête ronronne d'éclats de rire, de tintements de vaiselle fine et de cristal, au rythme des fourchettes on devine l'humeur de bonne chair et de vin, dans mon coeur je sacre l'hiver de ma santé, un hiver sans printemps annoncé, couchée sur le ventre, la main sous moi comme pour étouffer le mal.

     

    Cette deuxième crise nous projettera définitivement dans l'univers de la maladie. A quelques jours de ce réveillon funeste, une simple prise de sang fera entrer dans ma vie un nouveau gros mot "polyarthrite", affublé de ses 3 adjectifs qui semblent antinomiques à un point que seul un savant maniaque peut avoir pensé à les utiliser sur le même enfant : rhumatoïde infantile chronique.

     

    C'est le temps de l'hôpital pour enfants. Les murs sont marrons, les lits, aux draps trop tirés pour réchauffer, sont trop grands, les couloirs aussi, j'ai mal aux genoux maintenant, le soir est glacial au réfectoire, on nous pèse avant le repas, à la file indienne, le pèse-personne, sous mes pieds nus sortis de mes chaussons me nargue de son aiguille douteuse.

     

    C'est le temps de la solitude.

     

    Et puis un jour du mois de janvier est arrivée une lettre. Une lettre si grosse qu'elle se donne des allures de paquet, elle est pour moi ? Oh elle s'est bien égarée un peu dans l'hôpital avant de me trouver mais oui, elle est pour moi. Je l'ouvre avec mille délicatesses, toute chargée qu'elle est déjà d'intrigue et de joie. Ce n'est pas une lettre qui m'est arrivée ce jour là, mais trente lettres colorées qui soudain s'éparpillent sur le drap blanc, devant mes yeux amusés. Trente messages chargés de la sincerité de l'enfance : tu nous manques, reviens vite, je pense à toi, tu vas guérir et tu reviendras à l'école. Et je les imaginais alors ravis d'échapper pour un instant aux maths et à l'histoire de France, les tables toutes envahies de feutres et de crayons de couleurs, avec force fleurs, coeurs et étoiles pour m'envoyer un petit mot qui d'espoir, qui d'amour comme seuls les enfants savent faire. Parmi elles une lettre de mon maître Monsieur Tripon que je remercie souvent de cette belle attention qui a réchauffé longtemps mon coeur d'enfant malade, car ce jour-là je n'ai pas reçu une lettre, j'ai reçu un trésor qui s'appelle empathie. 

     

    J'ai gardé bien des années, dans une boîte, parmi d'autres lettres reçues, les trente lettres de mes camarades d'école. Et puis un jour, alors que j'avais quitté la maison depuis longtemps, la boîte a disparu, sans doute poussée plus loin, ailleurs, mais le souvenir reste gravé à jamais, peut-être n'en est-il que plus beau, avec le temps les dessins auraient peut-être perdu de leurs couleurs, mon souvenir lui n'a rien perdu de sa saveur, un goût inimitable d'enfance et d'amitié.

     

    Chaque jour désormais vos messages m'accompagnent et, parfois, je retrouve dans vos lignes le souvenir de la lettre qui se donnait des allures de paquet.

     

    Edit du 12 à 18h22 : La photo de Roger Tripon, juin 1980, devinez où ?

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