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plan

  • Handicap, dépendance et solitude

    J'ai retrouvé la maison, ses habitants, leurs habitudes et par là même : les miennes, dont, entre autres, celle de vous écrire.


    Je suis partie jeudi en tout début d'après-midi ce qui sous-entend que je quitté la maison alors que tous avaient regagné qui son boulot, qui son école, qui son collège.

     

    Partir jusqu'au lendemain soir ça n'est pas la mer à boire et pourtant en situation de handicap ça tourne vite au mini déménagement : l'ordi et son chargeur, mon téléphone et son chargeur, le fauteuil ... et son chargeur, ma valise, mon sac de boulot, mon sac à main, mon coussin de positionnement. Autrement dit quelques allers-retours entre la maison et la voiture sous une pluie battante qui avait décidé de s'abattre sur la Provence juste à ce moment là ; vous oubliez l'idée d'utiliser un parapluie qui monopoliserait à lui tout seul au moins deux mains !

     

    Je commence donc par la petite valise que j'ai prévu de mettre devant le siège passager et là évidemment le geste mal calculé, la valise trop lourde même quand elle est vide et ce qui ne devait pas arriver arrive : la valise tombe dans un bruit sourd et spongieux de graviers s'écrasant dans la terre boueuse de l'allée ... voilà typiquement ce que j'appelle un moment de solitude. Il pleut, ma valise est à plat dans la boue.

    J'aurais pu être à l'heure, Marie tu m'énerves, aux prochains soldes achète-toi des mains !

     

    Me pencher et la soulever ? pas question c'est un coup à y laisser la hanche et puis de toute façon même si je touche la poignée, je ne pourrai pas la soulever ; là d'un coup je suis fatiguée, lasse serait le mot juste.

     

    Allez je ne vais quand même pas me laisser abattre par une petite chute de valise ... à moi Aristote, Archimède, profs de physique et de mécanique : un pied pour la bloquer, l'autre pour la faire pivoter sur un axe imaginaire, poussez Madame ... voilà la valise qui se redresse, je suis en apnée, quand soudain dépassant le point d'équilibre voilà la valise debout. Je ne peux toujours pas la soulever, j'ai l'idée alors de sortir la poignée qu'on utilise pour la faire rouler, je passe mes deux bras dedans et là au prix d'un effort digne d'un althérophile je parviens à la hisser dans la voiture.
    Je suis trempée, il me reste encore quelques allers-retours à faire, je pourris la maison en rentrant avec mon fauteuil, je n'ai guère le choix.

    Encore quelques minutes pour réussir à fermer la porte à clés sous le rideau d'eau qui tombe du toit sans chanlatte de la véranda, ben oui pour quoi faire des chanlattes, il ne pleut jamais dans le sud.

    Me voilà au volant, chargement ... chargé, direction Avignon puis Lyon via Montélimar. Il est 12h50 j'ai rendez-vous à la MDPH à 14h00, ça peut encore le faire.

    Combien de temps pensez-vous que cela m'ait pris ? combien d'énergie ? Est-ce qu'un savant calcul ministériel saura un jour qualifier cette lutte pour l'autonomie, la quantifier ? la compenser ? Parce qu'au bout du compte j'ai réussi à le faire, j'ai été complètement autonome et pourtant je me suis sentie bien seule.

    J'étais presqu'à l'heure à la MDPH du Vaucluse, presque parce qu'en fait une fois garée et descendue de la voiture j'ai du faire un détour par deux rues plus loin pour trouver un passage pour monter sur le trottoir qui passe devant le bâtiment qui héberge la MDPH, quel bâtiment ? le Conseil Général pourquoi ?

    Le lendemain en discutant avec Elisa elle a évoqué une grande peur : celle de se retrouver seule la nuit dans sa chambre quand elle sera en internat. Elle utilisera l'appel malade ? ben non elle ne peut pas l'utiliser.

    Et pourtant dépendance ne doit pas rimer avec accompagnement permanent, nous avons tous le besoin d'être seul parfois, je découvre par exemple le plaisir de ces longs moments de voyage, toute seule au volant de ma voiture, de ma vie ? Juste accompagnée de quelques bonnes musiques et de mes pensées, parfois la solitude est un luxe.

    Il est bien difficile à trouver l'équilibre entre dépendance et autonomie entre accompagnement et solitude, difficile à trouver et surtout différent d'un individu à l'autre, indexé à la capacité de chacun de résister au stress, à la capacité d'accepter encore et encore des difficultés qui n'en sont pas pour d'autres.

    Oh je suppose bien sûr que des grands moments de solitude vous en avez eu aussi, vous allez bien nous en faire profiter ? mais alors seulement ceux qui finissent bien et moi demain je vous raconterai mon voyage de retour sous l'orage, tiens mais c'est quoi ce flash ?