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métamorphose

  • La mue de la cigale

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    Quand le soleil atteignit son zénith en cette journée blanche de chaleur, elle sut que le moment était venu.

    Elle se sentait forte de toutes les apparences qu’elle avait habitées jusque là, elle avait appris à ramper, puis à marcher, son corps avait revêtu une carapace solide et brillante aux reflets du soleil. Ainsi elle avait traversé les époques, bravé les dangers, son armure marquée de mille coups racontait son histoire mieux que tous les parchemins.

    Aujourd’hui, là, à l’abri dans son costume guerrier elle se sentait soudain à l’étroit.

    Elle la connaissait bien maintenant cette impression, cette envie soudaine d’autre chose, ce rêve de ciel jusqu’à se sentir pousser des ailes.
    Elle savait aussi la déchirure, l’abandon de l’habit qui rassure, le courage de la mise à nue. Mais elle savait encore la douceur d’un rayon de couchant sur le corps humide, la caresse d’un souffle de vent sur la peau nouvelle. Elle savait surtout la magie du renouveau, le miracle de la transformation, l’incroyable bonheur de découvrir cet autre que l’on pressent pour soi.

    Balayant d’une dernière danse la dureté du sol, le cœur gonflé d’amour, de confiance et d’espoir, soudain se fend en deux le costume devenu trop petit. Elle renaît d’elle-même pour se découvrir, émerveillée, pourvue à son dos fatigué de longues ailes diaphanes. Un souffle chaud de l’été provençal déjà lui murmure des mots doux à l’oreille, alors elle ose, enivrée des essences du grand pin hier inaccessible, étourdie de ce pouvoir nouveau, le cœur à la chamade, enfin, elle vole.

    Regardant vers le sol, elle observe, là, posé comme une larme de miel sur la terre craquelée, l’habit qui hier était le sien, désormais vide, translucide, grotesque et beau à la fois, mystérieuse image d’une elle qui n’est plus.
    Laissant aux fourmis sa mue et leurs galeries sombres et fraîches, ses ennemis d’hier lui paraissent si petits qu’ils en perdent leur titre, solidement ancrée à l’écorce rugueuse et odorante, elle chante l’allégresse de l’être réinventé, qu’importe qu’il fût ou non le dernier, il est à cet instant le plus merveilleux.

    Il est pour nous qui l'écoutons, l’état dont on se souviendra, marquant nos étés et nos souvenirs de sa sonore joie.

    Nous pouvons nous aussi chanter et enchanter, il nous faut pour cela oser rêver les ailes et savoir goûter le miracle de la métamorphose.
    Chantez cigales, à la gloire du soleil et du temps qui permet à chaque instant d’être unique et nouveau.
    Et si vous ne chantez pas et bien changez maintenant !


    Cette note je la dédicace à Patounette et à ma soeur et à la cigale qui nous a fait cadeau de sa mue, hier soir sous le grand pin, bientôt vous aurez quelques photos mais chut .... la mue de la cigale est comme le secret de l'éphémère, c'est une recette qu'on apprécie avec le temps, de la patience et un brin d'audace :)