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françois cluzet

  • Les Intouchables



    C'est l'automne, ce qui tombe du ciel ne s'appelle plus de la pluie, des torrents d'eau, le déluge !
    C'est samedi, le jour des courses, de l'état stone de mes fins de semaines.
    C'est le jour où nous allons voir "Intouchables" coûte que coûte, envers et contre tout !

    Cochon qui s'en dédie, ça fait des semaines que j'empile les semaines, et là j'ai envie ! Envie du grand écran, des réactions des autres spectateurs, envie qu'on me raconte une histoire avec de la musique, des émotions, des étonnements et des éclats de rire !

    Et puis voilà, on a bravé les trombes, déniché une place loin dans un parking, remonté le fauteuil, couru sur les pavés glissants, rigolé toutes les quatre des ruisseaux qui nous coulent dans le dos ! Il y a Catherine, Maxine, Eva ... et moi ! Plus de deux ans que je ne suis pas allée au cinéma, la dernière fois c'était Inception c'est vous dire. Fête dans mon coeur comme l'aurait dit Fiona. Grande fête dans mon coeur.

    Nous voilà installées. Mal installées, un monsieur ne veut pas se décaler d'une place dans la rangée qui jouxte le seul emplacement pouvant accueillir un fauteuil, Catherine prend Eva sur ses genoux, je reste sur mon fauteuil, Maxine s'assoit ... par terre ...

    Le film commence. Et là ...

    Me voilà attrapée, une heure cinquante de sourires, rires, froncements de sourcils, éclats de rire (mon dieu ce que ça fait du bien !), yeux tout brillants qui débordent, que voulez-vous suis fleur bleue et branchée relations épistolaires epissépatoujespère ... le monsieur mal embouché a fini par laisser sa place à Maxine qui de temps en temps se retourne pour me regarder, rire ensemble, pleurer ensemble, d'un seul regard tout se dire.

    Le film se termine, et là ben ... je craque. Une crise de larmes, c'est le trop plein d'émotions M'sieurs Dames, la lumière est revenue et les autres spectateurs commencent à partir, suis la seule roulante dans la salle alors forcément on me regarde un peu, je vois des sourires. Je chasse les larmes par un fou-rire ce film le vaut bien ! Nous rentrons joyeuses, chacune y va de la réplique retenue, qui deviendra culte sans aucun doute, de son analyse, de son ressenti, et moi telle une madeleine qui serait de Proust, je pleure autant que le ciel, je ris mais je pleure, j'ai du oublier quelque chose au cinéma, mais oui ! mon armure, j'ai oublié mon armure, celle que j'ai du endosser de force quand le départ du soldat Bernard a signé mon incorporation d'office dans les soldats de la VSA (vie solitaire autonome). Vous savez l'armée de libération des dépendants ! Je suis toute nue là dans cette voiture qui file vers la maison, vers Mes accompagnants, ceux qui m'entourent, ceux qui font qu'on se retrouve avec des moustaches et du poil aux pattes, ou pas. A vif.

    Alors "Intouchables"qu'est-ce que c'est ? Un succès commercial ? ça oui, tant mieux pour eux ! Un phénomène ? Certainement, on vit un temps de plébiscite, aujourd'hui si on "j'aime" on ne le dit pas seulement à sa voisine ou à sa soeur, on le dit aussi au beau-frère de la tante de la voisine de ma factrice alors forcément ça prend des proportions dignes de nos 7 milliards de têtes de bois, de noeuds, de linottes et de penseurs qui pensent et qui le disent !

    Mais, avant toute autre chose, Intouchables c'est une comédie, vous savez la comédie, Molière, le théâtre, le portrait brossé à la patte Guignol ? Mais si vous savez bien ... les comédies, L'avare, Tartuffe, Don Juan ? Non vraiment vous ne voyez pas ? Vous savez une comédie, un film qui est fait pour faire rire, de tout ... Des fois ça fonctionne, bien sûr pour cela il y a quelques ingrédients à respecter. Des personnages tout d'abord, hauts en caractères, surtout pas de demi-mesure, le méchant se doit d'être bête à manger du foin, le gentil beau, drôle et intelligent ! L'intrigue. Elle se doit d'être actuelle, presque plausible, que le spectateur puisse à loisir s'identifier ou se moquer. Saupoudrez le tout avec des dialogues à dérider un british guard, un registre musical du rire au drame en passant par un quart d'heure de dancefloor qui remplace le quart d'heure d'alcôve des films romantiques et le tour est joué ! Enfin, des fois le tour est joué.

    Intouchables est donc une comédie. Et j'ai ri comme je n'avais pas ri depuis trop longtemps.

    C'est aussi une histoire, l'histoire de deux hommes, l'histoire d'une rencontre, d'une amitié. C'est une histoire vraie, alors autant que faire ce peu les réalisateurs ont essayé de coller à l'histoire. C'est l'histoire d'un aristo Philippe joué par Cluzet, devenu tétraplégique à la suite d'un accident de parapente. hein quoi ?? aristo / tétra ?? Il y a gourance là non ? Heu ben non pardon de nous excuser mais "le vrai" il est vraiment riche & vraiment tétra, et non ça n'arrive pas qu'aux pauvres, ben dis donc on dirait que la France découvre que le handicap touche toutes les catégories socio-professionnelles (one point), pour éclairer un peu plus il y a aussi ceux qui ont eu "la chance" de "se faire handicaper" par un tiers bien assuré et qui vivent mieux que les titulaires de l'AAH qui vivent, eux, en dessous du seuil de pauvreté mais ça tout le monde le sait. Non ? (two points alors)

    Cet aristo recrute des auxiliaires de vie et comme il en a les moyens il fait de l'emploi direct (qu'il n'oubliera pas de défiscaliser of course), ça lui évite de devoir se farcir des auxiliaires qualifiées surtout sur le papier glacé des brochures des prestataires de services à la personne, ben dis donc on n'a pas eu droit à ce chapitre ? Ben non dans l'histoire "du vrai" ça n'y était pas ou alors ça sera pour le 2 :) (Eric, Olivier si vous voulez je peux vous raconter quelques épisodes truculents) et comme le tétra est joueur il engage un jeune de banlieue (mince en écrivant ça j'ai l'impression d'écrire un truc du genre "une blonde" ou "un handicapé") que voulez-vous après le parapente, l'auxiliaire de banlieue, on ne se refait pas, on vit dangereusement ou on ne vit pas, faut choisir, Philippe lui a choisi Driss, joué par Omar Sy.

    Et Intouchables raconte leur histoire, pas celle de ma voisine Chantal, pas celle du Pape aux escargots, pas celle de Phillippe Streiff, de Louis Van Proosdij ou de Pierre Bardina (Mon Pierrot si tu nous regardes ;) ) mais bel et bien l'histoire de Philippe Pozzo di Borgo et d'Abdel, c'est tout.

    Ce n'est pas un film militant, ce n'est pas un essai, ce n'est pas un documentaire sur "comment vivre sa tétraplégie quand on est riche et malheureux". C'est une histoire avec des morceaux de vie dedans. C'est une histoire qui décrit des choix à faire, des décisions à prendre, agir ou subir et les choix, décisions et conséquences pour ces deux là.

    Si vous me suivez toujours bien vous pourriez conclure avec moi que ce film ne changera pas le regard de la société sur le handicap.
    Parce que ce n'était pas sa vocation.

    Et vous pourriez aussi faire le choix d'en conclure que le film, ou plutôt l'histoire racontée dans ce film nous montre que dans la vie si on n'a pas le choix de ce qui nous arrive, on a toujours le choix ultime de nos comportements, de nos "comment vais-je choisir de vivre" et pour ceux qui sont dépendants "avec qui vais-je choisir de vivre". Mais là alors on ne parle pas de handicap ? Non, pas uniquement, pourriez-vous en conclure tout larges d'esprit que vous êtes.

    De la scène des moustaches.

    A mon sens la scène la plus risquée du film. La plus violente aussi. Je situe pour ceux qui ne l'ont pas vue (si si il y en a encore quelques-uns).
    C'est une des dernières scènes du film, Philippe vient de toucher le fond accompagné par des auxiliaires capables du pire (et ceux-là existent vraiment je peux témoigner), il retrouve donc Driss qui va le requinquer, le toiletter, le raser. Il va à ce moment là laisser à Philippe une moustache qui prendra tout à tour la forme de celle de Dali pour finir sur une moustache à la Hitler, le personnage de Driss se marre, Philippe nettement moins.

    Pourquoi cette scène ? La salle est hilare, elle passe à côté de La scène.

    Je donne mon avis. Philippe à ce moment du film est au fond du trou, fini la grande gueule, fini l'humour qui sauve, épuisé le "je pense donc je suis". Cette scène à mon sens symbolise a elle toute seule la vulnérabilité, l'extrême dépendance, le "tu es ce que les autres voudront bien faire de toi", tu es Hitler si je le décide. Les moustaches à la Dali auraient pu réveiller son humour, non, il aura fallu aller bien plus loin encore pour que Philippe réagisse, tu es Hitler si je le décide. Philippe a eu de la chance, c'était Driss qui le rasait. Il a enlevé la moustache quand Philippe lui a dit "ça suffit maintenant". Quand Philippe lui a dit "Je sais qui je suis" et qu'il s'est réapproprié.
    C'est LA scène militante.
    Parce qu'un jour, par accident, par vieillesse, on est dépendant, et entre les mains d'un barbier.
    Et parce que nous sommes nous aussi, parfois, des barbiers.

    Qui choisissons-nous d'être ? Avec qui choisissons-nous d'être ? Sommes-nous nous ou ce que les autres choisissent de faire de nous ?

    ça suffit maintenant. Soyez. Soyez Intouchables.

    Et toutes mes pensées en écrivant cette dernière phrase sont pour une personne qui sait qui elle est, un battant de la dernière seconde, un qui, même couché, a la tête haute. Un Intouchable, un vrai, avec des vrais morceaux dedans comme il dit.