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maladie

  • Un jour j'ai prié.


    Découvrez Samuel Barber!


    La note qui va suivre est une partie intime de moi, un secret, qui a été trop lourd, que les années ont usé. Aujourd'hui suffisament léger pour tenir dans quelques mots, un résumé dramatique d'une vie qui bascule, entraînant avec elle les seaux de béton attachés par erreur à ses pieds, le poids des racines. Cette racine du mal j'ai décidé de m'en débarasser une bonne fois pour toute et la meilleure façon de faire disparaître un secret c'est de l'exposer à la lumière du jour, alors oui je sais la crise financière, oui je sais une partie des malheurs du monde éloigné ou proche et pourtant une fois de plus je vous parlerai de moi, partagée entre crainte et aboutissement normal de ce blog, un blog pour parler de moi ? quelle drôle d'idée, je n'ai rien à dire ... sauf peut-être un lourd secret ... 1° note 24 janvier 2007 à ce jour, 21 mois.


    Un jour j'ai prié.

    C'est le temps des cordes à sauter, des images et des bon-points. C'est le temps de l'amitié, du loup autour des platanes de la cour de récré. C'est le temps des premiers baisers échangés prés des lilas en fleurs. C'est le temps de la maison neuve qui sent si bon le plâtre et la peinture fraîche.
    C'est le temps des demi-pointes et du catéchisme du mercredi. C'est le temps de la messe du dimanche et des premières communions, je vous salue Marie, le seigneur est mon berger.
    C'est le temps où j'ai prié.
    Chaque soir.
    Chaque matin.
    Pendant des mois.
    Pour être malade.


    Notre père qui êtes aux cieux, protégez papa, protégez maman et ma soeur, moi je voudrais juste être malade.


    Ainsi commencent trente ans de mon histoire. J'ai dix ans et Dieu m'a exaucée.


    Ne me demandez pas pourquoi, à dix ans, quand on aime sa famille et qu'on croque la vie comme une pomme joyeuse.
    Ne me demandez pas si je regrette.
    Ne me demandez pas ô combien coupable j'ai pu être.

    Aux lendemains de ma folle victoire ont suivi trente années de ces pourquoi et impossibles pardons.
    Pardon papa, pardon maman, pardon chère grande soeur qui a été longtemps la gardienne de ce lourd secret.
    Comment oserais-je me plaindre d'avoir ainsi obtenu ? Non, non pas de psychiatres, ces gens là pourraient tout comprendre, voir la folie, m'enfermer. Au secours j'ai dix ans et ne crois plus en Dieu, comment oublier ces nuits à conjurer le sort que je me suis moi-même jeté? Mais le mental n'a pas la puissance des prières naïves de l'enfance.

    Elle ne croit plus en Dieu, quelle ironie, cette petite ne manque pas de culot, la voilà qui rechigne, autant vendre son âme au diable, elle ne sait pas ce qu'elle veut !
    A moi les chiens et les loups, mordez douleurs, que s'imprègne dans sa chair le fer rouge de la honte.
    Regarde ce que tu as fait, petite bécasse insolente, regarde le désastre, le monde s'écroule autour de toi et c'est de ta faute.
    Tu pleures ? Laisse-moi ricaner petite danseuse désossée et sans cervelle !

    Je crois que j'ai été pour moi-même, la pire marâtre qu'un enfant puisse avoir. Je me suis torturée pendant des années, croulant sous le poids de toutes les culpabilités que j'ai bien voulues endosser pour expier la faute d'avoir voulu, un jour, être malade et d'avoir réussi.

    A tous les enfants, à tous les parents, à tous ceux qui prient : apprendre à prier ne suffit pas, il faut apprendre à prier juste, car Dieu ne distingue pas le bien du mal, Dieu accède à nos désirs, tous nos désirs.


    Aujourd'hui je ne demande plus pardon, je me suis pardonnée. Parfois j'entends encore pleurer la petite fille prisonnière de ses corsets et ses sanglots résonnent encore de pourquoi, alors je la prends dans mes bras et je lui dis tout bas "qu'importe les pourquoi, la vie est belle et pleine de victoires, un jour tu comprendras"

    A ceux qui ont jugé, jugent et jugeront je n'ai rien à dire, est-on libre de penser à dix ans ?