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solitude

  • Seule à voix basse

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    Avec ma solitude j'irai par les chemins qui mènent à la Durance, troquer la résistance en langueur nostalgique, l'effriter aux galets qui roulent dans le courant. Enchanter ma peine dans le souffle du vent, les larmes perlées émues du chèvrefeuille, d'un éclat de coeur, d'un rire d'oiseau. Si longue que danse la route, à s'en faire exploser les poumons aux parfums épais d'un printemps solaire.

    Seule, seule, seule, seule, avec ma solitude, au milieu de ce paradis peuplé de petits frères des cimes, sous le regard du rapace tournoyant, majestueux. Il n'est de pierre au chemin des ombres et des oiseaux. Filer grand train, décoller, s'envoler, survoler, rêver de long voyage. Aller jusqu'à l'eau vive, noyer l'ombre née des gouffres, puiser l'essence lumineuse des pensées sans mot. Pardonner. Essayer au moins. Un détail, une écorchure. Essayer au corps. Mesurer les arpents de rochers et de glace, et les printemps, et la cadence soudain joyeuse d'un coeur vivant.

    Au retour libéré, siffler un air ami, inondé de joie et de couchant. Rentrer à la maison. 

     

     

  • Pleine solitude

    Une envie d'écrire comme on déciderait soudain d'enlever la vieille souche au milieu de la pelouse.

    Pelouse qui n'en a plus que le nom, la sécheresse a eu raison d'elle, la terre aride craquelle sous le chiendent et les épines du grand pin.
    Le jardin est pétrifié, poussiéreux d'été, feuilles mortes en charpie rousse, roses séchées en bouton.

    Et la terre pourrait boire un fleuve.
    Elle attend, espère, aspire, voulant voir promesse de pluie dans le moindre nuage, cherchant le bon sens au vent et aux alouettes.

    Puis comme une évidence que l'eau ne viendra pas du ciel.
    Dedans, dessous, là, puiser la source aux racines, rentrer les plantes, tirer les rideaux, quelques vieilles branches pour une flambée. L'été est passé, la soif est restée.

    Alors, mesurer les réserves et décider d'attendre, le père Noël ou la Saint Glinglin, les hirondelles qui ne font plus le printemps et que les chiens cessent d'aboyer ma lourde caravane.

    Seule.

    Boire cette étrange liqueur. Jusqu'à en être saoule. Occuper tout l'espace. Endosser tour, à tour, tous les rôles. Crier, chanter, pleurer, dormir et rire, ivre de trop de rien, être partout et à personne. Seule.

    La solitude comme une essence. Rare, précieuse, puissante et belle.
    Du bout des lèvres la chuchoter, l'écrire du bout des doigts. Et se laisser bercer dans son étrange silence, chercher la sève sous l'écorce, à s'en arracher les ongles pour ne pas oublier d'être vivant. Se tarir le coeur pour qu'il se taise enfin, puis, le baigner dans ce baume brûlant pour qu'il ne soit plus qu'un. Ça vous lave les yeux M'sieurs Dames, ça vous décape la cervelle pour pas cher, sans danger sur toute surface, c'est à l'intérieur que ça décrasse. Hoqueter les restes de vieux poisons, passer les circuits à l'acide clair des envies nouvelles, seule.
    Pleinement seule.
    Ecrire.

  • Handicap, dépendance et solitude

    J'ai retrouvé la maison, ses habitants, leurs habitudes et par là même : les miennes, dont, entre autres, celle de vous écrire.


    Je suis partie jeudi en tout début d'après-midi ce qui sous-entend que je quitté la maison alors que tous avaient regagné qui son boulot, qui son école, qui son collège.

     

    Partir jusqu'au lendemain soir ça n'est pas la mer à boire et pourtant en situation de handicap ça tourne vite au mini déménagement : l'ordi et son chargeur, mon téléphone et son chargeur, le fauteuil ... et son chargeur, ma valise, mon sac de boulot, mon sac à main, mon coussin de positionnement. Autrement dit quelques allers-retours entre la maison et la voiture sous une pluie battante qui avait décidé de s'abattre sur la Provence juste à ce moment là ; vous oubliez l'idée d'utiliser un parapluie qui monopoliserait à lui tout seul au moins deux mains !

     

    Je commence donc par la petite valise que j'ai prévu de mettre devant le siège passager et là évidemment le geste mal calculé, la valise trop lourde même quand elle est vide et ce qui ne devait pas arriver arrive : la valise tombe dans un bruit sourd et spongieux de graviers s'écrasant dans la terre boueuse de l'allée ... voilà typiquement ce que j'appelle un moment de solitude. Il pleut, ma valise est à plat dans la boue.

    J'aurais pu être à l'heure, Marie tu m'énerves, aux prochains soldes achète-toi des mains !

     

    Me pencher et la soulever ? pas question c'est un coup à y laisser la hanche et puis de toute façon même si je touche la poignée, je ne pourrai pas la soulever ; là d'un coup je suis fatiguée, lasse serait le mot juste.

     

    Allez je ne vais quand même pas me laisser abattre par une petite chute de valise ... à moi Aristote, Archimède, profs de physique et de mécanique : un pied pour la bloquer, l'autre pour la faire pivoter sur un axe imaginaire, poussez Madame ... voilà la valise qui se redresse, je suis en apnée, quand soudain dépassant le point d'équilibre voilà la valise debout. Je ne peux toujours pas la soulever, j'ai l'idée alors de sortir la poignée qu'on utilise pour la faire rouler, je passe mes deux bras dedans et là au prix d'un effort digne d'un althérophile je parviens à la hisser dans la voiture.
    Je suis trempée, il me reste encore quelques allers-retours à faire, je pourris la maison en rentrant avec mon fauteuil, je n'ai guère le choix.

    Encore quelques minutes pour réussir à fermer la porte à clés sous le rideau d'eau qui tombe du toit sans chanlatte de la véranda, ben oui pour quoi faire des chanlattes, il ne pleut jamais dans le sud.

    Me voilà au volant, chargement ... chargé, direction Avignon puis Lyon via Montélimar. Il est 12h50 j'ai rendez-vous à la MDPH à 14h00, ça peut encore le faire.

    Combien de temps pensez-vous que cela m'ait pris ? combien d'énergie ? Est-ce qu'un savant calcul ministériel saura un jour qualifier cette lutte pour l'autonomie, la quantifier ? la compenser ? Parce qu'au bout du compte j'ai réussi à le faire, j'ai été complètement autonome et pourtant je me suis sentie bien seule.

    J'étais presqu'à l'heure à la MDPH du Vaucluse, presque parce qu'en fait une fois garée et descendue de la voiture j'ai du faire un détour par deux rues plus loin pour trouver un passage pour monter sur le trottoir qui passe devant le bâtiment qui héberge la MDPH, quel bâtiment ? le Conseil Général pourquoi ?

    Le lendemain en discutant avec Elisa elle a évoqué une grande peur : celle de se retrouver seule la nuit dans sa chambre quand elle sera en internat. Elle utilisera l'appel malade ? ben non elle ne peut pas l'utiliser.

    Et pourtant dépendance ne doit pas rimer avec accompagnement permanent, nous avons tous le besoin d'être seul parfois, je découvre par exemple le plaisir de ces longs moments de voyage, toute seule au volant de ma voiture, de ma vie ? Juste accompagnée de quelques bonnes musiques et de mes pensées, parfois la solitude est un luxe.

    Il est bien difficile à trouver l'équilibre entre dépendance et autonomie entre accompagnement et solitude, difficile à trouver et surtout différent d'un individu à l'autre, indexé à la capacité de chacun de résister au stress, à la capacité d'accepter encore et encore des difficultés qui n'en sont pas pour d'autres.

    Oh je suppose bien sûr que des grands moments de solitude vous en avez eu aussi, vous allez bien nous en faire profiter ? mais alors seulement ceux qui finissent bien et moi demain je vous raconterai mon voyage de retour sous l'orage, tiens mais c'est quoi ce flash ?